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Les Egyptiens et les épidémies

Doaa Elhami, Mardi, 07 avril 2020

L’Egypte a été touchée, au cours de sa longue histoire, par plusieurs épidémies, dont le paludisme et la tuberculose. Tour d’horizon.

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Les huiles aromatiques étaient utilisées pour la protection et la propreté des Anciens Egyptiens.

Les épidémies existent depuis l’aube des civilisations et les Egyptiens en ont connu plusieurs. Si, à l’époque, leur étendue se limitait à une région particulière, c’est parce que les moyens de transport étaient peu nombreux. Le paludisme et la tuberculose comptent parmi les maladies les plus connues de l’Egypte Ancienne. En effet, la présence d’étangs, de marécages et donc d’humidité et de températures élevées contribuait à for­mer une atmosphère propice à l’apparition de moustiques, qui transmettaient les para­sites causant des maladies épidémiques à l’homme.

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L'analyse de la momie de Toutankhamon a révélé son infection du paludisme.

On sait que le paludisme était présent en Egypte depuis la préhistoire. « Grâce aux analyses effectuées sur des os humains datant de cette époque reculée, nous avons découvert des traces d’infection par le palu­disme », souligne Ghada Al-Khafif, spécia­liste en anthropologie biologique au Centre des recherches et de préservation des anti­quités. L’égyptologue Zahi Hawas assure, quant à lui, que l’analyse de la momie du roi enfant Toutankhamon, qui a vécu une bonne partie de sa vie à Akhetaton, l’actuelle Minya en Moyenne-Egypte, a elle aussi révélé son infection par le parasite causant le paludisme. « Les papyri de prières et de supplications conservés au Conseil suprême des antiquités et représentant des soldats hittites implorant leurs divinités de les sau­ver de la contamination de la peste par les soldats égyptiens ont incité l’anthropologue Nicole E. Smith-Guzman, du Center for Tropical Paleontology and Archaeology du Smithsonian Tropical Research Institute, à étudier, en 2015, les momies de Tell Al-Amarna », reprend Ghada Al-Khafif. Et d’ajouter que les résultats de cette étude ont montré que 50% de ces momies relevaient en réalité une infection par le paludisme et non pas par la peste comme le croyaient les Hittites.

Les momies examinées appartenaient à des personnes issues de toutes les couches sociales : ouvriers, hauts fonctionnaires et même des souverains. Des traces du palu­disme ont aussi été trouvées dans les momies de la nécropole de Saqqara, qui remonte à la IVe dynastie de l’Ancien Empire. Les spé­cialistes ont par ailleurs découvert le para­site à Fayoum, à 80 km au sud du Caire, ainsi que dans des momies de l’époque gréco-romaine à Siwa, dans le désert libyque.

Selon Ghada Al-Khafif, la tuberculose sévissait elle aussi en Egypte Ancienne et touchait un nombre considérable de per­sonnes. « Nous avons découvert les traces de la bactérie qui cause la tuberculose et qui attaque en principe les poumons sur les os de momies examinées », explique Ghada Al-Khafif. Les anthropologues ont ainsi constaté que le microbe de la tuberculose a attaqué les Egyptiens depuis la préhistoire et jusqu’à l’époque romaine. Les analyses des momies d’Abou-Sir Al-Malak, au Fayoum, qui remontent à la 3e période intermédiaire jusqu’à l’âge romain, en sont la preuve.

La peste, épidémie mondiale

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L'élevage et la vénération du chat ont contribué à l'absence de la peste dans l'Egypte Ancienne.

Si les archéologues et anthropologues ont pu mettre en évidence la présence du palu­disme et de la tuberculose parmi le peuple et les souverains de l’Egypte Ancienne, ils n’ont en revanche pas trouvé, jusqu’à l’heure actuelle, la moindre trace du microbe de la peste dans les momies datant de l’Egypte Ancienne. « Pour le découvrir, il faut effec­tuer une analyse ADN des momies, ce qui n’est pas toujours possible au vu de la mau­vaise conservation de certaines momies, du manque d’outils ou encore des difficultés administratives », déplore Ghada Al-Khafif. « Nous n’avons trouvé aucun papyrus ni aucune scène gravée représentant un malade de la peste », souligne pour sa part Louay Mahmoud Saïd, professeur d’égyptologie à l’Université de Ménoufiya.

Bien que les archéologues n’aient encore trouvé aucune preuve de la présence de la peste au cours des époques pharaoniques, une tombe découverte dans les années 1990 augmente la probabilité de trouver des traces de cette maladie. « On a trouvé dans cette tombe, qui date du IIIe siècle de l’époque byzantine, des corps brûlés et des traces de chaux vive. Il est très probable que ces corps aient été brûlés pour éviter la propagation d’une épidémie, qui était pro­bablement celle de la peste », indique Saïd. Et d’ajouter que cette tombe a été utilisée à partir du VIIe siècle av. J.-C. jusqu’au IIIe siècle de notre ère.

300 ans plus tard, au VIe siècle, la peste a attaqué l’Empire byzantin et toute l’Europe et est arrivée en Egypte. « Il y avait des mil­liers de morts par jour à Rome, alors qu’en Egypte, le nombre des infectés et des morts était beaucoup plus modeste », commente Saïd. Cette épidémie, nommée « la peste de Justinien », a constitué l’une des principales causes du déclin de l’Empire byzantin. Au XIVe siècle, l’épidémie est réapparue en Egypte, atteignant son apogée en 1348. Entre 100000 et 200000 Egyptiens en sont morts. « Le Caire seul comptait 5000 morts par jour », indique Saïd, ajoutant que la peste a été transmise à l’homme à travers les rats et les puces qui vivaient dans les marchandises que transportaient les navires d’un pays à l’autre.

Divers moyens de protection

L’urologue et égypto­logue Wassim Al-Sissi explique qu’en Egypte Ancienne, les gens avaient pour habitude d’élever des chats dans leurs maisons. Ils les vénéraient même, à tel point de leur bâtir des temples et des chapelles. La ville de Bubastet, ancienne capitale de Ramsès II et célèbre pour son temple dédié à la déesse chat Bastet, dans l’actuel gouverno­rat de Charqiya, en est l’exemple par excel­lence. Les chats mangeant aussi les rats, leur élevage a peut-être contribué à l’absence de la peste en Egypte Ancienne.

Les spécialistes énumèrent de nombreuses méthodes utilisées pour se protéger contre les maladies. Afin d’éviter les piqures de moustiques par exemple, les Egyptiens fabriquaient des moustiquaires avec des filets de pêche et enduisaient leurs corps d’huile de moringa. En outre, l’hygiène était d’une ultime importance dans l’Egypte Ancienne. La purification et la propreté du corps et des vêtements faisaient ainsi partie des conditions primordiales pour se rendre dans les temples. Beaucoup de scènes sur des murs de temples ou des papyri décrivent par exemple le lavage du linge, alors que d’autres représentent des femmes coiffées et parfumées. « Les Egyptiens ont été les pre­miers à installer des réseaux sanitaires, et ce, à l’aube de l’Histoire », souligne Al-Sissi. En plus de l’hygiène, le peuple égyptien, au cours de son histoire, travaillait dur dans les champs, les carrières ou la construction des temples, des palais et des tombes. « Cet effort physique et ce mode de vie dur ont renforcé l’immunité des Egyptiens et les ont protégés contre les maladies », indique encore l’égyptologue, tout en pré­cisant que les habitudes alimentaires dans l’Egypte Ancienne, qui com­prenaient l’oignon, l’ail et le citron, protégeaient les gens de nombreuses maladies l

L’oeil d’Horus, la protection par magie

D’après les croyances des Anciens Egyptiens, « chaque organe du corps a un protec­teur qui le protège des maladies », explique l’égyptologue Louay Mahmoud Saïd. Afin d’éviter les effets néfastes des maladies et s’en protéger, les Anciens Egyptiens utilisaient, entre autres, des amulettes. L’amulette la plus connue est celle représentant l’« oudjat », ou oeil d’Horus. C’est le symbole de la régence de l’ordre de l’univers, de la stabilité de la bonne santé et du rétablissement du corps, censé protéger contre le chaos, le désordre, les maladies et les épidémies. On retrouve l’oudjat jusqu’à nos jours dans certaines mai­sons égyptiennes.

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