Le Stade d'Alexandrie, le plus ancien stade installé en Afrique.
Monuments, anciennes photos, écriteaux et répliques feront partie de la collection d’un nouveau musée retraçant l’histoire du sport en Egypte. « Le musée sera le premier établissement de son genre, non seulement au Moyen-Orient mais également sur le continent africain. Il retracera les activités sportives pratiquées en Egypte depuis des millénaires », souligne l’égyptologue Osama Sallam, doyen de l’Institut supérieur du tourisme et de l’hôtellerie de King Mariout à Alexandrie. Ce musée sera installé dans la tour-est du mur d’enceinte de l’antique cité d’Alexandrie. Un site privilégié puisque la tour, qui est inscrite dans les registres des monuments islamiques, coptes et juifs du ministère du Tourisme et des Antiquités, se dresse dans le Stade d’Alexandrie lui-même inscrit au patrimoine alexandrin.
Le musée présentera à ses visiteurs des photos des parois des temples et des tombes qui affichent les différentes disciplines sportives nées en Egypte. Selon Osama Sallam, certains sports sont apparus dès la préhistoire. Cet avis est partagé par Khaled Saad, directeur général du département de la préhistoire au ministère du Tourisme et des Antiquités. « Sur les murs de la grotte de Wadi Soura au Gelf Al-Kabir, dans le désert libyque, se trouvent des graffitis représentant des chasseurs qui tiennent une lance à la main. Dans d’autres scènes, apparaissent l’arc et le disque », explique Khaled Saad. La chasse a donné naissance aux différents types de tir officiellement pratiqués de nos jours et qui ont évolué depuis l’Egypte Ancienne. A Saqqara, sur les murs de la tombe de Ka Guemni de la Ve dynastie et celle de Meri Rouca de la VIe dynastie de l’Ancien Empire, sont gravées des scènes de chasse où les défunts tiennent la lance et l’arc.
Le sport et les jeunes filles
La tour-est où sera installé le musée sportif.
L’idée de jouer au ballon est née dans l’Egypte Ancienne. Un jeu destiné exclusivement aux jeunes filles. Le musée montre la photo d’une scène ornant la tombe de Packet III de la XIIe dynastie (1991-1783 av. J.-C.) à Béni-Hassan, en Moyenne-Egypte, où l’on distingue des jeunes filles qui jouent au ballon en faisant de l’acrobatie. « Ce sport peut être assimilé à la gymnastique rythmique pratiquée de nos jours », souligne Osama. Il ajoute que le cliché pourrait s’enrichir d’un panneau explicatif des diverses disciplines sportives qui utilisaient le ballon et que l’on peut aujourd’hui interpréter comme les ancêtres du handball et du hockey. « Des ballons utilisés à cette époque lointaine seront exposés », souligne Mohamad Metwalli. Ce dernier, qui est le concepteur de l’installation du musée du sport dans la tour-est et le directeur général des monuments islamiques, coptes et juifs d'Alexandrie et de la Côte-Nord, a obtenu l’autorisation pour le développement de cette institution exceptionnelle. C’est le comité permanent du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) qui en est l’autorité de tutelle. « On fabriquait ces ballons de volumes variés avec un mélange d’éléments issus de palmier et de papyrus qu’on recouvrait de tissu. Parmi les images que le visiteur rencontrera, on remarquera la scène des 220 couples de lutteurs dessinés sur 6 niveaux dans l’une des tombes de Béni-Hassan à Minya. Cette scène reflète le goût pour la lutte sportive au cours du Moyen Empire », souligne-t-il.
Le musée sera aussi enrichi de répliques de statues des rois sportifs. Amenhotep II (1428-1401 av. J.-C.) de la XVIIIe dynastie est célèbre pour son corps herculéen et son habileté au tir en conduisant son char. « Sa statue et une photo de sa stèle gravée au Musée de Louqsor seront mises en valeur », explique le doyen.
Des statues représentatives des disciplines sportives datant de l’époque gréco-romaine incarnent des héros, tels Hercule à la musculature légendaire ou des divinités associées à certaines disciplines, Apollon, dieu de la musique et du tir ou Hermès et Mercure, protecteurs des athlètes. Des statuettes montrent Mercure portant la flamme des jeux qu’on peut voir comme origine de la flamme des Jeux olympiques contemporains. L’institution offrira également aux visiteurs une description des disciplines sportives populaires au cours des époques islamiques, telle l’équitation, en exposant des répliques de chevaux arabes. S’agissant de l’époque de la famille alide, beaucoup d’événements sportifs sont matérialisés par d’innombrables médaillons comme celui de l’inauguration du Stade d’Alexandrie. Sur l’avers de la pièce commémorative on distingue l’effigie du roi Fouad, alors que sur le revers c’est un marathon qui est représenté. « Cette médaille reflète l’intérêt accordé par le roi aux disciplines sportives », explique Mohamad Metwalli. Il indique que le sport égyptien de cette époque a connu un épanouissement remarquable. Isaaq Helmi était le premier nageur égyptien à traverser la manche en 1928. La biographie de ce champion égyptien et celles d’autres nombreux athlètes nationaux seront relatées.
Une institution profitable à tous
La tour-est où sera installé le musée sportif.
D’après Mohamad Metwalli, l’installation du musée du sport dans la tour-est va rendre son importance à ce monument, car la tour fait partie d’un groupe de tours protectrices de l’ancienne fortification qui entourait l’ancienne cité méditerranéenne. Erigée par Mohamad Ali pacha, fondateur de la famille alide, cette bâtisse a été restaurée à plusieurs reprises mais son état actuel exige toutefois des travaux de consolidation. « La tour possède une porte autonome, le visiteur peut accéder directement au musée sans être obligé de passer par le stade ». La richesse patrimoniale de l’emplacement choisi pour créer le musée du sport ouvre la perspective de nouveaux projets touristiques. En effet, le stade comprend la loge royale consacrée aux souverains égyptiens et leurs convives assistant aux déroulements des épreuves, ainsi que les salles de réception où ils se reposaient entre les compétitions. Ces pièces sont équipées d’un mobilier datant de l’époque alide conservé jusqu’à nos jours dans le stade situé près du gymnasium romain. « Toute la région peut être touristiquement valorisée », reprend Metwalli, qui espère que l’installation du musée du sport interviendra le plus tôt possible. Le thème est nouveau et son potentiel peut s’avérer culturellement fructueux pour Alexandrie, voire pour l’Egypte.
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