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La splendeur retrouvée des jardins de Montazah

Dalia Farouq, Mardi, 22 septembre 2020

Les jardins de Montazah à l’est d’Alexandrie font l’objet d’un vaste projet de réaménagement visant à leur redonner leur beauté d’antan.

La splendeur retrouvée des jardins de Montazah

A l’est de la ville d’Alexandrie et sur une superficie de 370 feddans se trouvent les jardins historiques de Montazah, l’une des attractions touristiques les plus fréquentées par les habitants et les touristes de la ville côtière. Aujourd’hui, ces jardins font l’objet d’un grand projet de réaménagement qui a pour objectif de rendre à cet endroit historique sa beauté et sa splendeur, et à le transformer en un centre touristique international. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a donné le signal des travaux, exigeant que la première phase soit achevée dans un délai d’un an.

Le projet comprend la création d’une marina pour les yachts, d’une roue tournante Alexandria Eye similaire à la London Eye d’une hauteur de 65 m. Les bâtiments anciens seront restaurés et un musée privé sera construit où seront exposés les yachts de la famille royale comme celui d’Al-Mahroussa, utilisé par le roi Farouq lorsqu’il a quitté l’Egypte pour l’exil en 1952, le yacht Safaa Al-Bahr utilisé par le khédive Abbas Hélmi pendant ses voyages en Turquie, et le yacht Faid Rabani, utilisé par le sultan Hussein Kamel lorsqu’il partait en promenade avec son épouse, la sultane Malak. En outre, selon le plan de réaménagement, les deux hôtels Palestine et Al-Salamlek Palace seront complètement rénovés. Le côté botanique occupe une grande place dans le plan de réaménagement. La zone verte sera agrandie à l’aide de systèmes d’irrigation modernes, un jardin tropical et un jardin suspendu seront créés, et la serre royale, comprenant des arbres rares, sera rénovée. Selon Ali Abdel-Hafez, membre de la Chambre du tourisme à Alexandrie, il est temps de développer ces jardins pour profiter de cette surface verte qui ne manque pas d’histoire. « Ce sera un plus pour le tourisme à Alexandrie, surtout avec la création d’une corniche », explique Abdel-Hafez, appelant à diversifier les niveaux des hôtels à l’intérieur des jardins de Montazah pour accueillir des touristes de toutes les catégories.

Les hôtels actuels sont de 4 et 5 étoiles et leurs prix sont assez élevés. Les jardins de Montazah ont de tout temps été une attraction touristique pour les habitants d’Alexandrie, habitués à y passer leurs jours de congé pour profiter de la mer. Avec le lancement du projet, certains habitants de la ville craignent l’augmentation des prix de ses billets. « J’habite tout près des jardins de Montazah. Ma famille s’y rendait toutes les semaines pour passer des moments agréables. Je crains qu’après le lancement du projet de réaménagement, le billet ne soit très cher et inaccessible à une famille de la classe moyenne », souligne Hassan Noureddine, un jeune comptable alexandrin d’une trentaine d’années. Et d’ajouter que déjà le prix du billet a augmenté plus d’une fois ces deux dernières années pour atteindre 25 livres égyptiennes.

Une histoire riche

L’histoire du parc remonte à 1892, lorsque le khédive Abbas Hélmi II, habitué à conduire sa locomotive du palais de Ras Al-Tine jusqu’à Abouqir, s’arrêta dans une région au paysage naturel exceptionnel. Il y avait là une petite cabane qui appartenait à un étranger appelé Zorié. Le khédive a alors acheté la cabane et les terres adjacentes. Influencé par ses études à l’Académie de Vienne en Autriche, Abbas demande à son architecte, Dimitri Fabricious pacha, de lui construire un palais inspiré des pavillons de chasse autrichiens, dans un paysage forestier. En 1892, Fabricious conçoit le palais de Salamlek dans le style baroque autrichien éclectique. Celui-ci sera situé sur l’une des deux collines de la région. Le khédive Hélmi s’intéresse personnellement au jardin du palais pour satisfaire son goût personnel et celui de sa bien-aimée la comtesse hongroise May Torok von Szendro, devenue plus tard sa deuxième épouse. Leur mariage a eu lieu secrètement au palais de Montazah, et la cérémonie officielle a eu lieu le 28 février 1910 toujours dans le même palais.

Ce palais, qui donne sur la Méditerranée, se compose d’un sous-sol, de trois étages et d’un bâtiment annexe. Au rez-de-chaussée se trouvent le bureau, la réception et les salles à manger du khédive, alors que les deux étages supérieurs sont consacrés aux chambres et aux salons des membres de la famille royale. Le palais a quatre façades, l’une au nord donnant sur la Méditerranée, et les autres donnant sur les jardins. Toujours dans le parc, on trouve un palais présidentiel, Haramlek, établi par le roi Fouad Ier en 1925 sur la deuxième colline du parc pour servir de résidence d’été à la famille royale. Ce palais est le dernier de la famille alide. C’est l’architecte italien Ernesto Verocci qui l’a conçu sur une superficie de 46 481 m2. Le palais réunit plusieurs styles : byzantin, gothique et classique, ainsi que des décorations baroque et rococo. Avec l’arrivée du roi Farouq, le palais de Montazah n’était plus seulement une résidence estivale pour la famille royale, mais aussi un lieu d’où le roi régnait sur le pays.

L’histoire des jardins de Montazah ne manque pas de mythes. Le livre « Palais et jardins de Montazah », rédigé par l’historien alexandrin Mohamad Awad et publié par la Bibliothèque d’Alexandrie, raconte que lors d’une soirée d’été, alors que le roi Fouad flânait dans les jardins du palais, une vieille femme apparut devant lui et lui prédit un destin agréable pour lui et sa famille. Elle lui a conseillé d’utiliser la lettre F. Très impressionné, Fouad donna l’ordre à des artistes italiens de décorer le palais avec des calligraphies portant la lettre F. Il donna à ses enfants des noms qui commencent par la lettre F : Fawziya, Fayza, Fayqa, Fathiya et Farouq, l’héritier du trône. Devenu roi d’Egypte en 1936, Farouq continua à utiliser la lettre F qui domina toutes les façades du palais. Il en est arrivé au point de changer le vrai nom de son épouse, Safinaz, devenue la reine Farida. Mais quand il épousa sa deuxième femme, Nariman, et donna à son fils et héritier du trône le nom d’Ahmad, tout a mal tourné. Farouq a dû abdiquer en juillet 1952 et la famille royale fut contrainte à l’exil.

Les jardins comprennent quatre bâtiments enregistrés comme antiquités islamique et copte, à savoir les palais Salamlek et Haramlek, le moulin à vent, plus ancienne installation à Montazah, construite par Mohamad Ali pacha en 1807, et le kiosque à thé, qui est le dernier endroit enregistré comme antiquité du parc en 2010.

Le kiosque à thé ouvert au public

Dans le cadre du projet de réaménagement des jardins de Montazah, le bâtiment historique dit le kiosque à thé a été ouvert à la visite au grand public la semaine dernière tout de suite après sa restauration. Ce kiosque, comme l’appellent les Alexandrins, était le lieu de détente du roi Farouq. Lorsqu’il arriva au pouvoir, il demanda à l’architecte renommé Moustapha pacha Fahmi de lier les deux palais royaux par un kiosque à thé de style classique. L’architecte installa aussi un cinéma, un bureau extérieur pour le roi et plusieurs annexes de services, comme le château d’eau, l’écurie et la station royale de chemin de fer, sans oublier une école consacrée aux membres de la famille royale. Le kiosque à thé se trouve au sommet d’une île d’une superficie de 4 feddans. Il s’agit d’un bâtiment rectangulaire d’un étage. Il est lié à la plage par un pont ayant un caractère architectural unique. Le kiosque donne sur le jardin et la côte méditerranéenne de tous les côtés sauf l’ouest

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