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Périple d’un sarcophage volé

Nasma Réda (avec agences), Mardi, 01 octobre 2019

Le Metropolitan Museum of Art, de New York, s’est accordé à rendre à l’Egypte le sarcophage de Nedjemankh, datant du Ier siècle av. J.-C., après avoir appris qu’il provenait d’un pillage.

Périple d’un sarcophage volé

L’unique sarcophage doré à l’or fin de Nedjemankh, datant du Ier siècle av. J.-C. (vers l’année 150-50), sera bientôt de retour en Egypte. C’est suite à un accord signé le 25 septembre dernier entre l’Egypte et les Etats-Unis, par le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, et par le procureur général des Etats-Unis, que les autorités des deux pays se sont mis d’accord sur les détails concernant la restitution de ce sarcophage.

Acheté à Paris par le Metropolitan Museum en 2017 à un marchand d’art parisien nommé Christophe Kunicki pour environ 4 millions de dollars, ce monument antique était devenu, dès cette date, une pièce maîtresse de l’exposition égyptienne aux galeries du musée new-yorkais.

Ce sarcophage dit anthropoïde, c’est-à-dire imitant la forme du corps humain, atteint 1,8 m de long. Il avait été fabriqué pour Nedjemankh, prêtre du haut clergé attaché au temple du dieu à tête de bélier Hérychef, principal dieu de la XXe nome à l’époque ptolémaïque, l’antique cité d’Héracléopolis dans laMoyenne-Egypte). En plus, du nom et titres du défunt, il comprend aussi des scènes et des textes destinés à protéger le prêtre et à le guider dans son voyage dans l’au-delà. Entièrement recouvert d’or avec des yeux incrustés de pierre, cette pièce nous fait plonger au coeur de la symbolique antique et montre l’importance de ce métal précieux. « Une inscription inédite sur le couvercle vient expliciter cet usage de l’or dans un contexte funéraire. Autre fait exceptionnel, l’intérieur du sarcophage abrite des feuillets d’argent destinés à protéger le visage du défunt ainsi qu’une représentation de Nout, déesse du ciel nocturne », détaille le président du Met, Daniel Weiss.

Lors d’une conférence de presse, le procureur américain a indiqué que l’enquête avait révélé « des incohérences flagrantes liées à la vente ». Il est également apparu que les documents attestant de l’authenticité de l’objet, et de la légalité de sa provenance « avaient clairement été falsifiés ». De même, au moment de l’annonce de la saisie du sarcophage, le Met avait présenté ses excuses à l’Egypte. « Nous présentons nos excuses au Dr Khaled El-Enany, le ministre égyptien des Antiquités, et au peuple d’Egypte (...). Nous nous engageons maintenant à voir comment justice peut être rendue, et comment nous pouvons aider à prévenir de futures infractions à la propriété culturelle », a déclaré le président du Met, Daniel Weiss, dans un communiqué de presse. Le secrétaire d’Etat des Etats-Unis a révélé ces éléments de l’enquête « dans l’espoir que les gens du secteur de l’art prendront note et se serveront des leçons apprises dans ce dossier pour examiner plus minutieusement leurs acquisitions ».

Pour sa part, Chaaban Abdel-Gawad, superviseur général du département égyptien du rapatriement des antiquités, assure que « cette magnifique pièce antique est sortie illicitement d’Egypte, probablement lors des troubles accompagnant la Révolution égyptienne de 2011. C’est bien sûr une affaire due aux fouilles illicites, surtout que cette pièce n’était pas enregistrée sur la liste des monuments égyptiens », déclare-t-il.

Le Met a acheté ce sarcophage avec des documents attestant l’authenticité, y compris une licence d’exportation égyptienne de 1971. « Ces documents sont falsifiés et l’on en a la preuve suite à l’enquête menée. D’ailleurs, comment cette licence a été prise dans les années 1970 alors que la loi égyptienne de l’année 1951 interdit la sortie des pièces uniques de ses territoires ? Et cette pièce est vraiment unique », assure Abdel-Gawad, éclairant que ce sarcophage en bois est finement décoré. « D’une grande beauté, ce sarcophage est, de plus, tout à fait singulier, ce qui le rend extrêmement rare. Nous sommes très honorés de pouvoir l’accueillir au sein de nos collections », déclarait Daniel W. Heiss, président et directeur du Musée de New York, suite à l’acquisition de ce flamboyant vestige de l’Egypte ancienne.

Sans momie, ce sarcophage a fait un long voyage parmi plusieurs pays jusqu’à ce qu’il ait fait partie d’une collection privée dont l’identité de ce collectionneur privé reste inconnue avant d’être acheté par le collectionneur d’art français en 2017. Depuis le 20 juillet 2018, « Nedjemankh et son sarcophage doré » étaient exposés au Met avec 70 oeuvres de la collection du musée fournissant alors des informations sur le rôle du prêtre en Egypte ancienne, sur son enterrement et sur la décoration de son sarcophage.

En février dernier, le Musée américain annonce dans un communiqué de presse qu’il remettra ce sarcophage à l’Egypte, après avoir été informé par le bureau du procureur général que celui-ci a été pillé, et que le Met a reçu une fausse histoire de propriété, des déclarations frauduleuses et de faux documents.

« Suite à des ententes et accords signés entre l’Egypte et presque tous les gouvernements du monde entier concernant le trafic illicite et la contrebande des pièces antiques égyptiennes, on a pu restituer le sarcophage après 20 mois seulement d’enquête, car en 2016, un accord bilatéral égypto-américain avait été lancé », déclare Abdel-Gawad.

Lors de l’annonce de la restitution de la pièce, le procureur américain a précisé que le sarcophage figurait parmi des centaines d’objets volés par la même organisation criminelle. « Vous pourriez donc voir d’autres saisies importantes d’antiquités dans les mois et les années qui viennent ». Il a indiqué que l’enquête concernant cette organisation, entamée il y a 7 ans, se poursuivait.

D’après les autorités égyptiennes, l’accueil de ce sarcophage sera célébré dès son atterrissage en Egypte. Ce monument antique sera immédiatement exposé après sa restauration dans l’un des musées nationaux.

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