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Des poteries et des ostraca du XVIIIe siècle découverts à Qéna

Nasma Réda, Mardi, 16 mars 2021

L’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) a achevé sa première saison de fouille sur le chantier d’Al-Cheikh Hammam dans le gouvernorat de Qéna. De multiples artefacts y ont été découverts.

Des poteries et des ostraca du XVIIIe siècle découverts à Qéna
Vestiges des casernements.

Dans le gouvernorat de Qéna, à environ 6 km au sud-ouest du village de Farchout, se trouve la citadelle du prince Charaf Al-Dawla Hammam Bin Youssef, dit Cheikh Al-Arab (1709-1769), l'une des per­sonnalités éminentes de la Haute-Egypte au XVIIIe siècle. Après presque trois siècles de négligence, la mission égypto-française de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) a opéré sur ce chantier d’une superficie de 33 feddans. Jamais fouillé à ce jour, ce site constitue un exemple unique de fortifications mili­taires remontant à l’époque ottomane. « Après plusieurs demandes offi­cielles de la part des descendants de Cheikh Al-Arab, l’IFAO a accepté d’entamer des fouilles et de participer ainsi à la réhabilitation des vestiges de la forteresse et de ses alentours », explique Ahmad Al-Choki, chef de la mission archéologique, soulignant que l’équipe a débuté l’intervention sur le terrain en novembre dernier. « La première saison de fouille est généralement la plus difficile de toute la durée des travaux. Compte tenu du manque de références historiques, il s’avérait indispensable d’étudier la géologie et l’archéologie du site, mais également de prendre en compte les éléments coutumiers et traditionnels des villages environnants », souligne Al-Choki, qui s’est rendu sur place à plusieurs reprises accompagné, entre autres, de l’archéologue Julie Monchamp et de l’archéologue-archi­tecte Gisèle Minaglou. Leur attention s’est portée sur le village d’Al-Araqi situé tout près de Farchout, ainsi que sur la ville de Nag Hammadi.

Le site fait face à Wadi Al-Ḥol, qui conduit à Darb Al-Arbéïne, la célèbre route des chameliers sur laquelle les caravanes n’ont jamais cessé de circu­ler depuis des décennies. La citadelle occupe le côté nord du chantier ; elle a été presque totalement détruite en 1769. En observant le style architectu­ral de cette forteresse, on peut consta­ter qu’elle comptait deux bâtiments distincts : l’édifice principal, qui com­prenait la citadelle construite sur une superficie de 1 959 m2, et un second bâtiment annexe de 642 m2, en briques crues qui varient en formes, en tailles et en couleurs. La forteresse est flan­quée de tours de défense et comprend des magasins, des moulins à farine et des casernes. Les fortifications sont hautes de 6 à 7 mètres.

Un chantier difficile à exploiter

Les interventions sur place se sont montrées assez pénibles pour la mis­sion qui a dû affronter de nombreux obstacles. « Nous étions devant un chantier vierge et vaste qui nécessi­tait l’intervention d’un grand nombre d’ouvriers expérimentés, denrée rare de nos jours. La zone s’est révélée sablonneuse, négligée depuis des siècles et jonchée de débris dont il a fallu se débarrasser avec peine », indique le chef de la mission. L’intervention a débuté par le net­toyage du site et sa délimitation, suivis des premiers sondages au milieu du terrain. Ainsi, de nom­breuses surprises sont apparues sous les yeux enthousiastes des archéolo­gues : six résidences, les vestiges de plafonds, des dômes et des murs comportant des ouvertures diverses. Là se dégageaient progressivement diverses poteries, des ostraca, des fours, des escaliers, des linteaux et des portes de pierre. « De nombreux artefacts ont été découverts : des tissus colorés verts et bleus, des cordes de fibre, une collection de bijoux dont une chaînette de cheville en cuivre, des perles et bracelets en verre, accompagnés de monnaies égyptiennes non datées », souligne Al-Choki.

Des poteries et des ostraca du XVIIIe siècle découverts à Qéna
La tour sud reste toujours debout.

Des investigations sont nécessaires à la compréhension de la structure architecturale de la cita­delle, des méthodes de sa construc­tion et des matériaux utilisés pour ses fondations. « L’étude doit s’étendre aux différents éléments qui consti­tuent les revêtements muraux, les arcs, les coupoles et, plus générale­ment, la façon dont on concevait l’architecture à l’époque », explique Al-Choki. Il souligne que les fouilles continuent pour dégager tout ce qui se trouve encore sous les sables. L’équipe est à la recherche d’objets divers qui pourraient aider à mieux comprendre le mode de vie social, culturel et économique de cette ancienne communauté. « Il s’agit d’essayer de découvrir la manière dont la citadelle était utilisée, tout en veillant à sa restauration et sa pré­servation, et également de trouver des détails intéressants sur le quoti­dien des citoyens de ce territoire. Cela permettra de mettre en valeur la région de Nag Hammadi en géné­ral et la ville de Qéna en particu­lier », précise l’archéologue et ex-ministre des Antiquités, Dr Mamdouh Al-Damati. Il assure que les pro­chaines saisons de fouille privilégie­ront les études approfondies dans le but de révéler tous les trésors qui dorment sous les sables.

Cheikh Al-Arab, une influente personnalité du XVIIIe siècle

Connu sous le nom de Cheikh Al-Arab Hammam, le prince Charaf Al-Dawla Hammam Bin Youssef de Nag Hammadi (1709-1769) a lutté contre les Mamelouks qui régnaient sur le pays et sur la Haute-Egypte. Il a placé cette région sous sa tutelle et est devenu son gouver­neur. Selon Ahmad Al-Choki, professeur à la faculté d’archéologie de l’Université de Aïn-Chams, Hammam était un homme éminent, puissant et riche, qui s’est emparé de la régence de la région en profitant des conflits incessants entre les dirigeants mamelouks. Al-Cheikh Hammam s’est battu pour étendre son pouvoir sur une grande partie de la Haute-Egypte, de Minya jusqu’à Assouan, et a choisi Farchout comme capitale. Il a institué ce que l’on peut appeler un Etat en établissant un Diwan, afin de contrôler ces territoires. Son action a permis la formation d’une force militaire constituée de bédouins de Hawara et de Mamelouks déser­teurs du pouvoir de Ali Beik Al-Kébir. Ce der­nier, inquiet de la puissance grandissante de Hammam, envoya trois armées pour le com­battre. Le cheikh fut finalement battu par le commandant mamelouk Mohamad Beik Aboul-Dahab qui détruit une grande partie de la forte­resse de Cheikh Al-Arab.

L’historien contemporain de Hammam, Al-Jabarti, a écrit à son propos : « Le grand et glorieux homme est mort. Il a été un recours pour les pauvres comme pour les princes, un abri pour les aînés et les nobles ». Cela montre qu’Al-Cheikh Hammam faisait partie des personnalités égyp­tiennes d’influence pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Un feuilleton télévisé retraçant sa vie a été diffusé en 2010 et a décrit une partie de son histoire en soulignant sa bonté. « Bien que le feuilleton ait montré une partie de la person­nalité de Hammam, il a négligé la description de son pouvoir commercial régional de contrôle des ports de la mer Rouge, comme celui de Qosseir. Quoi qu’il en soit, cette diffusion a permis aux générations présentes et futures de connaître et de vénérer le nom du prince Hammam », conclut Al-Choki.

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