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Louqsor, toujours plus à découvrir

Nasma Réda, Mardi, 10 septembre 2019

Le ministère des Antiquités a ouvert au public deux tombes dans la nécropole de Draa Aboul-Naga, à Louqsor. Celles-ci ont été restaurées dans le cadre d’un projet égypto-américain, qui comprenait également la formation de jeunes archéologues.

Louqsor

Louqsor,

De notre envoyée spéciale —

Le Centre américain des recherches en Egypte (ARCE) a annoncé l’achèvement du grand projet de restauration, qui avait commencé en 2015, dans la nécropole thébaine de Draa Aboul-Naga, sur la rive ouest de Louqsor. Il s’agissait de restaurer et de réaménager les deux tombes TT159 et TT286 de même que de former des archéologues égyptiens. Dimanche 8 septembre, les deux tombes ont été ouvertes au public par le ministère des Antiquités. L’une appartient à Raya, ministre d’Amon, et à sa femme Mutemwia, tandis que l’autre est celle du scribe d’offrandes Niay de la XXe dynastie. « Bien que les deux tombes choisies par notre mission archéologique soient parmi les plus endommagées de la région, elles comportent toujours des scènes finement coloriées », a expliqué John Shearman, archéologue américain et directeur de la mission.

La tombe TT159, datant de la XIXe dynastie, appartient à Raya, le quatrième ministre d’Amon, et à sa femme Mutemwia. « Bien que la tombe soit dépourvue de cartouche ou d’inscription mentionnant le roi de l’époque, son plan permet de distinguer qu’elle remonte à l’époque ramesside », a souligné Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), expliquant que la tombe comprend deux salles rectangulaires de taille moyenne et une niche au fond. « Nous ne savons pas grand-chose sur la vie des propriétaires, mais cette tombe comprenait de magnifiques couleurs et des scènes décoratives », a déclaré Shearman, précisant que le plafond a conservé ses couleurs jaune et rouge. « Mais on a dû couvrir le sol avec des planchers en bois à cause de son mauvais état pour faciliter la visite », a-t-il ajouté. Par ailleurs, sur les parois de la tombe, les visiteurs peuvent admirer de nombreuses scènes montrant Raya et sa femme. D’autres inscriptions multicolores montrent comment la femme se maquille et prend soin de sa beauté. Au fond de la tombe figurent les restes de deux statues assises appartenant aux deux propriétaires.

Une des tâches les plus difficiles qu’ont affrontées les membres de la mission américaine était de se débarrasser des excréments d’oiseaux et du noircissement des murs. « Ce travail a pris un effort et un temps énormes. Nous avons mis quatre ans pour le nettoyage des débris qui recouvraient complètement l’entrée de la tombe », a expliqué Shearman.

La deuxième tombe inaugurée porte le nom TT286. Elle remonte à la XXe dynastie et appartient au scribe de la table d’offrandes Niay. « La qualité des inscriptions et des couleurs était bonne. Les scènes de cette tombe montrent un grand perfectionnisme dans l’utilisation des couleurs, que ce soit au plafond ou sur les parois internes de la tombe », a souligné Khadiga Adam, cheffe du département de restauration de l’ARCE, ajoutant que les inscriptions de cette tombe sont d’une grande importance, puisqu’elles montrent la vie quotidienne du propriétaire, en plus de quelques scènes funéraires. « On a cherché partout dans le monde les anciens plans qui montrent l’état de la tombe lors de sa découverte. C’est à l’Université américaine de Pennsylvanie qu’on les a trouvés. Ces documents qui remontent à 1937 nous ont beaucoup aidés », a-t-elle souligné. Et d’ajouter: « Lors des saisons de travail, on a découvert une partie des inscriptions de la tombe de Niay au Musée du Louvre. On a alors présenté plusieurs demandes de restitution, mais ces mesures juridiques ne sont pas faciles et prennent un temps énorme ».

Formation d’archéologues

Le travail au sein des deux tombes a exigé un nettoyage mécanique et chimique pour pouvoir arriver jusqu’aux inscriptions d’origine. Après les travaux de nettoyage, les tombes ont été documentées à l’aide de dessins et photographiées, relevant les parties endommagées. Pour terminer le travail, il était indispensable de faire une allée confortable ainsi qu’un escalier pour garantir un accès facile aux tombes, qui se trouvent en haut de la colline. « L’ouverture au public de nouvelles tombes dans la nécropole de Draa Aboul-Naga et l’établissement d’un chemin confortable pour y accéder en montant cette colline encourageront les touristes, surtout les passionnés qui fréquentent Thèbes, à venir voir de nouveaux endroits à chaque visite », a expliqué Oussama Abdel-Hafiz, directeur de l’Organisme du tourisme de Louqsor. Le coût des travaux de restauration et de réaménagement ainsi que de la documentation des deux tombes a atteint 16 millions de L.E., versés par l’USAID (US Agency for International Development).

Le projet consistait non seulement à effectuer des travaux de nettoyage et de documentation, mais aussi à former de jeunes archéologues égyptiens ainsi que des ouvriers travaillant dans le domaine archéologique. « De tels programmes contribuent à la création d’emplois permanents pour les jeunes archéologues égyptiens ; c’est une bonne expérience pour eux », a souligné Thomas Goldberger, chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis au Caire, qui a souligné lors de l’inauguration que les Etats-Unis sont attachés au partenariat avec le ministère des Antiquités pour préserver le patrimoine culturel égyptien. Au cours des quatre ans qu’a duré le projet, près de 300 ouvriers de fouille égyptiens ont été formés par le Centre de recherches américain, en plus d’une vingtaine de restaurateurs et de 30 ouvriers permanents. Selon Goldberger, le projet de restauration des deux tombes et le réaménagement du site sont un symbole de coopération égypto-américaine, entre le ministère égyptien des Antiquités d’une part et le Centre américain de recherches archéologiques en Egypte d’autre part.

D’après Moustapha Waziri, cette coopération s’inscrit dans le cadre de plusieurs autres projets depuis 2006, notamment la réduction du niveau des eaux souterraines dans plusieurs temples sur la rive ouest. « On est fier de participer à ce grand projet de réaménagement », souligne l’un des jeunes archéologues. Quant à Waziri, il conclut: « Ces restaurateurs sont le noyau de plusieurs groupes qui formeront, à leur tour, d’autres qui suivront les travaux dans la nécropole de Draa Aboul-Naga pour ouvrir de nouvelles tombes » .

Draa Aboul-Naga au fil des âges

Située en face de la ville moderne de Louqsor, Draa Aboul-Naga est une des nécropoles les plus importantes de Thèbes sur la rive ouest du Nil, faisant partie de Gourna Marei. Elle comprend une grande quantité de tombes appartenant à des nobles du Moyen Empire (2022-1650 av. J.-C.), et d’autres remontant à la XVIIIe dynastie et jusqu’à la XXVIe dynastie.

« Cette nécropole est riche de par la présence de tombes de prêtres et de hauts fonctionnaires datant de différentes époques du Moyen et du Nouvel Empire, et aussi de l’époque ptolémaïque. Depuis près d’un siècle, le lieu est nommé Gourna Marei et était encore récemment habité par les citoyens de la région », explique Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), précisant que ce n’est qu’en 2006 que ses habitants ont été déplacés, par le gouvernement, à New Gourna. Depuis, le ministère des Antiquités déploie tous ses efforts pour rendre la beauté d’antan à ces tombes.

« Ces tombes excavées dans les années 1920 ont énormément souffert de mauvaise utilisation. Surtout qu’elles ont été souvent utilisées comme hébergement à l’époque moderne, ce qui a affecté les scènes décoratives des tombes. Elles ont été endommagées par des travaux illicites pendant de longues années consistant à l’arrachement de quelques inscriptions murales », explique John Shearman, archéologue américain et directeur de la mission

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