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200 ANS D’ÉGYPTOLOGIE : Une pierre unique

Dalia Farouq , Mercredi, 28 septembre 2022

Deux langues et trois écritures d’un même texte sur la pierre de Rosette ont permis le décodage de l’écriture de l’Egypte Ancienne.

Une pierre unique

L’histoire de la pierre de Rosette commence en 1799, au temps de l’Expédition française d’Egypte, lorsque des soldats français, dirigés par le lieutenant Bouchard, effectuaient des travaux de construction au fort Julien dans la ville de Rosette, dans le delta du Nil. Ils découvrent alors une grande pierre en granit noir de 1,2m de hauteur et de 76cm de largeur. Recouverte de trois types d’écritures, cette pierre faisait partie d’une stèle perdue plus grande. Bouchard décide alors d’envoyer la pierre aux savants français qui accompagnaient l’expédition. Cette pierre n’était autre que la pierre de Rosette, l’un des monuments les plus célèbres de l’Egypte Ancienne. Les savants versés dans la lecture du grec ancien ont aussitôt compris l’intérêt scientifique du monument: la stèle devait être rédigée dans les trois écritures du pays et chaque écriture traduisait le même texte. Ils oeuvrèrent donc à réaliser plusieurs reproductions et moulages de la pierre avant que les Anglais ne la confisquent comme butin de guerre à la suite de leur victoire sur les Français en 1801. Ils la transportent en Angleterre où elle est immédiatement exposée au British Museum.

La pierre de Rosette renferme en fait un décret des prêtres égyptiens en l’honneur de Ptolémée V Epiphane (204-180 av. J.-C.), à l’occasion de l’anniversaire de son couronnement (196 av. J.-C.), le remerciant pour les nombreux cadeaux qu’il fit aux temples durant son règne et pour avoir réduit les impôts et libéré des prisonniers. Cette déclaration a été inscrite sur la stèle en deux langues et trois écritures: en hiéroglyphes, en démotique, ainsi qu’en grec ancien. «  Les hiéroglyphes étaient l’écriture utilisée seulement par les prêtres égyptiens, le démotique était la langue courante égyptienne, alors que le grec était, à cette époque, la langue des dirigeants », explique l’archéologue Magdi Chaker.

Ce texte a connu plusieurs tentatives de traduction avant que Champollion ne parvienne à le décoder et en traduire intégralement les inscriptions. En réalité, Champollion se distinguait de ses prédécesseurs par son approche profonde de la culture égyptienne et sa connaissance immersive du copte. Il a montré d’abord que l’hiératique et le démotique étaient des formes cursives de l’écriture hiéroglyphique. Il identifie l’existence des signes phonétiques en plus des signes idéographiques qu’il pensait composer la totalité du système. C’est en septembre 1822 que Champollion déclare dans une lettre à son protecteur, M. Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, le déchiffrement des signes hiéroglyphiques. « En fait, Champollion n’a déchiffré que 18% des hiéroglyphes à travers la pierre de Rosette, puisqu’il s’est basé au départ sur les noms des rois qui s’écrivaient dans une forme ovale appelée cartouche de même que sur la comparaison entre les trois écritures figurant sur la pierre de Rosette. Mais suite à un travail assidu, il a réussi à un déchiffrement complet dans lequel il s’est basé non seulement sur la pierre de Rosette, mais aussi sur les inscriptions qui existaient sur un obélisque originaire de Philae, en plus de l’encyclopédie de La Description de l’Egypte », explique Chaker. Selon lui, le travail de Champollion a été affermi par la découverte et la traduction du décret de Canope, une autre stèle où sont gravés des hiéroglyphes, des inscriptions démotiques et du grec ancien et toujours un texte rédigé par des prêtres pour honorer le pharaon Ptolémée III en 238 av. J.-C.

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