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Tourisme: Les trois scénarios d’avenir

Dalia Farouq, Lundi, 08 juin 2020

Une étude publiée par l'Institut national de la planification dresse l'impact du Covid-19 sur le secteur du tourisme. Décryptage.

Tourisme: Les trois scénarios d’avenir

« Les répercussions de la crise du coronavirus sur le secteur du tourisme égyptien ». C’est le titre de l’étude publiée par l’Institut national de la planification. L’étude se base sur les statistiques publiées par la Banque Centrale d'Egypte (BCE) concernant les recettes du tourisme en 2019. 13 millions de touristes ont visité l’Egypte en 2019, soit une moyenne d’un million de touristes par mois, une hausse de 15 % par rapport à 2018.

L’étude prévoit une baisse du trafic touristique vers l’Egypte de 100 %, pendant les trois derniers trimestres de l’année courante, en comparaison avec ceux de 2019, si la pandémie de coronavirus se poursuit jusqu’à la fin de cette année. Les revenus du tourisme ont augmenté en 2019 par rapport aux années précédentes, atteignant 12,6 milliards de dollars.

L’étude dresse plus d’un scénario concernant l’impact de la pandémie sur le secteur du tourisme en Egypte, et cela en fonction de l’ampleur de la crise jusqu’à la fin de cette année. Le premier scénario est celui de la reprise de l’activité économique, de l’ouverture des frontières entre les pays et du début des vols étrangers à destination de l’Egypte, qui devraient commencer à la mi-juin ou au début juillet. Selon l’étude, le retour de ces activités ne signifie pas la reprise directe et rapide du tourisme, car celui-ci se limitera surtout aux voyages des hommes d’affaires et aux visites des proches. L’étude prévoit que le nombre de touristes ne dépassera pas dans ce cas les 10 % pendant la période comprise entre juillet et septembre prochains, ce qui signifie une perte de 90 % au cours de cette période avec un nombre de touristes qui ne dépassera pas les 300 000. Les revenus ne dépasseront pas les 300 millions de dollars, soit 100 millions de dollars par mois.

Toujours en vertu du premier scénario, l’étude s’attend à ce que les pertes soient exacerbées au cours du quatrième trimestre de cette année, avec une baisse d’environ 75 % par rapport à 2019, soit environ 750 000 touristes. Ceci dit, les revenus touristiques ne dépasseront pas les 75 000 dollars au quatrième trimestre de l’année 2020. L’étude estime que le nombre de touristes visitant l’Egypte sur l’ensemble de l’année atteindra environ 3,45 millions de touristes, soit une baisse de 73,5 % par rapport à 2019, tandis que les revenus atteindront 3,45 milliards de dollars, soit une baisse de 72,6 % par rapport à 2019.

Selon Adel Zaki, membre de la Chambre du tourisme, ce scénario est trop optimiste. « Les vols en Europe sont encore très limités. Seules la Grèce et l’Espagne ont repris les vols sur le plan intereuropéen. La peur et l’incertitude sont de mise dans le monde et vont perdurer jusqu’à la découverte d’un vaccin ou d’un médicament efficace contre le Covid-19 », estime Zaki.

Le second scénario, dressé par l’étude, est une reprise de la vie normale en Egypte, y compris l’activité touristique, en présence du coronavirus dans la plupart des pays du monde. En vertu de ce scénario, les pertes du secteur touristique égyptien atteindront 75 %. Le nombre de touristes en 2020 atteindra 3,15 millions, soit une baisse de 75,8 % par rapport à 2019. En outre, les recettes touristiques de l’année devraient enregistrer 3,15 milliards de dollars, soit une baisse de 75 %.

Une industrie du voyage différente après le coronavirus

Le troisième scénario et le plus sombre est que la pandémie du Covid-19 continue jusqu’à fin décembre 2020, ce qui signifie une diminution de 100 % du trafic touristique. Selon ce scénario, le nombre de touristes et de revenus touristiques sera nul au cours des deuxième, troisième et quatrième trimestres de 2020, ce qui signifie une perte significative de 9 mois et demi, de la mi-mars à décembre 2020. Dans ce cas, les chiffres du tourisme se limiteront au premier trimestre de 2020, soit 2,4 millions de touristes et des recettes d’environ 2,4 milliards de dollars.

Elhami Al-Zayat, ancien président de l’Union des chambres du tourisme, estime que ce scénario est le plus plausible. « Le tourisme ne reviendra pas cette année. On peut parler d’un retour partiel vers la fin de 2021, mais le rétablissement total du secteur dans le monde n’aura pas lieu avant 2023 », souligne Al-Zayat, affirmant que le tourisme égyptien perd chaque mois plus de 1,3 milliard de dollars. « L’industrie des voyages après le coronavirus sera complètement différente », dit Al-Zayat. Selon les estimations de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), les gens qui pourront assumer les frais des voyages sont ceux qui ont un revenu annuel de 120 000 dollars ou plus. Les billets d’avion seront beaucoup plus chers qu’auparavant pour compenser les grandes pertes subies par les compagnies aériennes. « Pour ces raisons, le mouvement du tourisme va considérablement baisser dans le monde entier et pas en Egypte seulement », se lamente Al-Zayat, qui donne l’exemple des voyages d’affaires qui constituent la part de lion dans l’industrie du tourisme en termes de revenus. « Les voyages d’affaires vont être très limités, surtout avec l’utilisation des vidéoconférences qui ont désormais un grand succès dans le monde des affaires, dans l’éducation et même dans le divertissement. Les frais élevés et la peur vont pousser les gens à réfléchir mille et une fois avant de prendre la décision de voyager », reprend Al-Zayat.

L’étude indique que la crise actuelle du tourisme nécessite une meilleure gestion de la part du gouvernement et un fort soutien de la part des employés de ce secteur. En effet, le gouvernement a pris plusieurs décisions concrètes pour réduire l’impact du coronavirus sur le secteur du tourisme comme l’octroi d’un prêt de soutien au secteur de l’aviation, le financement des établissements touristiques, la remise du remboursement des prêts de 6 mois, le report du paiement de la taxe foncière imposée aux établissements touristiques pour une période de 3 mois, etc. En dépit de ce soutien, l’étude de l’Institut de la planification estime que plus d’efforts sont nécessaires pour permettre au secteur de surmonter cette crise sans précédent qui secoue le monde entier et qui est considérée comme la pire des deux dernières décennies .

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