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Zahi Hawas : L’année prochaine, l’Egypte va conquérir le monde entier culturellement

Samedi, 08 juillet 2023

En visite aux Etats-Unis, notamment pour faire la promotion du GEM, du tourisme et de l’égyptologie, le célèbre archéologue Zahi Hawas revient sur sa mission. Il révèle que 2024 sera une année exceptionnelle.

Zahi Hawas

Washington par Sahar Zahran

Al-Ahram Hebdo : Quel est le but de votre visite actuelle aux Etats- Unis ?

Zahi Hawas : L’objectif principal de ma visite est d’envoyer un message clair que l’Egypte est un pays sûr et totalement exempt de toute agitation. Nous faisons également la publicité du Grand Musée égyptien (GEM) dont l’inauguration est prévue entre novembre et février prochains. Je suis heureux que Farouk Hosni et moi ayons posé la première brique pour la construction de ce musée. Par ailleurs, pour la première fois, des conférences publiques sont organisées dans 23 villes américaines et des milliers de personnes y assistent. Ces conférences font une énorme publicité pour l’Egypte dans tous les Etats- Unis, surtout qu’elles sont reportées par la CNN et les grands journaux américains comme le New York Times et le Washington Post.

— Comment expliquez-vous les manifestations organisées contre vous lors de votre visite actuelle aux Etats-Unis ?

— Les manifestations qui ont lieu sont simples, normales et inefficaces. Des manifestations similaires ont été organisées au Brésil pour dire que les origines de la civilisation égyptienne sont noires. D’autres ont aussi été organisées contre moi à Los Angeles, San Diego, San Francisco et New York revendiquant le retrait du doctorat que j’ai obtenu de l’Université de Pennsylvanie, parce qu’à leur avis, je falsifie l’histoire. Mon rôle est d’expliquer la vérité. Pendant mes conférences, les gens réalisent que je dis des réalités historiques.

Vu que les Noirs d’Amérique sont minoritaires, ils cherchent à se trouver des origines et une civilisation. Mais s’ils contemplent les rois d’Egypte à travers les temps depuis l’Ancien Empire, puis le Moyen Empire et le Nouvel Empire, ils trouveraient que leur physique n’est ni africain, ni libyen, ni asiatique. Donc si l’origine de la civilisation était noire, les rois apparaîtraient noirs.

— Que pensez-vous donc du film Cléopâtre sur Netflix ? S’agit-il d’une conspiration pour déformer la civilisation égyptienne ou d’une tentative de changer son origine ?

— Historiquement, le film Cléopâtre sur Netflix est un grand échec. Il s’agit d’une supercherie à 100 %. En une semaine, des collègues égyptologues et moi avons réalisé un autre film qui a obtenu plus de vues que celui de Cléopâtre sur Netflix. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une conspiration pour déformer la civilisation égyptienne. Mais c’est juste une minorité qui ne possède aucune civilisation et qui essaie de s’attribuer la civilisation égyptienne. Le 3 juillet, Netflix a diffusé un film, qui a été traduit en 199 langues, et a été réalisé il y a quelque temps avant celui de Cléopâtre, il parle des découvertes de Saqqarah et montre au monde entier que la terre d’Egypte révèle de nombreux secrets. Netflix est une plateforme mondiale qui diffuse le bon et le mauvais produit. Ils ont fait un mauvais film sur Cléopâtre alors que nous diffuserons un bon film sur les monuments et la civilisation égyptiens.

— Y a-t-il un projet en cours pour corriger les différentes opinions autour de la civilisation égyptienne ?

— Les conférences sont le seul moyen de corriger les idées erronées. La confusion est énorme autour de la civilisation égyptienne à force de répéter que ceux qui l’ont édifiée venaient de l’espace, du continent de l’Atlantide, ou étaient des juifs. Et voilà que certains Noirs prétendent qu’ils sont à l’origine de la civilisation égyptienne. Toutes ces opinions ne sont basées sur aucune preuve scientifique, alors que l’Egypte possède les monuments, les fouilles, les victoires et les grands projets. L’année prochaine, nous révélerons au monde ce que nous avons découvert derrière les portes à l’intérieur de la pyramide. Nous allons chercher la tombe de la reine Néfertiti et de sa fille Ankh Si Amon, ainsi que leurs momies. En plus de l’inauguration du Grand Musée qui est un très grand projet. L’année prochaine, l’Egypte va conquérir le monde entier culturellement.

— Quelle est la plus importante preuve scientifique sur l’origine de la civilisation égyptienne et son lien avec les autres cultures anciennes ?

— Il y a trois opinions. La première celle du Sénégalais Anta Diop qui, après avoir vu les statues de Ramsès II et Toutankhamon en couleur noire, a diffusé dans le monde entier que l’origine de la civilisation égyptienne est une civilisation noire. Mais l’Unesco a nié l’existence de toute preuve confirmant ces allégations.

Le deuxième avis dit que l’origine des Egyptiens remonte à « Cham et Sam », parce que les habitants de la Haute-Egypte ont la peau mate, alors que ceux du Delta ont la peau plus claire. Les habitants du Delta viendraient donc de l’Asie, alors que ceux de la Haute- Egypte viendraient d’Afrique. Cet avis a aussi été discuté et il n’y a aucune preuve sur sa véracité. Je pense que le troisième avis est le plus correct. Il s’agit de celui de l’égyptologue Sir Flinders Petrie, appelé « le père des antiquités égyptiennes ». Celui-ci a basé son avis sur d’énormes fouilles à Naqada en Haute-Egypte et dit que ce sont les habitants de cette région qui ont bâti la civilisation égyptienne.

— Quel rôle peut jouer la technologie moderne dans le soutien de la civilisation égyptienne ?

— La technologie a un grand impact dans le monde de l’archéologie, et surtout au cours de la dernière décennie. Nous avons découvert à travers le robot des portes et un corridor au sein de la pyramide. Et le scanner a révélé pour la première fois des informations sur les momies royales. L’ADN nous a aidés à découvrir la momie d’Hatchepsout, à savoir comment Toutankhamon et Ramsès III sont morts. Je pense que dans les années à venir, la technologie aura un impact sur les découvertes archéologiques.

— Comment les gouvernements et les organisations internationales peuventils travailler ensemble pour préserver le patrimoine égyptien et diffuser les informations sur ses origines ?

— Il était supposé que l’Unesco ait un rôle à ce propos. Mais malheureusement, elle n’en assume aucun. Parfois, l’Unesco tient à sauvegarder les sites archéologiques-clés de toute tentative de pénétration de la part des pays à ces projets.

En tant qu’Etat égyptien, nous manifestons un très grand intérêt pour les antiquités et nous avons le projet du Grand Musée égyptien, qui est le plus grand projet culturel du XXIe siècle. Des millions de dollars sont également dépensés chaque année pour restaurer des tombes et des statues et construire de nouveaux musées. L’Egypte vit une renaissance archéologique et touristique de haut niveau, et le tourisme a maintenant commencé à revenir en force, ce qui est prometteur pour l’économie égyptienne.

— Pensez-vous que l’existence d’une coopération entre les chercheurs des différentes cultures consolide la compréhension des origines de la civilisation égyptienne ?

— Certainement. Environ 240 missions étrangères, venues du monde entier, opèrent en Egypte. Aucun pays au monde ne comprend ce tas de missions. Nous sommes ouverts à la recherche scientifique. Lorsque j’étais président du Conseil suprême des antiquités, j’ai dit qu’il était temps de devancer les étrangers et devenir savants dans nos antiquités. J’ai alors formé de jeunes Egyptiens, afin de concurrencer les étrangers.

— Comment justifiez-vous la présence de pièces égyptiennes dans certains musées internationaux ?

— Ces pièces sont sorties pendant la colonisation française et anglaise. Mais certains musées continuent à se procurer des antiquités volées. Deux incidents qui se sont produits récemment : le Metropolitan Museum a acheté un cercueil volé et l’Egypte a pu le récupérer ; alors qu’en France, le chef du département d’égyptologie du Louvre a acheté des antiquités volées et les a restituées également à l’Egypte. Je pense que nous devons prendre position contre ce genre d’actes.

Je ne suis pas contre la présence d’antiquités égyptiennes dans les musées, mais contre l’existence d’un monument unique comme la tête de Néfertiti en Allemagne hors du territoire. Actuellement, je travaille sur un document populaire signé jusqu’à présent par 250 000 Egyptiens et étrangers, nous oeuvrons à récupérer la pierre de Rosette du British Museum, ainsi que le planétarium du Louvre. Nous avons préparé un autre document en Angleterre pour obtenir la signature de 100 000 citoyens, afin que nous puissions changer la loi pour que les Anglais nous restituent la pierre de Rosette, qui nous a inculqué la civilisation égyptienne.

— Quelles sont les dernières découvertes ?

— J’ai découvert la Ville d’Or, qui remonte à l’époque d’Amenhotep III, le grand-père du roi Toutankhamon, et nous avons trouvé à côté un cimetière qui n’a pas encore été creusé et qui était celui des épouses du dieu Amon et des prêtres de la 25e dynastie. Il faut mentionner que 70 % des monuments sont encore enfouis dans le sol et nous n’avons révélé que 30 % des antiquités égyptiennes jusqu’à présent.

— Quelle découverte Zahi Hawas souhaite-t-il faire ?

— J’espère terminer ma carrière archéologique en découvrant la tombe de la reine Néfertiti dans la Vallée des rois. Je crois que nous avons découvert une petite vallée encore non connue pour tous les scientifiques. Nous allons y travailler et je pense que la tombe de la reine Néfertiti se trouve dans cette vallée.

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