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Le tourisme interne, bouée de sauvetage

Dalia Farouq, Lundi, 01 juin 2020

Quelques hôtels du Sud-Sinaï et de la mer Rouge ont rouvert leurs portes aux touristes égyptiens avec une capacité de 25% d’accueil et le respect d’un certain nombre de mesures de prévention. Une décision qui vise à sauver le secteur, accueillie plutôt favorablement par les professionnels, malgré certaines craintes.

Le tourisme interne

S’il y a un secteur durement frappé par la crise liée au coronavirus, c’est bien le tourisme. Afin d’éviter une agonie totale, le gouvernement égyptien a décidé de rouvrir le tourisme interne tout en prenant compte des mesures préventives hygiéniques et sanitaires conseillées par l’Organisation mondiale de la santé (voir encadré).

Cette décision a pour objectif de sauver le secteur, qui perd près d’un milliard de dollars par mois depuis le début de la crise, mais aussi de venir en aide à l’économie, les revenus touristiques représentant environ 12% du PIB de l’Egypte.

Or, cette reprise du tourisme interne n’est pas accueillie de la même manière parmi les professionnels, certains l’ont saluée, d’autres sont plutôt sceptiques et craignent l’expérience. Selon Ahmad Youssef, président de l’Organisme de la promotion touristique, la crise engendrée par la pandémie du Covid-19 est la plus grave depuis des décennies. « Personne ne peut prédire ce qui aura lieu dans les mois à venir et quand le mouvement touristique pourra reprendre. On doit donc trouver des solutions pour soulager le secteur. Et les hôtels en Egypte ont été bien préparés pour accueillir les Egyptiens selon les normes préventives imposées par l’Etat », explique Ahmad Youssef. Ainsi, les hôtels qui rouvrent prennent le label « Hygiene Safety » (sécurité hygiénique) qui témoigne que cet hôtel applique les mesures préventives imposées par l’Etat. « L’absence de ce label, attribué à l’établissement touristique par le ministère du Tourisme et des Antiquités, et de celui de la Santé et de la Population, expose les hôtels à une annulation totale de la licence de l’hôtel », avertit Youssef. En ce qui concerne les prix des chambres dans les hôtels qui devraient augmenter pour appliquer les normes sanitaires préventives, Youssef explique que le ministère du Tourisme et des Antiquités n’intervient pas dans ce processus. « C’est l’offre et la demande qui déterminent les tarifs. On ne sait pas encore si la décision sera bien accueillie et comment sera le taux de réservations. Si la demande est importante, les prix vont certainement augmenter surtout que la capacité permise est à 25% de la capacité effective des hôtels. Mais si les réservations ne sont pas nombreuses, il y aura une concurrence entre les hôtels qui vont faire sans doute baisser les prix ou faire des offres pour attirer les clients », reprend-il. Avis partagé par Omar Al-Cheikh, membre de la Chambre du tourisme.

S’organiser selon

un nouveau mode

« Dorénavant, On doit s’accommoder à un nouveau mode de vie dicté par les précautions sanitaires strictes. La reprise du tourisme à l’échelle interne est un premier pas pour s’y faire, tester cette situation nouvelle, celle de reprendre le cours naturel de la vie, voyager tout en prenant compte des mesures de distanciation sociale afin d’éviter la propagation du virus », explique Al-Cheikh. Ce dernier atteste que s’adapter à une coexistence avec cette pandémie va prendre du temps, « mais c’est une nécessité pour reprendre le cours de vie et sauver l’économie du pays ».

Cela dit, l’expert ne s’attend pas à voir de touristes étrangers en Egypte au cours de la saison touristique 2021-2022. Le retour à la normale sera long pour l’industrie du tourisme. « On doit trouver des alternatives pour faire tourner la roue », ajoute-t-il. Sur le plan global en effet, l’Organisation mondiale du tourisme s’attend à une chute des voyages touristiques de plus de 30 % en 2020, par rapport au chiffre record de 1,5 milliard de touristes internationaux en 2019. De même, les lignes aériennes maintiennent au sol près des deux tiers de leur flotte en raison de la baisse du nombre de passagers.

Pour sa part, le président de la Chambre des agences de voyages, Hossam Al-Chaer, qui assure que les pertes générales du secteur à cause de la pandémie du Covid-19 sont estimées à un milliard de dollars par mois, espère que le tourisme interne empêchera l’effondrement de cette industrie, qui a à peine commencé à se redresser après la crise qui a secoué le tourisme égyptien en 2011. « On ne sait pas quand cette situation va prendre fin. Alors on essaie d’attirer le touriste local pour compenser une partie des pertes engendrées par l’absence des touristes internationaux », estime Al-Chaer.

Quelques appréhensions

Pourtant, Alaa Mohsen, tour-opérateur, affiche ses craintes vis-à-vis de la décision de la reprise du tourisme interne avec 25% de la capacité des hôtels. Selon lui, les hôtels affrontent plusieurs défis à cause de la chute du mouvement touristique surtout qu’ils sont obligés de garder le personnel et payer des salaires et des frais de fonctionnement. « Je crains qu’une réouverture à l’heure actuelle n'affecte le niveau des services offerts aux clients, puisque les frais de fonctionnement seront beaucoup plus élevés que les revenus engendrés », dit-il, expliquant que selon les nouvelles directives du ministère, les frais de fonctionnement seront bien plus élevés que la normale puisque les procédures d’hygiène et celles de stérilisation s’ajouteront aux coûts habituels. Quant à Moetaz Nouh, membre de la Chambre des hôtels, il se demande si les Egyptiens vont vraiment se précipiter pour voyager maintenant. « Quels sont les atouts qui peuvent attirer un Egyptien à voyager à Charm Al-Cheikh ou Hurghada par exemple et payer une fortune s’il sera privé des moyens de divertissement comme les sorties au restaurant, les soirées, les piscines, etc., pour respecter la distanciation sociale ? », se demande-t-il, non sans scepticisme.

Pourtant, force est de constater que la relance, même timide, du tourisme interne s’impose comme la seule option à l’heure actuelle. Une stratégie qui a pu soulager le secteur des périodes de crises précédentes. En effet, ce n’est pas la première fois que le gouvernement égyptien table là-dessus. Après 2011, plusieurs initiatives réussies avaient été lancées par le ministère. Cette fois-ci, la crise étant mondiale, le gouvernement égyptien a pris d’autres mesures pour venir en aide au secteur, notamment des exemptions des impôts immobiliers et le report des versements des prêts et de toutes créances bancaires l

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