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Sohag a enfin son musée

Nasma Réda, Mardi, 14 août 2018

Musée national de Sohag, dont l’idée avait germé il y a 30 ans, a été inauguré le 12 août par le président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi. Premier musée du gouvernorat, il retrace l’histoire de ce dernier à travers les différentes époques et fait honneur à son riche patrimoine.

Sohag a enfin son musée
(Photo : Ministère des Antiquités)

945 pièces antiques provenant de fouilles archéologiques dans le gouvernorat de Sohag, en Haute-Egypte, font l’objet d’un nouveau joyau muséal, le Musée national de Sohag (SNM). Celui-ci a été inauguré le 12 août par le président de la République Abdel-Fattah Al-Sissi. S’étendant sur une surface de 8 600 m2 et donnant sur la rive est du Nil, il arbore la forme d’un temple pharaonique de deux étages. « L’achèvement des travaux et l’inauguration de ce musée ont constitué à la fois un rêve et un défi », déclare Khaled Al-Anani, ministre des Antiquités. L’idée de fonder un musée à Sohag remonte à 1989. Les travaux ont commencé en 1993. « Depuis cette date, les travaux au musée ont été plusieurs fois interrompus pour des raisons davantage financières que techniques », explique Waad Abdel-Aal, chef du secteur des projets au ministère des Antiquités. En 2006, les travaux de construction ont repris. « Mais avec le déclenchement de la révolution en 2011, tout s’est complètement arrêté, vu les émeutes et la crise financière du ministère des Antiquités », ajoute-t-il. En 2016, les travaux ont repris et les pièces ont été soigneusement choisies. Le coût total du projet est de 72 millions de L.E.

« C’est le premier musée dans le gouvernorat jusqu’à présent. C’est une attraction touristique importante à ajouter aux sites archéologiques de Sohag », a déclaré Al-Anani, qui avait lancé un projet global de développement des sites archéologiques de Sohag. Et d’ajouter : « Le Musée national de Sohag n’est pas seulement un musée régional que le ministère des Antiquités implante dans une province de Haute-Egypte, mais cette inauguration vise à prêter attention aux différents gouvernorats égyptiens, à promouvoir leurs sites archéologiques et à développer leurs ressources ».

Bien que Sohag possède de riches sites archéologiques datant de l’époque pharaonique, passant par les époques ptolémaïque, gréco-romaine, copte et jusqu’à l’islam, ce gouvernorat est rarement visité. « Sohag a une longue histoire. C’était une grande métropole au cours de différentes époques. Ce gouvernorat abrite le temple et la tombe d’Osiris, des nécropoles royales, le temple de Séthi Ier, celui de son fils Ramsès II ainsi que le temple Osiréion, le complexe funéraire de Sésostris III et d’autres. De même, on y trouve deux monastères coptes ; le monastère rouge et le monastère blanc, tout comme de nombreuses attractions touristiques, tel le Nil », souligne Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).

Une muséologie expressive

Sohag a enfin son musée

Quant au nouveau Musée de Sohag, il retrace, d’une part, l’histoire du gouvernorat à travers les différentes époques, et évoque, d’autre part, les croyances religieuses et les lieux de pèlerinage chez les pharaons, les Romains, les coptes et les musulmans. « La plupart des pièces antiques ont été exhumées sur différents sites près de Sohag et le reste a été soigneusement sélectionné au Musée égyptien du Caire, dans celui de Gayer Andreson ainsi qu’au Musée copte et dans celui des arts islamiques », déclare Elham Salah, directrice du secteur des musées au ministère des Antiquités. Elle indique que ces pièces ont été classées par ordre chronologique pour montrer la richesse et l’importance de Sohag. « L’exposition tient également à renforcer le patrimoine culturel de ce gouvernorat, surtout celui de la ville d’Akhmim, célèbre pour l’industrie textile », ajoute-t-elle. Pour sa part, Ibrahim Al-Chérif, directeur du musée, assure que ce dernier permet de jeter la lumière sur les habitudes et les coutumes des citoyens depuis des milliers d’années et jusqu’à nos jours.

Juste devant l’entrée du musée se trouvent cinq colosses de la déesse lionne Sekhmet. A l’accueil, c’est la tête du Grand pharaon Ramsès II qui regarde les visiteurs. Deux grandes entrées donnent respectivement sur la route principale et la corniche du Nil. A l’intérieur, les murs sont peints en vert foncé pour refléter la nature agricole de la région, tandis que le fond des vitrines est de couleur beige clair pour symboliser l’environnement désertique du gouvernorat. « Le style architectural à l’intérieur du musée a été inspiré de l’environnement de Sohag », déclare Salah. Elle indique encore que les entrepôts du musée renferment près de 2 600 pièces antiques.

Le premier étage (sous-sol) est consacré à raconter les croyances religieuses ainsi que l’idée de la résurrection, de l’immortalité et du pèlerinage à travers les époques. « Les Egyptiens avaient l’habitude de se rendre au temple de Séthi Ier, dédié au dieu Osiris, à Abydos, pour le pèlerinage », a indiqué Waziri lors de la cérémonie d’inauguration. Le thème du pèlerinage est montré d’une façon éblouissante par le biais de différentes pièces : bateaux funéraires, tissus, stèles, sarcophages ou masques, en plus des statues de quelques divinités.

Le rez-de-chaussée se compose, en plus du hall principal et de la salle d’exposition temporaire, de six salles, dont chacune montre un thème qui a influé la vie égyptienne dans l’antiquité. Ces salles ont pour nom : la royauté, la famille, la cuisine et la santé, la foi et la religion, l’industrie et l’artisanat. « Sohag était la ville où vivaient les rois des premières dynasties, ce qui explique le choix de la royauté comme premier sujet du nouveau musée », affirme le secrétaire général du CSA. A Abydos, qui était une nécropole royale de la Ire et IIe dynasties, Ramsès II (XIXe dynastie av. J.-C.), l’un des dirigeants les plus influents de l’histoire égyptienne, a fondé son temple. Quoi de plus normal donc que sa statue colossale soit placée à l’intérieur du musée.

D’autres pièces maîtresses attirent l’attention du visiteur, telles que la statue de Wini, chef de l’armée de la VIe dynastie et premier chef militaire connu dans l’histoire égyptienne. « Les stèles de Séti et de son fils Ramsès II sont également des objets distingués qui retracent une partie importante de l’histoire », indique Salah, assurant que le but du musée n’était pas seulement de refléter l’histoire d’une province, mais aussi de mettre en évidence la personnalité égyptienne de la Haute-Egypte. Les pancartes explicatives bilingues (arabe-anglais) de chaque pièce antique ainsi que les cartes des sites assurent une expérience attrayante et informative pour les visiteurs.

Sohag a enfin son musée
Al-Sissi devant deux sarcopages du 1er étage lors de l’inauguration. (Photo : Ministère des Antiquités)

Un musée moderne

Le Musée national de Sohag suit non seulement les dernières tendances technologiques en matière d’éclairage, de son et de sécurité, c’est aussi un musée convivial pour les personnes à mobilité réduite. « Pour la première fois dans un musée égyptien, le parcours des visiteurs est doté de rampes facilitant la circulation. Les personnes à mobilité réduite peuvent accéder aux différents niveaux du musée par ascenseur ou par escaliers électroniques », souligne le directeur du musée.

Par ailleurs, un programme éducatif pour les étudiants et les élèves sera disponible, et le musée aidera à faciliter les cours d’histoire de l’école et les conférences universitaires selon les besoins. « Les professeurs d’histoire peuvent donner leurs cours au musée pour les rendre plus attrayants », a déclaré Al-Chérif, ajoutant que le nouveau musée possède également une bibliothèque et une salle de conférences. Des ateliers d’artisanat seront également organisés. Afin d’encourager la visite de ce « nouveau temple », l’entrée sera gratuite pour les visiteurs égyptiens et étrangers jusqu’au 31 août prochain.

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