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Découvertes exceptionnelles à Saqqara

Dalia Farouq , Jeudi, 01 juin 2023

Deux ateliers de momification et deux tombes ont été découverts cette semaine dans la nécropole de Saqqara au sud du Caire, un site qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets.

Découvertes exceptionnelles à Saqqara
Vue générale du site de Saqqara. (Photo : Mohamed Mounir)

Classée sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, la nécropole de Saqqara, située au sud du Caire, ne cesse de dévoiler ses secrets. Le ministère du Tourisme et des Antiquités a annoncé cette semaine que la mission de fouille du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) a mis au jour deux ateliers dédiés à la momification d’humains et d’animaux, ainsi que deux tombes de deux dignitaires, l’une datant de l’Ancien Empire, alors que l’autre remonte au Nouvel Empire. « Les ateliers de momification datent de la fin de la XXXe dynastie et du début de l’ère ptolémaïque. Ce sont les plus grands et les plus complets ateliers de momification jamais découverts », s’est félicité Moustapha Waziri, président du CSA, lors de la conférence de presse tenue sur le site de Saqqara pour annoncer la découverte. L’atelier dédié à la momification humaine est un bâtiment rectangulaire en brique crue, divisé de l’intérieur en plusieurs chambres contenant deux lits pour l’embaumement. Les dimensions du lit sont d’environ deux mètres de long, un mètre de large et 50 cm de hauteur, et il est composé de plusieurs blocs de pierre recouverts de plâtre avec des gouttières à leur extrémité. « Un grand nombre de récipients en poterie ont été découverts à l’intérieur de l’atelier, dont des ustensiles en forme de pots répartis dans toutes les pièces, qui ont pu servir au processus de momification. Certains outils et ustensiles rituels et une grande quantité de lin, du sel Natroune et de résine noire utilisés pour l’embaumement ont également été révélés, ce qui indique que les opérations d’embaumement qui étaient effectuées dans cet atelier étaient pour des êtres humains », explique Waziri.

Quant à l’atelier de momification consacré aux animaux, le secrétaire général du CSA a précisé qu’il s’agit d’un bâtiment rectangulaire construit en brique crue au milieu duquel se trouve une entrée avec un sol en calcaire. L’intérieur est divisé en plusieurs chambres et salles, où un grand nombre de récipients en poterie et quelques sépultures d’animaux ont été découverts. « L’atelier contient 5 lits de calcaire, qui sont encastrés dans le sol et sont relativement différents de ceux trouvés dans l’atelier d’embaumement humain », a souligné Waziri, ajoutant que selon les études préliminaires effectuées, l’atelier était très probablement utilisé pour la momification des animaux sacrés associés à la déesse Bastet.


L’une des tombes découvertes à Saqqara. (Photo : AFP)

Deux tombes

Le directeur général de la région des antiquités de Saqqara et superviseur des fouilles, Sabri Farag, a déclaré que la mission a également réussi à découvrir deux tombes. La première appartient à « Ni Hsut Ba », un haut fonctionnaire de la Ve dynastie de l’Ancien Empire responsable du creusement des canaux et qui portait le titre des dieux Horus et Maat. La tombe prend la forme d’un mastaba rectangulaire. L’entrée de la chambre funéraire est située dans l’angle sudest du mastaba. La façade contient des textes hiéroglyphiques portant le nom et les titres du propriétaire de la tombe et de sa femme, et en dessous se trouvent des scènes de porteurs d’offrandes. L’entrée mène à une salle transversale dont les murs sont décorés de scènes de la vie quotidienne, de forêts, d’agriculture, de pêche. Au milieu du mur ouest de la salle se trouve une fausse porte sur laquelle se trouvent des scènes funéraires.

La deuxième tombe découverte par la mission remonte à la XVIIIe dynastie du Nouvel Empire et appartient à « Men Khe Ber » qui avait comme titre le prêtre de la déesse Qadesh, divinité étrangère d’origine cananéenne vénérée dans la ville de Qadesh et en Egypte pendant la XVIIIe dynastie. Selon Achraf Ewis, directeur de la restauration à Saqqara, une grande partie de la tombe est creusée dans la lisière rocheuse, dont une partie est construite en calcaire. Elle est formée d’une salle carrée. Sur les murs subsiste une couche de plâtre peint avec des scènes du propriétaire de la tombe et de sa femme assis devant une table d’offrandes. A l’intérieur, se trouvait une belle statue en albâtre de grande taille, d’environ un mètre de haut, appartenant au propriétaire de la tombe, avec une fleur de lotus dans sa main gauche, sur sa poitrine, alors que la main droite est étendue sur sa cuisse droite. Il porte une longue robe qui s’étend jusqu’aux jambes. Il a 4 cartouches royales gravées sur sa poitrine et ses épaules où figure le nom des rois Thoutmôsis III et IV. « Sur le corps de la statue, il y a 3 lignes d’écriture hiéroglyphique colorées en bleu en position verticale portant le nom et les titres du propriétaire de la tombe », a expliqué Ewis.


La statue en albâtre de Men Khe Ber. (Photo : Mohamed Mounir)

Ola Al-Eguizi, professeure d’archéologie à l’Université du Caire, souligne que l’importance de cette découverte réside dans le fait qu’elle prouve que la nécropole de Saqqara est encore plus vaste que l’on croyait. « On a une découverte à l’ouest du mur en briques de plus de 50 mètres qui sépare le site en deux parties. En outre, pour la première fois à Saqqara, on trouve cette grande quantité de tombes creusées dans le rocher de la falaise remontant à différentes périodes historiques », indique-t-elle, ajoutant que les tombes découvertes renferment des représentations magnifiques de la vie quotidienne qui nous font rappeler les plus grandes tombes de Saqqara, notamment celle de Ptah Hotep. La mission du CSA poursuivra ses fouilles au cours des prochaines saisons dans le but de dévoiler davantage de mystères de cette région fertile en trésors archéologiques.

 

Plusieurs découvertes

Selon Moustapha Waziri, moins de 20 % des trésors archéologiques de Saqqara ont été révélés jusqu’à présent. La mission archéologique du CSA a commencé ses travaux sur le site de la nécropole boubastienne depuis 2018, date à laquelle elle a pu mettre au jour une tombe unique d’un prêtre de la Ve dynastie appelé « Wahati », en plus de 7 tombes rupestres, dont trois du Nouvel Empire, quatre de l’Ancien Empire et une façade de cimetière de l’ancien Etat.

En 2019, une cache d’animaux sacrés a été révélée, qui contenait plus d’un millier d’amulettes en faïence, des dizaines de statues de chat en bois, des momies de chat, des statues en bois et des momies de divers animaux.

En 2020, la mission a découvert plus de 100 cercueils en bois fermés de l’époque tardive à l’intérieur de puits funéraires, 40 statues du dieu de la nécropole de Saqqara Ptah Soker avec des parties dorées. Au cours de la saison de fouille de l’année dernière, la mission a découvert la première et la plus grande cachette de statues en bronze dans le cimetière de Bubastéion à Saqqara, contenant 150 statues en bronze d’anciens dieux égyptiens, en plus de 250 cercueils fermés en bois coloré contenant des momies.

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