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Les contes d’Al-Khalifa

Doaa Elhami , Dimanche, 30 avril 2023

Nombreux sont les contes et les divagations tissés autour des monuments dressés dans Le Caire historique, notamment dans le quartier d’Al-Khalifa. Ces récits repris par les habitants de génération en génération forment un patrimoine immatériel de la région.

Les contes d’Al-Khalifa
(Photo : Doaa Elhami)

Il suffit de faire une petite balade dans le quartier historique d’Al-Khalifa — composé de la rue portant le même nom, de la région Hattaba au pied de la Citadelle de Saladin et d’Al-Imam Al-Chaféï — pour entendre des histoires et des contes qui ont façonné l’identité de ses habitants. Valorisé pendant les différentes époques islamiques, ce quartier abrite un nombre considérable de monuments, mosquées, mausolées, fontaines et bien d’autres. Cette abondance a fait naître une ambiance fertile pour les contes et les fables formant avec le temps un patrimoine immatériel riche à préserver. Si la mosquée Ibn Touloun est connue par son minaret singulier, sa construction est riche en légendes et fables. On cite par exemple qu’Ahmad Ibn Touloun a fait preuve de courage extraordinaire lorsqu’il accompagnait le calife Al-Mostaïne bi Allah. En guise de récompense, il fut nommé wali d’Egypte où il a décidé d’ériger une mosquée distinguée de toutes celles de l’époque. Ainsi, un architecte chrétien a planifié et bâti la mosquée sur le sommet du mont Yachkor. « Les fables entourant la mosquée, voire la famille toulounide, sont nombreuses. On raconte que c’est le mont sur lequel le prophète Moïse a parlé à Dieu. On dirait aussi que ce mont est celui qui a abrité l’arche du prophète Noé et que les planches ornées de versets coraniques formant le plafond de la mosquée proviennent de l’arche de Noé », raconte Malak, guide touristique. En effet, le minaret de la mosquée en forme de spirale est unique en Egypte. Ce type architectural, dont les escaliers sont externes, est répandu à Samarra, en Mésopotamie. On dirait également que Khamaraweh, fils d’Ahmad Ibn Touloun, a cultivé un vaste jardin allant d’Al-Qataie, la capitale fondée par son père, jusqu’à l’aqueduc de Magra Al-Oyoune. « On dit qu’il y avait dans ce jardin un vaste lac de mercure sur lequel on a posé le lit de Khamaraweh pour le guérir de l’insomnie », raconte Ali, un habitant du quartier.

Les contes enveloppent également Beit Al-Kritliya, abritant le musée Gayer Anderson, qui avoisine la mosquée d’Ibn Touloun. Il s’agit en effet de deux maisons, dont l’une renferme un puits d’eau connu par « le puits des chauves-souris ». « Si ton esprit est pur, regarde l’eau du puits et tu verras le visage de ta future épouse », dit-on aux jeunes visiteurs du quartier d’Al-Khalifa, notamment la rue Saliba et ses alentours. « Les habitantes de cette rue historique conseillent à leurs visiteurs, surtout les femmes, de se rendre au mausolée d’Ibn Sirine, connu par le fait d’interpréter les songes, pour qu’elles déchiffrent leurs rêves », renchérit Hadeer Dahab, membre de l’initiative Al-Athar Lana qui a rassemblé l’histoire orale de la communauté locale, soulignant que les contes vont jusqu’à la description de guérison aux malades. « Les histoires disent que les habitants emmènent leurs enfants malades au dôme Al-Arbéïne de la nuit jusqu’à l’aube, et le lendemain, ils sont rétablis et deviennent en bonne santé. Toujours au même endroit au pied de la citadelle dans la région d’Al-Hattaba se dresse un petit bâtiment connu par le nom d’Al-Chorafa. On raconte que ce dôme abrite le mausolée de sept soeurs vierges. Et toute femme ne respectant pas ce dôme ou commettant un sacrilège à son égard sera divorcée », raconte Hadeer, ajoutant que parfois les habitants inventent des contes pour empêcher leurs enfants de s’approcher des endroits dangereux. C’est le cas de la roue hydraulique (saqia) qui transférait l’eau à la citadelle au temps des Mamelouks. On raconte qu’une femme à corps épineux vit au sein du puits de cette roue. « Cette femme ordonne celui qui s’approche du puits de porter le récipient d’eau. Du coup, elle le tient fort dans ses bras jusqu’à la mort, puis reprend sa place à l’intérieur du puits où elle vit et se nourrit de ses victimes », reprend Hadeer.

Quant à la mosquée et au mausolée d’Al-Imam Al-Chaféï, ils sont également enveloppés de contes populaires. La coupole est surmontée d’un petit bateau nommé Al-Achari qui se remplissait autrefois de céréales pour nourrir les oiseaux. Al-Achari tremblait légèrement pendant la célébration de la naissance de l’imam Al-Chaféï. « Les habitants des alentours trouvent que ce tremblement est un signe d’une bonne nouvelle qui aura lieu l’année qui suivra ou bien préfigure des problèmes », commente Hadeer Dahab.

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