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A la rencontre de la Sainte Famille

Mireille Bouabjian , Mercredi, 04 janvier 2023

Les festivités du voyage de la Sainte Famille en Egypte figurent désormais sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. A cette occasion, le comité culturel de l’église Sainte-Thérèse d’Héliopolis a organisé un pèlerinage dans de hauts lieux de ce circuit, dans le sud du pays. Reportage.

A la rencontre de la Sainte Famille
L’Enfant Jésus s’asseyait sur cette pierre, devenue l’autel de l’ancienne église à l’ouest de Deir Al-Moharraq.

Terre d’accueil, l’Egypte est aussi et surtout une terre divinement bénie. Et pour cause. Il y a plus de 2 000 ans, la Sainte Famille, l’Enfant Jésus avec ses parents Marie et Joseph, fuyant la menace de mort d’Hérode, a parcouru le pays du nord au sud. Un séjour historique de plus de trois ans, concrétisant la prophétie d’Osée, « D’Egypte j’ai appelé mon fils » (Osée 11, 1).

Conscient de l’importance majeure de ce circuit, le ministère du Tourisme et des Antiquités travaille à préparer un dossier complet afin de pouvoir inscrire les différents sites du trajet de la Sainte Famille sur les registres de l’Unesco comme patrimoine culturel mondial de l’humanité. Dans ce cadre, le comité culturel de l’église Sainte-Thérèse d’Héliopolis, en collaboration avec Medhat Michel, de King Al-Saïd, spécialisé en tourisme patrimonial et religieux copte, a organisé un voyage de quatre jours en direction de Minya, Sohag et Assiout. Trentetrois personnes, tous âges confondus, y ont pris part, curieuses d’aller à la rencontre de la Sainte Famille qui a visité et béni quelques endroits de ces régions, entre autres, lors de son long voyage en Egypte. Le séjour de la Sainte Famille n’a été ni facile ni beau. Bien au contraire, ce fut un périple pénible et périlleux dans le désert, endurant la chaleur torride de l’été et le froid glacial de l’hiver, sans compter la faim, la soif, les dangers et les poursuites ... Plus de 3 ans de déplacements dans 8 gouvernorats, plus de 25 lieux habités et plus de 3 500 kilomètres parcourus à pied, à dos d’âne et parfois dans une embarcation sur le Nil ...

Assiout ou le terme du voyage

En Haute-Egypte et à 300 km au sud du Caire, Assiout est la première destination. Partis à minuit, nous arrivons à Deir Oum Al-Mahabba à 8h du matin. Le temps de prendre le petit-déjeuner avant d’aller découvrir l’église de la Vierge Marie à Deir Al-Moharraq. C’est là que la Sainte Famille s’est réfugiée dans une grotte, celle qui deviendra plus tard l’autel de l’église ancienne de la Sainte- Vierge, à l’ouest du monastère Deir Al-Moharraq. Ce lieu est saint au vrai sens du terme puisqu’il a accueilli la Sainte Famille pendant 185 jours consécutifs, le séjour le plus long sur la terre d’Egypte. Haut lieu culturel, Deir Al-Moharraq est entouré de nombreuses églises, du nord au sud et d’est en ouest. L’église de la Sainte-Vierge, Deir Al-Moharraq, mont Qosqam : trois appellations désignant un même lieu où la Sainte Famille s’est réfugiée dans une habitation en brique crue. Ce lieu était le plus sûr, un désert aride, non peuplé, concrétisant encore une fois la prophétie d’Isaïe : « En ce jour-là, l’Eternel aura un autel au milieu de l’Egypte, et une stèle sera dressée en l’honneur du Seigneur sur sa frontière » (Isaïe 19, 19). Quant à Qosqam, il est composé de Qos qui veut dire cimetière et Qam qui désigne les herbes dans la région destinées à être brûlées.


Le couvent de la Sainte Vierge à Gabal Al-Teir.

Quoi qu’il en soit, cette grotte revêt une grande importance spirituelle, puisqu’elle a accueilli pendant six mois la Sainte Famille et c’est aussi dans cette grotte que l’Ange du Seigneur est apparu en songe à Joseph lui disant : « Lèvetoi, prends le petit enfant et sa mère et va dans le pays d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts » (Matthieu 2, 20).

Dronka, le mont refuge

Sur le chemin du retour, et à 10 km d’Assiout, se trouve l’une des dernières destinations visitées par la Sainte Famille, Dronka. Empruntant un chemin menant un peu plus au sud, la Sainte Famille atteint Samallout. De là, elle traversa le Nil et arriva à Gabal Assiout ou Gabal Dronka. Le lieu fut béni et un couvent, toujours au nom de la Sainte Vierge, y fut bâti à 8 km au sud-ouest d’Assiout. Le couvent de la Vierge à Dronka était le lieu le plus sûr au retour de la Sainte Famille. Et pour cause. A l’heure de la crue du Nil, fuyant les inondations, les gens parcouraient 48 km de la route agricole pour atteindre le mont Dronka. Une escalade harassante avant de pouvoir prendre une embarcation sur le Nil.

Notre longue journée à Assiout, avec Deir Al-Moharraq, Dronka et les autres églises visitées avec notre guide inlassable, Medhat Michel, prend fin. Dîner et dodo à l’hôtel avant que notre professeure, la charmante organisatrice du projet, Viviane Avakian, nous réveille à 7h du matin pour prendre notre petit-déjeuner. La journée sera aussi longue que la veille, mais aussi riche en culture et infos.

Sohag, un bref passage

Aujourd’hui, nous allons à Sohag, à 150 km d’Assiout. La ville de l’immortel Réfaa Al-Tahtawi nous accueille à l’entrée de la région. A 15 km de Sohag, nous arrivons à Deir Akhmim, bâti au IVe siècle.

Officiellement, aucune trace tangible n’assure le passage de la Sainte Famille par Sohag, mais selon les traditions orales et les coutumes la Sainte Famille aurait visité ce lieu qui porte le nom des 8 410 martyrs d’Akhmim. A quelques kilomètres de Sohag, les monastères rouge et blanc nous racontent leurs belles histoires et nous dévoilent une beauté architecturale unique. Le monastère rouge est distingué avec ses couleurs exceptionnelles et ses riches peintures murales. L’église des saints Bishai et Bigol où le monastère rouge est rouge de la couleur du matériau de la construction de ses murs extérieurs. Quant au monastère blanc de saint Chénouda, il est à 3 km du monastère rouge.

La tournée fatigante à Sohag est terminée. Déjeuner à 17h et nuitée à bord du bateau Coral 1. Et ce n’est pas tout. Mme Viviane insiste sur le fait de dîner machawi chez Talaat, au centre-ville. Nous nous plions aux consignes, crevés mais heureux.

Le lendemain nous avions une longue tournée pour rattraper les lieux prévus la veille et qui n’ont pas été visités. Il nous restait un long trajet à faire pour arriver à Minya, dernière étape de notre voyage.

Minya, la montagne des oiseaux

Quand on parle du séjour de la Sainte Famille à Minya, c’est Gabal Al-Teir qui nous vient immédiatement à l’esprit. Gabal Al- Teir ou la montagne des oiseaux est ainsi appelée parce que des milliers d’oiseaux s’y rassemblent. Minya est une belle ville accueillante et séduisante. C’est là que nous avons découvert la grotte qui a abrité la Sainte Famille. Il y avait aussi la pierre sur laquelle Marie pétrissait le pain, le puits d’où elle tirait l’eau, l’escalier emprunté pour monter du Nil jusqu’au mont. D’ailleurs, c’est au-dessus de cette grotte millénaire qu’un hôtel, Holy Family, est érigé sur une falaise. Un lieu à l’image de la Sainte Famille, qui nous a accueillis à la clôture de notre séjour.

C’est ainsi que prend fin notre voyage, bref, il est vrai, mais condensé. En attendant notre prochaine rencontre avec la Sainte Famille au nord de l’Egypte, nous nous unissons au pape François qui a béni l’icône du trajet de la Sainte Famille. Une accréditation permettant d’inclure le circuit dans un programme de pèlerinage destiné à encourager le tourisme religieux. De même, le pape Tawadros II a souligné que le premier touriste en Egypte était Jésus-Christ. Sa venue a constitué une source de bénédiction pour tous les Egyptiens, incitant à l’amour, la paix et la tolérance.

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