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Eliyahu Hanavi, un bijou patrimonial restauré

Nasma Réda, Mardi, 14 janvier 2020

Le ministre du Tourisme et des Antiquités a inauguré cette semaine la synagogue Eliyahu Hanavi, à Alexandrie, la plus grande et la plus ancienne d’Egypte. Tournée.

Eliyahu Hanavi, un bijou patrimonial restauré

Située rue Al-Nabi Daniel, au centre-ville de la ville d’Alexandrie, à quelques pas de la cathédrale ortho­doxe de Saint-Marc, la plus ancienne et la plus grande synagogue d’Egypte d’Eliyahu Hanavi a ouvert ses portes après deux ans et demi de restaura­tion. « La restauration de cette synagogue est un message au monde entier que le gou­vernement égyptien se soucie de son patri­moine, qui remonte à différentes époques », a souligné Khaled El-Enany, ministre du Tourisme et des Antiquités, lors de l’inaugu­ration de la synagogue.

Pour un coût d’environ 65 millions de L.E. (soit près de 3,6 millions d’euros), le minis­tère du Tourisme et des Antiquités a mené de vastes travaux de restauration, de réaména­gement de la synagogue dont une grande partie a été démolie. « Au cours de 28 mois, les restaurateurs ont pu redresser la partie écroulée du plafond ainsi que l’escalier démoli à cause de la forte pluie torrentielle de 2016 », explique Mohamad Metwalli, directeur des monuments d’Alexandrie auprès du ministère du Tourisme et des Antiquités. Dès août 2017, un travail de documentation et de photographie du total de l’édifice de la synagogue et de ses meubles et ses monuments est mené. « On a pu découvrir dans la grande salle principale les vestiges de l’ancienne synagogue bâtie en 1354, que l’on a souhaité conserver, pour pouvoir les exposer au public », explique Mohamad Abdel-Latif, ancien directeur du secteur des monuments islamiques coptes et juifs, ajoutant que les traces de l’ancien autel, des escaliers et les bordures de l’an­cienne synagogue et ses élargissements depuis sa fondation ont été découverts à trois mètres de profondeur.

« Les travaux de sauvegarde ont consisté à renforcer la structure architecturale du bâti­ment, nettoyer sa grande voûte, restaurer sa façade principale, les décorations des murs ainsi que les bancs en bois et les lustres », déclare Waad Aboul-Ela, chef du secteur d’in­génierie au ministère du Tourisme et des Antiquités, ajoutant qu’au cours des travaux de nettoyage, des plaques en cuivre ont été découvertes sur les bancs en bois, sur les­quelles sont gravés les noms des hommes d’affaires juifs qui vivaient en Egypte. « C’était un acte de remerciement de la part de l’administration de la synagogue aux hommes d’affaires ou aux femmes qui fai­saient un don à la synagogue », explique Gamal Moustapha, chef du secteur des monu­ments islamiques coptes et juifs, ajoutant avoir aussi trouvé plusieurs chandeliers de différentes dimensions. « Il faut bien les étu­dier car on en a trouvé à cinq bras, d’autres à six, et même un très grand à neuf bras ».

Le ministère du Tourisme et des Antiquités a annoncé avoir découvert, avant l’entrée du bâtiment de la synagogue, une pièce fermée qui renferme plus de 30 rouleaux de la Torah et une collection inestimable de documents, des papiers personnels et des livres. « On étudiera cette collection afin de l’enregis­trer. On pourra peut-être l’utiliser dans le projet en cours qui vise à créer un musée montrant les trésors des juifs égyptiens », souligne Gamal Moustapha. « C’est un lieu religieux qui sera conservé pour les prières. Il est interdit d’y organiser des événements culturels », assure Metwalli, en affirmant que la synagogue sera ouverte prochaine­ment pour les visites touristiques. Au cours de son discours inaugural, Moustapha Al-Fiqi, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, a exprimé sa joie de voir la fin des travaux de restauration et de préserva­tion de ce monument important pour l’his­toire de l’Egypte. Le gouvernement actuel s’intéresse à préserver tous les monuments et le patrimoine du pays, qu’ils soient pha­raoniques, juifs, coptes ou islamiques. « C’est une nouvelle preuve que l’Egypte est toujours le pays de la civilisation, de la culture et des religions et surtout de la tolé­rance », a-t-il conclu.

La synagogue

peut accueillir 700 fidèles

D’une superficie de 4200 m2, cette syna­gogue est considérée par sa taille monumen­tale comme l’une des plus grandes synago­gues du Moyen-Orient. Elle est formée de deux bâtiments, dont l’un est consacré aux femmes. Le principal bâtiment est construit sur deux étages, le supérieur étant aussi réservé aux juives pour qu’elles puissent suivre les prières et les cérémonies. La salle principale au rez-de-chaussée est bordée de colonnes gigantesques en marbre. Cet édi­fice peut accueillir plus de 700personnes à la fois. A savoir que Eliyahu Hanavi était jusqu’à sa fermeture en 2012— pour des raisons de sécurité— la seule synagogue partiellement active à Alexandrie, pour la petite communauté juive restante. « Nous sommes presque tous là pour célébrer cet important événement pour nous les juifs d’Egypte », a déclaré Magda Haroun, cheffe de la communauté cairote juive. D’ailleurs, « on reçoit de nombreuses demandes et lettres des touristes et des descendants des anciennes familles juives vivant en Egypte, qui ont envie de visiter la synagogue et de voir leurs actes (de naissance, de mariage ou de décès) conservés à la synagogue », explique Al-Zahraa Adel, guide touristique et spécialiste du patrimoine juif à Alexandrie.

Bombardée par Bonaparte

« C’est une longue histoire qui a commencé depuis des siècles lorsqu’un rabbin a com­mencé à bâtir une petite synagogue après avoir rêvé du prophète Elie faisant ses prières dans cette région », explique Al-Zahraa Adel, guide touristique et spécialiste du patrimoine juif à Alexandrie. Construite en 1354, elle fut bombardée par Napoléon Bonaparte en 1798 lors de son Expédition d’Egypte. Cette syna­gogue était parmi une douzaine bâtie à Alexandrie. « Voyant les rabbins continuer à prier sur les décombres de la synagogue, le wali Mohamad Ali a ordonné de la rebâtir », raconte Adel. Lors du règne de Abbass Helmi Ier, cette synagogue avait déjà été reconstruite par un architecte italien en 1850, au style basilique, avec de larges colonnes en marbre et des vitres colorées.

A la fin du XIXe siècle, 40000 juifs vivaient en Egypte, et 8500 à Alexandrie. En 1881, vu la diversité des activités tenues au sein de la synagogue, la communauté juive a élargi sa superficie, après que les coptes de la cathédrale de Saint-Marc, située en face, leur eurent donné une partie de son terrain. « C’est un autre aspect de tolérance entre les reli­gions en Egypte qui perdure depuis bien longtemps », a assuré le ministre lors de la cérémonie d’inauguration. A savoir que cette communauté s’est réduite à une dizaine de personnes ces dernières années. Cette syna­gogue a été classée en 1987 sur la liste égyp­tienne des monuments islamiques, coptes et juifs.

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