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Les touristes n'aiment pas les manifs

Dalia Farouq, Lundi, 24 juin 2013

Les craintes sur d'éventuels débordements le 30 juin ont provoqué une baisse des réservations touristiques. Le ministre du Tourisme assure que seules des manifestations pacifiques et dans le calme ne nuiront pas à l'image du pays.

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Que se passera-t-il le 30 juin ? Cette question inquiète tous les Egyptiens et davantage les professionnels du tourisme. L’industrie est en effet particulièrement sensible aux perturbations politiques, surtout si elles engendrent des actes de violence relayés en détail par la presse internationale.

Rassurant, le ministre du Tourisme estime que si les manifestations du 30 juin se déroulent sans violence, elles auront un impact positif sur le tourisme. Selon lui, le monde entier sera témoin de l’aspect pacifique des Egyptiens qui savent protester, manifester et exprimer leur point de vue dans le calme.

Tel était, en effet, le cas au début de la révolution du 25 janvier : le monde appréciait la révolution égyptienne alors surnommée par certains journalistes la révolution blanche. « Mais s’il y a des incidents dramatiques ce jour-là, cela nuira beaucoup au tourisme qui risque de retourner à la case départ après une relance remarquable de la fréquentation au cours des cinq premiers mois de 2013 », estime le ministre du Tourisme, Hicham Zaazoue.

Lors d’une conférence de presse, il a appelé tous les partis et courants politiques à manifester dans le calme afin de protéger le pays et de ne pas « détruire nos efforts de promotion pour le tourisme en Egypte mais aussi de ne pas gaspiller les 40 millions de dollars qui ont été dépensés dans ce but ».

14 % de hausse en 5 mois

Les cinq premiers mois de l’année ont enregistré une progression de l’activité touristique par rapport à la même période de 2012 : 14 % de hausse avec un total de plus de 5 millions de visiteurs et des revenus qui ont dépassé les 4 milliards de dollars.

Mais les experts du tourisme se montrent craintifs vis-à-vis des manifestations du 30 juin. Bassel Al-Sissi, membre de la Chambre des agences de voyages, estime que les appels à ces manifestations ont déjà nui au tourisme.

« L’idée même qu’il y aura de fortes manifestations à la fin du mois a ralenti le mouvement du tourisme et les réservations pour l’Egypte sont presque gelées. Cette atmosphère floue d’instabilité inquiète les touristes qui veulent jouir de leurs vacances et les passer en paix. Même les tour-opérateurs attendent de voir ce qui aura lieu après le 30 juin pour organiser des voyages en Egypte ou pas », souligne-t-il.

Même constat chez Amir Fahim, expert en tourisme : « Comment peut-on dire que de telles manifestations n’auront pas d’impact négatif sur le secteur ? Personne n’a oublié les effets néfastes des incidents de Mohamad Mahmoud et les manifestations devant le palais présidentiel au dernier trimestre 2012 ».

Il ajoute que l’année dernière avait très bien commencé et que les chiffres étaient prometteurs. Mais en septembre, les perturbations politiques ont ruiné les efforts des 9 premiers mois. « Tous les indices d’occupation et de réservation hôtelière des trois premiers trimestres de 2012 étaient prometteurs. Ils témoignaient d’une relance du secteur. Bien que cette reprise ait été un peu lente au début de l’année, elle s’est accélérée au troisième trimestre. Le nombre de touristes avait marqué une croissance de 20 % avec environ 9,5 millions de touristes de janvier à octobre 2012 », précise Fahim.

Même les réservations du début de la saison d’hiver étaient prometteuses et les opérateurs estimaient pouvoir compenser une part de leurs pertes. Mais à partir du mois de novembre, après la promulgation de la déclaration constitutionnelle complémentaire et les manifestations violentes qui l’ont suivie, une forte chute dans le nombre de touristes et de graves annulations étaient à noter.

Autre mauvais indice : le nom de l’Egypte figure de nouveau dans les précautions données aux voyageurs sur les sites officiels de plusieurs pays. Même si ces derniers n’interdisent pas les voyages vers l’Egypte, ils appellent leurs ressortissants à une vigilance accrue, et leur demandent d’éviter certaines régions et de s’éloigner des rassemblements à Tahrir, Héliopolis et Madinet Nasr.

« Les médias égyptiens exagèrent. Ils font croire que ça sera la guerre le 30 juin. Ce qui n’est pas vrai et cela nuit au tourisme même avant le déclenchement des manifestations », se lamente Adel Zaki, expert en tourisme.

Il se dit très pessimiste, car les saisons d’été 2013 et d’hiver 2014 risquent d’être perdues. Les grands tour-opérateurs programmant leurs voyages un an à l’avance, des conséquences pourraient aussi se faire sentir à moyen terme.

« On prie Dieu pour que le taux d’occupation dans les stations balnéaires de la mer Rouge ne soit pas affecté par ces manifestations. Elles sont à présent l’espoir du tourisme égyptien. Mais bien que les touristes sachent que ces villes sont éloignées des troubles, ils sont quand même inquiets de la situation générale du pays », conclut Adel Zaki .

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