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Le Vieux Caire rajeunit

Nasma Réda , Dalia Farouq , Dimanche, 10 septembre 2023

Trois sites du Vieux Caire ont été inaugurés cette semaine après leur restauration. Tour d’horizon.

Le Vieux Caire rajeunit
La synaguogue de Ben Ezra rénovée.

La synagogue de Ben Ezra, l’aqueduc de Magra Al-Oyoune et la forteresse de Babylone, trois joyaux qui témoignent de la richesse de l’histoire et de la culture de l’Egypte. Le premier ministre, Moustapha Madbouli, a inauguré cette semaine ces monuments après leur restauration dans le cadre d’un grand projet de réhabilitation du Caire historique. Un projet qui, selon le premier ministre, « reflète la volonté du gouvernement de préserver le patrimoine égyptien ». En effet, les trois monuments souffraient de la remontée des nappes phréatiques, d’un niveau élevé d’humidité, de la pollution et des dommages causés par les visiteurs quotidiens. Au fil des années, les murs se sont fissurés, les fresques ont perdu leurs couleurs et l’architecture a perdu beaucoup de sa beauté. C’est pourquoi un ambitieux projet de restauration a été lancé pour préserver ces trésors historiques. « Le plan de restauration prévoit la préservation de toutes les caractéristiques architecturales d’origine », déclare Hicham Samir, assistant du ministre du Tourisme et des Antiquités pour les travaux d’ingénierie. Il explique que les murs des bâtiments ont été renforcés et nettoyés, les parties décomposées des fenêtres en bois des moucharabiehs ont été restaurées et remplacées. Les plafonds en bois et les éléments décoratifs ont également été restaurés et les peintures ont été retouchées. En outre, de nouveaux systèmes d’éclairage ont été installés dans les trois bâtiments.

La synagogue de Ben Ezra retrouve sa splendeur

Située au centre du complexe religieux du Vieux Caire, la synagogue de Ben Ezra conserve jusqu’à nos jours son architecture atypique, mélange d’architecture chrétienne, islamique et juive. Elle est considérée comme l’une des plus belles synagogues d’Egypte et d’Afrique. « Grâce à sa riche histoire qui remonte au IXe siècle, la synagogue a conservé son intérêt touristique. Ezra était un célèbre scribe juif vivant en Egypte », explique Abou-Bakr Abdallah, directeur exécutif du secteur des monuments islamiques, coptes et juifs au ministère du Tourisme et des Antiquités. Il ajoute qu’Ezra a acheté en 882 cet édifice, qui était à l’origine une église copte orthodoxe, puis il a ajouté des éléments architecturaux pour que les juifs puissent pratiquer leurs rituels.


Une roue de l’aqueduc de Magra Al-Oyoune après sa restauration.

Etant donné l’architecture basilique de la synagogue, celle-ci a subi des travaux de restauration pour empêcher la fuite des eaux de pluie. « Ces travaux consistaient à traiter les peintures affectées par le temps, à restaurer les façades et à isoler les toits », explique Hicham Samir. Selon lui, le plus difficile était le traitement des fissures, l’isolement des plafonds et le nettoyage des motifs en laiton et en fer et celui des colonnes en marbre. « Le ministère a également changé le réseau électrique, tracé un circuit de visite et réhabilité la bibliothèque », ajoute-t-il.

Ben Ezra est l’une des synagogues les plus importantes et les plus anciennes d’Egypte. « Sa bibliothèque renferme de nombreux livres qui révèlent les coutumes et les traditions juives, ainsi que la vie sociale de la communauté juive en Egypte », souligne Abdallah. Les visiteurs du monde entier qui franchiront les portes de la synagogue restaurée verront un lieu de culte magnifiquement restauré et découvriront un aspect de l’héritage culturel de l’Egypte aussi pluriel que tolérant.

La forteresse de Babylone reprend vie

Située dans le complexe religieux du Vieux Caire à côté du Musée copte, Babylone est considérée comme l’une des plus grandes forteresses romaines d’Egypte. C’est le site autour duquel a été construite la ville de Fostat, la première capitale musulmane d’Egypte. Construite à l’époque de l’empereur Trajan au IIe siècle, puis élargie et fortifiée par Arcadius au IVe siècle, cette forteresse est constituée de plusieurs tours et bastions liés par un mur en briques. Elle a un emplacement stratégique sur la route du désert à l’est du Caire. Proche du Nil, elle contrôle aussi les routes vers la Haute et la Basse-Egypte. Des pierres des anciens temples égyptiens ont été réutilisées dans la construction de la forteresse.

Les travaux de cette deuxième phase de restauration de la forteresse ont commencé il y a 4 mois à partir de la porte ayant le nom du commandant arabe qui a conquis l’Egypte, Amr Ibn Al-Ass. Située sous l’église Suspendue, cette porte a été rénovée afin de l’intégrer au circuit de visite de la forteresse. « La première phase s’est achevée en mars dernier par le nettoyage des façades extérieures et intérieures de la forteresse et l’élimination des saletés », explique Hicham Samir. D’après lui, afin de montrer la beauté architecturale du fort et sa fonction originelle, il fallait développer le système d’éclairage, restaurer les parties dégradées et améliorer les services présentés aux visiteurs. Selon certaines sources, le lieu choisi pour le fort remonte à l’Egypte Ancienne sous le règne de Sésostris. Le nom de la forteresse, qui n’a aucun rapport avec la ville iraqienne de Babylone, est une déformation du nom arabe qui lui a été donné après la conquête de l’Egypte en 642 par les musulmans. Il s’agit de Bab (porte) et Oun (la ville du dieu Oun).


La forteresse de Babylone fait peau neuve.

L’aqueduc de Magra Al-Oyoune fait peau neuve

Inscrit sur la liste des antiquités islamiques en 1951, Magra Al-Oyoune est un aqueduc médiéval situé dans le Vieux Caire. Il s’étend des rives du Nil dans la région de Fom Al-Khalig jusqu’à Bab Al-Qarafa, place Sayéda Aïcha, sur une distance d’environ 3 kilomètres et comprend 292 ouvertures. Sa construction remonte à Al-Nasser Salaheddine Al-Ayoubi au XIIe siècle, dans le but d’approvisionner en eau la citadelle portant son nom. En 1312, le sultan Al-Nasser Mohamad Ibn Qalaoun rénove entièrement l’aqueduc. « En effet, pendant la période mamelouke, lorsque la population de la citadelle a augmenté, le sultan Qalaoun a construit une tour contenant des roues hydrauliques sur les rives du Nil pour augmenter la quantité d’eau arrivant à la citadelle. Ces roues avaient pour rôle de soulever l’eau dans les canaux et étaient situées au-dessus d’une série d’arches surélevées soutenues par de grandes piles de pierres », explique Abou-Bakr Ahmed, archéologue au Conseil suprême des antiquités. Plus tard, le sultan Qonsouah Al-Ghouri a effectué une nouvelle restauration et la tour hydraulique a été rénovée. L’aqueduc a fonctionné jusqu’à la période ottomane, mais il est tombé en désuétude durant l’Expédition française d’Egypte sous Napoléon Bonaparte à la fin du XVIIIe siècle, puisque les soldats français ont bloqué certaines arches pour s’y réfugier.

Quant à la restauration de l’aqueduc, Hicham Samir explique que les roues hydrauliques en bois ont été réparées et que les empiètements sur les régions environnantes ont été supprimés. « Les murs ont été nettoyés, la saleté et la suie ont été enlevées, les boiseries et les planchers dans les couloirs intérieurs ont été restaurés, les escaliers ont été réhabilités et la zone entourant le monument a été réaménagée », conclut Samir.

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