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Sud-Sinaï: La première grotte préhistorique découverte

Doaa Elhami, Mardi, 04 février 2020

Pour la première fois, une grotte remontant à l’époque préhistorique a été découverte dans le Sud-Sinaï. Elle pourrait apporter de nouvelles informations sur ce lieu et son importance à cette époque.

Les archéologues examinent la grotte.
Les archéologues examinent la grotte.

Une grotte remontant à l’époque préhistorique a été découverte il y a deux semaines dans la vallée Zaranigue dans le Sud-Sinaï. Située à faible altitude, seulement 25 m, la grotte en grès a plus de 20m de large, 3,5m d’altitude et 3 m de profondeur. Cette découverte a eu lieu, grâce à l’explorateur et amateur égyptien du désert du Sud-Sinaï Samer Samuel.

En 2008, alors que Samuel est en quête de dessins et de peintures colo­rées sur les roches du désert du Sinaï à l’exemple de celles de la montagne Ouaïnate au sud-ouest d’Egypte, il fait cette surprenante découverte. « Les bédouins, avec qui j’entrete­nais de bonnes relations, me gui­daient un jour vers la grotte de Zaranigue », se souvient l’explora­teur Samer Samuel.

Vu l’étroitesse de la vallée où se trouve la grotte et la difficulté pour s’y rendre, les bédouins emmènent l’explorateur à dos de dromadaire. Ebloui par ce qu’il voit, Samuel se met à prendre des photos des pein­tures et des graffitis de la grotte. « En 2008, je ne consultais pas les récents moyens de communication comme Facebook et Tweeter qui étaient encore peu connus et je n’avais aucun lien avec des archéo­logues pour leur annoncer ma découverte », reprend l’explorateur. Mais en 2015, Samer Samuel fait la connaissance de Moustapha Noureddine, directeur du Centre d’entraînement du Sud-Sinaï et de la mer Rouge auprès du ministère des Antiquités, qui organise des stages pour les jeunes archéologues. Samuel saisit l’occasion pour mon­trer au spécialiste les photos de la grotte. Celui-ci est tout de suite sur­pris par ce qu’il voit. Mais se rendre à cette grotte est une mission très difficile et demande beaucoup de temps, et Noureddine ne s’y rend pas.

La même histoire se répète ensuite lorsque Samer Samuel veut faire part de sa découverte à Rodolphe Kuper, préhistorien allemand de renommée, ou encore ceux du British Museum. « Bien que tous fussent intéressés par les photos que j’avais prises, les deux équipes, allemande et anglaise, ont refusé de se rendre au Sinaï », regrette Samuel.

Il faudra attendre quelques années de plus pour que la découverte de la grotte soit officiellement annoncée. « Grâce à Facebook, j’ai fait la connaissance de Dr Khaled Saad, directeur du département de la pré­histoire au ministère du Tourisme et des Antiquités. Il m’a invité il y a un mois à son bureau pour examiner les photos », raconte Samuel. Du coup, un comité archéologique a été formé et s’est rendu à la grotte. Les études ont enfin pu commencer.

Des peintures de différentes périodes

Le plus impressionnant dans cette découverte, ce sont les peintures colorées en rouge qui couvrent le plafond. « On a divisé les peintures de la cave en trois catégories dont deux remontaient à l’époque préhis­torique, alors que la troisième cou­vrait plusieurs époques », explique Hicham Hussein, directeur général des antiquités du Nord-Sinaï et directeur du projet de documentation des graffitis de la péninsule du Sinaï.

En effet, sur le premier niveau de la roche grise, un ensemble de peintures de couleur rouge pâle, qui remonte à plus de 10000 ans avant notre ère, représente des animaux réalisés dans un style épipaléolithique. « Ces pein­tures sont réalisées sans le moindre détail, ce qui reflète que le peintre est peu habile et que la cave n’est qu’un abri éphémère », explique Khaled Saad, directeur du département de la préhistoire au ministère du Tourisme et des Antiquités, déplorant le manque de clarté de ces peintures, dû à leur ancienneté et aux effets du climat. D’après Saad, la mission a découvert aussi sur le sol de la cave plus de 10000 blocs de pierre tombés du plafond. « Ces blocs complètent évi­demment les peintures du plafond », dit-il. Le deuxième niveau de pein­ture, qui est de couleur rouge foncé, représente un groupe d’animaux peints comme les ânes et les mulets, réalisés suivant le style de l’époque néolithique qui remonte à 5500 av. J.-C.

Le troisième niveau constitue le reste du plafond qui est couvert de peintures plus récentes réalisées par ceux qui ont occupé la cave ultérieu­rement. Il s’agit d’empreintes de mains qui remontent à l’époque thinite (Ire et IIe dynasties, soit envi­ron 3150- 2647 av. J.-C.). La particu­larité de cette grotte est d’y trouver aussi des peintures du troisième niveau remontant à des époques très diverses, qui datent de notre ère et même des époques islamiques.

Outre les blocs trouvés sur le sol, la mission a trouvé le parterre de la grotte couvert de tas de déjections animales accumulées. « L’analyse de ces déchets va nous permettre de découvrir la nourriture ingurgitée par les animaux de cette époque et, par conséquent, de connaître plus de détails sur la culture et le climat de ces époques reculées », explique Moustapha Noureddine.

Etudes préliminaires

La grotte est actuellement soumise à des études préliminaires. De plus, le directeur du projet de la documen­tation et l’enregistrement des graffi­tis, Dr Hicham Hussein, a réalisé une projection numérique en trois dimen­sions à partir de 800 photos prises de la grotte. « C’est une visite virtuelle de la cave avec ses peintures et ses graffitis en l’état », souligne Hussein, ajoutant que la grotte a encore besoin de beaucoup de tra­vail. « Il faut encore nettoyer le sol, attendre les résultats des analyses des spécimens des couches des cou­leurs et des échantillons organiques pris de la cave », dit-il, espérant reconstruire la grotte et remettre les milliers de blocs à leur place d’ori­gine afin de reconstituer toutes les scènes incomplètes.

« Un énorme travail qui exige la présence d’une équipe d’archéolo­gues de toutes les spécialités ainsi que des matériaux sophistiqués pour l’accomplir », conclut le préhisto­rien Khaled Saad.

Les grottes égyptiennes passées au peigne fin

Le projet de documentation et d’enregistrement des graf­fitis de l’Egypte a commencé depuis trois ans. Ce projet vise à documenter tous les graffitis et les peintures que renfer­ment toutes les grottes et les sous-sols de l’Egypte sans exception. « C’est un énorme travail à réaliser », explique Dr Hicham Hussein, directeur des antiquités du Nord-Sinaï et directeur du projet. Pour ce faire, Hussein et son équipe se servent des instruments, des systèmes et des programmes numériques les plus sophistiqués pour réussir à enregistrer chaque graffiti et chaque peinture de ces grottes. L’équipe crée une base de données complète pour s’en servir et faire des visites virtuelles et des livres explicatifs.

Le projet ambitieux se déroule en plusieurs étapes. La première se concentre sur les grottes des régions de Suez et Al-Aïn Al-Sokhna. « Nous avons enregistré les graffitis de la vallée Al-Sélék qui comprend des textes nabatéens de 100m de long, ceux de la vallée Doum et d’Al-Réssis. Et avec l’aide d’un spécialiste des textes nabatéens, l’équipe va traduire tous ces textes », souligne Hussein.

Les équipes se focaliseront ensuite sur les grottes du Sud-Sinaï. « L’année dernière, on a documenté les graffitis qui datent de l’époque thinite de l’étroite vallée Eméra ainsi qu’un groupe de graffitis qui ornent le sommet de la montagne qui surmonte la vallée », reprend-il, ajoutant que cette année, l’équipe du projet a commencé la documentation d’une région monta­gneuse à 30km du nord-est de Sainte-Catherine. « Cet endroit est proche de la grotte Zaranigue qui a été découverte la semaine dernière et qui est aussi près du célèbre site préhisto­rique Sarabit Al-Khadem », conclut le directeur du projet

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