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Une nouvelle affaire de trafic d’antiquités égyptiennes

Dalia Farouq , (avec Agences) , Mercredi, 08 juin 2022

Sorties illégalement d’Egypte, cinq pièces antiques sont au coeur d’une grande enquête sur le trafic des antiquités. Un ancien directeur du Musée du Louvre est le premier accusé.

Une nouvelle affaire

Les antiquités égyptiennes fascinent par leur beauté et attirent surtout les trafiquants qui connaissent leur valeur inestimable. Il s’agit cette fois-ci d’une stèle en granit rose, portant le nom du pharaon Toutankhamon et exposée actuellement au Musée du Louvre d’Abu-Dhabi. Cette pièce est au centre d’une vaste enquête internationale sur le trafic d’antiquités. Elle n’est pas la seule: quatre autres pièces égyptiennes posent un sérieux problème de provenance aux experts en antiquités. A ce sujet, l’ancien président-directeur du Musée du Louvre, Jean-Luc Martinez, a été placé en garde à vue à Paris dans les locaux de l’Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels (OCBC), avec le conservateur, responsable du département des antiquités égyptiennes, Vincent Rondot, et l’égyptologue Olivier Perdu pour «  blanchiment et complicité d’escroquerie en bande organisée et blanchiment par facilitation mensongère de l’origine de biens provenant d’un crime ou d’un délit », dans le cadre d’une enquête sur un trafic d’antiquités du Proche et Moyen-Orient.

Les deux derniers ont été libérés sans poursuites à ce stade, alors que Martinez a été mis en examen et sous contrôle judiciaire. Selon le journal Le Canard enchaîné, les enquêteurs cherchent à savoir si Martinez aurait « fermé les yeux » sur de faux certificats d’origine de cinq pièces d’antiquité égyptiennes, dont la stèle en granit rose de Toutankhamon, acquises par le Louvre d’Abu-Dhabi « pour plus de 15 millions d’euros ».

Une enquête préliminaire portant sur des soupçons de trafic d’antiquités provenant de pays instables du Proche et Moyen-Orient avait été ouverte en juillet 2018 par la Juridiction Nationale chargée de la Lutte contre la Criminalité Organisée (JUNALCO) du Parquet de Paris. Les investigations ont été confiées en février 2020 à un juge d’instruction. Ce trafic concernerait des centaines de pièces dont les cinq pièces, sujet de l’enquête actuelle, et porterait sur plusieurs dizaines de millions d’euros.

D’autres personnes impliquées

Deux autres personnes sont impliquées dans ces affaires: Roben Dib, un marchand de Hambourg, et l’expert des ventes aux enchères Christophe Kunicki. Les enquêteurs les soupçonnent d’avoir produit de faux documents et inventé des origines fallacieuses pour « blanchir » des centaines d’objets archéologiques pillés dans différents pays du Proche et Moyen-Orient. Ce n’est pas la première fois que Kunicki soit impliqué dans une affaire de trafic d’antiquités égyptiennes. Celui-ci est dans le collimateur de la police à la suite de la vente, en 2017, du sarcophage doré du prêtre Nedjemankh, pour 3,5 millions d’euros, au Métropolitain Museum de New York.

L’expert avait alors garanti, documents à l’appui, que le sarcophage avait quitté le pays en toute légalité, en 1971. L’objet avait été finalement restitué à l’Egypte en 2019, à la suite d’une enquête internationale lancée par les autorités américaines, françaises, allemandes et égyptiennes, qui avait établi que le cercueil avait été volé lors de la Révolution de janvier 2011 contre le président égyptien Hosni Moubarak. Les deux hommes sont aussi soupçonnés d’avoir « blanchi » des objets archéologiques pillés dans plusieurs pays en proie à l’instabilité depuis le début des années 2010: Egypte, Libye, Yémen ou Syrie. Ces pièces auraient été sorties de manière frauduleuse de leur pays d’origine et « blanchies » grâce à de faux certificats.

Ce n’est pas la première fois qu’il y ait un trafic de pièces antiques égyptiennes et ça ne serait pas apparemment le dernier, surtout que, selon des chiffres officiels publiés précédemment, plus de 33000 pièces antiques ont été pillées à partir de 2011. Selon l’égyptologue Monica Hanna, ce chiffre concerne seulement les pièces enregistrées en Egypte. Mais qu’en est-il de celles non enregistrées ou résultant de fouilles clandestines? « D’après ce qu’on recense sur les sites Internet de vente de pièces égyptiennes, le chiffre est beaucoup plus grand », estime Hanna. Elle ajoute que le ministère du Tourisme et des Antiquités doit réenregistrer toutes les antiquités égyptiennes d’une manière numérique afin de faciliter leur poursuite et leur restitution.

Pour sa part, l’égyptologue et ancien ministre des Antiquités Zahi Hawas explique que le tableau de Toutankhamon acheté par le Musée du Louvre d’Abu-Dhabi, lui, est arrivé illégalement. « Nous avons donc tout le droit de le récupérer », assure-t-il. Il a souligné que l’Egypte devrait demander immédiatement aux Emirats arabes unis de restituer non seulement le chef-d’oeuvre de la tombe de Toutankhamon, mais aussi les quatre autres pièces, conformément à la loi qui interdit et criminalise le trafic de toute pièce sortie illégalement du pays .

La stèle de Toutankhamon

C’est une stèle en granit rose, de 1,70 m, gravée au nom du roi Toutankhamon, le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie de l’Egypte antique. « Un objet exceptionnel à plus d’un titre », selon l’égyptologue Marc Gabolde qui lui a consacré 47 pages érudites dans la Revue d’égyptologie publiée en mars 2020. Selon lui, la stèle est intacte, ce qui est « inhabituel pour un roi dont, à l’exception de la tombe, les édifices ont été martelés », explique l’égyptologue. Cette stèle a été acquise par le Louvre d’Abu-Dhabi en 2016, avec d’autres pièces, pour une somme globale de 15,2 millions d’euros.

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