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L’Egypte vue du Nil

Doaa Elhami, Mercredi, 14 octobre 2020

Deux aventuriers ont eu l’idée de sillonner le Nil en kayak, parcourant 1 500 km d’Abou-Simbel au sud à Ras Al-Barr sur la côte méditerranéenne. Une aventure exceptionnelle qui les a menés au coeur de l’Egypte profonde avec ses magnifiques paysages et sa nature époustouflante. Récit.

L’Egypte vue du Nil
(Photo : Omar Al-Galla)

« On a vu une nouvelle et magnifique Egypte le long du Nil », témoignent les deux aventuriers Omar Al-Galla et Omar Hossam, qui ont parcouru le Nil en 43 jours avec un kayak. Une excursion pleine d’aventures, de surprises, de contemplation et surtout pleine d’humanité. « J’ai découvert toute une vie », dit Al-Galla qui a eu l’idée de cette aventure et l’a proposée à son ami, Omar Hossam, propriétaire d’une agence touristique spécialisée dans les voyages d’aventures.

L’Egypte vue du Nil
La visite des temples, une étape que les aventuriers n’ont pas manquée. (Photo : Omar Al-Galla)

Tout a commencé avec le confinement. Al-Galla, qui ne supporte pas l’isolement, décide de quitter Le Caire avec son ami Omar Hossam pour se rendre à Dahab dans le Sud-Sinaï. Escalader la montagne, nager et ramer étaient leur seul divertissement dans cette ville balnéaire calme située au bord de la mer Rouge. « Durant notre séjour à Dahab, j’ai proposé à mon ami de parcourir le Nil en kayak. Idée qu’il a beaucoup appréciée », se souvient Al-Galla. « On a alors acheté un kayak pour commencer un programme d’entraînement intensif. On faisait de l’aviron, de la natation et du hicking pour améliorer notre fitness », se rappelle Al-Galla. Lorsque les hôtels ont ouvert leurs portes, les aventuriers ont décidé de partir le 1er août. « Nos amis Nadim et Nouredin ont décidé de nous rejoindre au lac Nasser, la région la plus difficile de l’excursion », raconte Omar Hossam, qui a commencé ensuite les procédures d’octroi des permis nécessaires pour commencer le parcours.

L’Egypte vue du Nil
Des palmiers se dressant sur les rives du Nil à Kom Ombou, un paysage magnifique. (Photo : Omar Al-Galla)

S’étendant sur environ 300 km2, le lac Nasser a une forme irrégulière avec plusieurs branches qui se jettent dans le désert. L’absence de courant ralentissait la pagaie, la vitesse ne dépassait pas les 9 km/h. La lenteur du kayak a augmenté le mystère du lieu, suscité la curiosité des aventuriers et leur a offert l’occasion de découvrir un monde à part avec tous ses détails. « Avec l’esprit d’explorateurs, nous avons commencé notre promenade en prenant nos précautions et en suivant les conseils des pêcheurs du lac », poursuit Omar Hossam. Les pêcheurs assurent qu’il y a des crocodiles dans les eaux peu profondes et surtout dans les branches du lac. Ainsi, pour éviter les crocodiles, les aventuriers ont loué un bateau pour y passer la nuit. Le lac compte d’innombrables îles aux dimensions gigantesques. Elles abritent une grande variété de faune et de flore. Les oiseaux migrateurs s’y arrêtent durant leurs périples. Plusieurs espèces de ces oiseaux sont aperçues pour la première fois. « On a vu beaucoup de flamants roses, on a vu aussi un mont entier couvert d’oiseaux », raconte le photographe Nouredin qui a saisi l’occasion de faire des photos remarquables. « Le lac Nasser est un excellent lieu d’observation des oiseaux », dit-il. D’après les pêcheurs, le temps dans cette région est très variable, il peut changer du jour au lendemain. « On a vécu les quatre saisons en un seul jour. Un matin très chaud, une après-midi avec de l’orage et de la pluie et une soirée très froide. Pendant la nuit, le ciel devient clair au point de voir clairement à l’oeil nu les étoiles de la Voie Lactée », décrit Al-Galla. L’observation des étoiles est un avantage qu’offre le lac Nasser aux amateurs de l’astronomie. « Un genre touristique fortement demandé par les étrangers », commente Omar Hossam.

L’Egypte vue du Nil

L’eau du lac, étant claire et pure, permet aux voyageurs de boire sans craindre la pollution. « Le paysage que nous avons rencontré tout au long de l’excursion est magnifique, notamment au lac Nasser », reprend Hossam. La nature géologique des montagnes changeait au fur et à mesure que les aventuriers ramaient du sud vers le nord. Des montagnes de grès, suivies de dunes de sable, ensuite des montagnes rocheuses et de granite. A Garf Hussein, l’un des sites les plus beaux du lac, les couleurs du ciel viraient à l’orange et au rouge embrassant les nuages blancs. Un tableau magnifique esquissé par la nature. Grâce à ce paysage superbe, le photographe demandait souvent à son compagnon Nadim de ralentir la pagaye afin de prendre des photos. S’ajoute à cette nature surprenante une civilisation unique. Au fur et à mesure que les aventuriers avançaient, ils rencontraient dans les environs du lac des monuments racontant l’histoire du pays. Ils saisissent l’occasion pour prendre des photos, mais seulement devant les façades des temples puisqu’à leur arrivée, ces lieux étaient encore fermés à cause de la pandémie du coronavirus. Il s’agit des temples d’Amada, d’Al-Soboue et d’Abou-Simbel qui remontent aux XVIIIe et XIXe dynasties de l’Egypte Ancienne, ainsi que le temple de Kalabcha qui remonte à l’époque romaine. Dressé sur une colline, le temple d’Al-Soboue côtoie des champs verdoyants, entourés du désert. « Un paysage superbe et inoubliable », commente Omar Al-Galla, ébloui.

Paysages variés

10 jours de rame pour terminer une partie importante du parcours, celle du lac Nasser. Nadim et Nouredin se retirent vu des occupations personnelles, et les deux Omar continuent l’aventure seuls à partir d’Assouan. Ils sont dorénavant surveillés par la police pour les protéger le reste de l’excursion.

L’Egypte vue du Nil
Le Club grec d’aviron accueille les aventuriers lors de leur passage au Caire. (Photo : Omar Zein)

Entre Assouan et Louqsor, le Nil est plein d’îlots, ce qui encourage la pagaie à une plus grande vitesse. « Nous ramions une distance de 50 km par jour et nous montions nos tentes dans les champs riverains des propriétaires qui étaient accueillants et très gentils », reprend Al-Galla, racontant que les habitants les invitaient très souvent à déjeuner ou même à passer la nuit. « C’était le cas tout au long de l’excursion. Les Egyptiens sont vraiment aimables », souligne Al-Galla. Tout au long de l’excursion, le fleuve offre des paysages variés pour les aventuriers attirés par la nature, les monuments et le style des habitations. L’architecture des maisons de Qéna reflète son histoire et sa civilisation. La densité des palmiers doum à Kom Ombou rappelle les pays de l’Est de l’Asie. Chaque endroit a un cachet qui impressionne et qui donne à l’endroit sa particularité.

L’Egypte vue du Nil
Joumana, championne de paddleboarding, rame en se tenant debout sur sa planche.

Quant à la nature la plus époustouflante selon les aventuriers, c’est celle qui se trouve entre les villes d’Assiout et de Minya. La chaîne des montagnes de la mer Rouge avec l’eau du Nil surmonté d’un ciel bleu forment un extraordinaire tableau naturel. Sur la rive est d’Assiout, la montagne est très proche du Nil, au sommet, il y a le monastère de l’archange Michel. « Les moines nous ont gentiment accueillis et nous avons passé une nuit pleine d’amitié et de sérénité », se souvient Al-Galla. Et d’ajouter qu’au bas de la montagne et sur la rive du fleuve se trouvent de petits villages avec des maisons munies de fenêtres donnant immédiatement sur le Nil. « Notre kayak passait juste au-dessous de ces fenêtres », reprend Omar Al-Galla. Selon les aventuriers, la corniche de Minya est la plus belle des gouvernorats de la Haute-Egypte. D’ailleurs, Minya est riche par ses atouts archéologiques à visiter. Citons à titre d’exemple Amarna, Mallawi, Toun Al-Gabal et Bahnassa que les autorités entendent mettre sur la carte touristique mondiale.

67 km à la rame par jour

L’Egypte vue du Nil
(Photo : Nouredin Sherif)

A Minya, Joumana, âgée de 34 ans, rejoint le parcours des aventuriers. Championne d’Egypte de paddleboarding l’an dernier en Chine (ndlr : discipline qui consiste à ramer debout sur une planche), elle a été fascinée par l’idée et décide de continuer avec eux jusqu’au Caire. « C’était pour moi un grand défi. J’ai réussi à ramer 67 km le premier jour. C’était vraiment fatigant », se souvient-elle, ravie de pouvoir terminer le parcours de 250 km en 5 jours debout sur sa planche. Les îles du Nil étaient, pour elle, des stations de repos, mais elles représentaient aussi un défi car elles changent le mouvement de l’eau. Outre le côté sportif, Joumana profite de cette aventure pour contempler la nature et vivre la sérénité et le calme. « La levée du soleil, le crépuscule et leur reflet sur l’écoulement de l’eau me fascinent. J’aime beaucoup le crépuscule qui jette ses couleurs sur les feuilles des bananiers inclinés vers le fleuve, j’aime aussi le bruit du vent lorsqu’il vient caresser l’herbe, composant ainsi une belle symphonie », explique-t-elle.

Le Nil est connu par la variété de ses arbres, qui poussent sur ses deux rives. Tantôt on rencontre la canne à sucre, tantôt le manguier comme à Béni-Souef et le bananier, et ce, sans oublier la présence des villes industrielles. Le Nil offre encore le tourisme rural que l’on rencontre dans les villages riverains tout au long du fleuve. Pour répandre le tourisme sportif et aventurier, « il est indispensable de faire participer la communauté locale au nettoyage du Nil, à sa propreté et sa pureté », souligne Joumana.

L’Egypte vue du Nil
Enfin, l’arrivée à Ras Al-Barr.

Arrivée au Delta, où le fleuve se divise en deux branches, Rachid et Damiette, l’aventure prend un nouvel aspect. La pagaie est plus difficile qu’en Haute-Egypte. Ils prennent le chemin de Damiette pour terminer leur parcours à Ras Al-Barr. « Mais le courant d’eau dans le Nil nous a beaucoup aidés », explique Omar Hossam. La scène change. La nature des deux côtés du fleuve est remplacée par des champs, des usines et des bâtiments, le calme est remplacé par le bruit.

A Damiette, située à 15 km de Ras Al-Barr, terminal de l’excursion, les aventuriers garent leur kayak au milieu de l’eau, prennent une felouque et passent la nuit à Damiette. « Nous voulions tout simplement rentrer à Ras Al-Barr le matin pour admirer sa beauté. Le lendemain matin, nous avons nagé jusqu’à notre kayak pour arriver enfin à notre destination finale. L’entrée à Ras Al-Barr du côté du fleuve est très belle. Les façades des maisons sont colorées et comportent de nombreux dessins. On peut voir de loin la mer, ses vagues, et au fond se dresse le phare, formant une vue panoramique exceptionnelle. Le fait de voir la jonction du fleuve avec la mer est formidable », se souvient Al-Galla.

L’aventure terminée. Les deux Omar décident que ce n’est que le début d’une série d’autres excursions à organiser pour découvrir la beauté du pays de façon non conventionnelle. Ayant publié leur expérience exceptionnelle sur les réseaux sociaux avec des illustrations montrant les endroits visités, nos aventuriers ont été assaillis par des questions sur les détails de leur parcours et la possibilité d’organiser des voyages similaires. L’aventure du kayak sera sans doute le début de programmes touristiques en kayak dans le cours du fleuve.

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