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Tournée inédite dans les époques pharaoniques

Doaa Elhami, Mardi, 14 août 2018

Le Musée égyptien de Tahrir vient d’inaugurer une exposition représentant le fruit des travaux d’une vingtaine de missions archéologiques italiennes opérant en Egypte. Elle est soutenue par le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Tournée inédite dans les époques pharaoniques
La statue de Merenptah accueille les visiteurs. (Photo : Doaa Elhami)

180 objets archéologiques de différents volumes et matières constituent l’exposition temporaire inaugurée le 5 août par le ministre égyptien des Antiquités, Dr Khaled Al-Anani, et le ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Enzo Moavero Milanesi, au Musée égyptien de Tahrir. Cette exposition présente les résultats des travaux d’une vingtaine de missions archéologiques italiennes travaillant dans les quatre coins de l’Egypte, soit dans le sud et le nord de la vallée du Nil ou dans les déserts oriental et occidental, ainsi que dans les oasis et à Alexandrie. Les pièces, « exposées pour la première fois au grand public, reflètent les différentes époques pharaoniques, soit l’Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire, jusqu’à l’époque byzantine », indique Elham Salah, directrice générale du secteur des musées auprès du ministère des Antiquités.

Tournée inédite dans les époques pharaoniques
Tête de lion de l’époque ptolémaïque découverte à Madinet Madi. (Photo : Doaa Elhami)

A son entrée au musée, le visiteur rencontre la première pièce de l’exposition. Il s’agit d’une statue de granit rose représentant le roi Mérenptah (1231-1203 av. J.-C.), le IVe souverain de la XIXe dynastie du Nouvel Empire (1540-49 av. J.-C. à 1080 av. J.-C. ou 1570-à 1070-71 av. J.-C.). D’une hauteur de 2 m, cette statue se dresse majestueusement dans le jardin muséologique, juste devant la porte principale du musée. Le roi est protégé à sa droite par la divinité Isis, coiffée du disque solaire, et à sa gauche par une autre divinité. « Cette statue a été dégagée par la mission archéologique de l’Université de Milan de Madinet Madi, au Fayoum », dit Giucipina Capriotti, directrice du bureau de l’Institut des antiquités en Egypte. Le reste des objets composant l’exposition se trouvent, quant à eux, au rez-de-chaussée.

Papyri de tout type

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Textile copte trouvé à Antinoé à Minya. (Photo : Doaa Elhami)

Là, l’exposition s’ouvre sur un papyrus nommé Djabaleine, suivant son lieu de découverte. Trouvé par la mission du Musée égyptien de Turin, ce papyrus est d’une ultime importance pour les égyptologues. « C’est l’un des plus anciens papyri administratifs découverts, puisqu’il remonte à l’Ancien Empire », souligne Capriotti. Ayant été découvert au XXe siècle, ce papyrus a été restauré pour la première fois aux laboratoires du Musée égyptien de Turin. « Il a été traité au Caire en 2005, pour la 2e fois, par le restaurateur italien Corrado Basile du Musée de papyrus de Syracuse », ajoute Capriotti. Pour elle, ce dernier a fondé le laboratoire des papyri du Musée égyptien du Caire, financé par le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.Outre le papyrus des Djabaleine, l’exposition renferme d’autres papyri ainsi que des fragments de papyri datant du Ier siècle av. J.-C. et du Ier siècle de notre ère.

Bien qu’ils aient été découverts en 1979 par la société anglaise Egypt Exploration Society, ils ont été restaurés par le papyrologue italien Mario Capasso de l’Université de Salento en 2001 et 2002. Il s’agit notamment de deux lettres dégagées à Qasr Ibrim en Nubie, en Haute-Egypte. La première est écrite en langue latine et la deuxième en langue grecque. Parmi les objets les plus importants de l’exposition figurent 171 pièces de monnaie en or. Elles ont été trouvées par l’Institut de papyrologie, dont le fondateur est le papyrologue italien Girolamo Vitelli, à Antinoé, au village Cheikh Ebada à Minya, dans la Moyenne-Egypte. Byzantines qu’elles soient, ces monnaies remontent en fait à l’époque entre les règnes des empereurs Constantin II (337-361) et Justinien Ier (527-565).

Tissus quotidiens d’une époque lointaine

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Le papyrus de Djabaleine, l’une des plus importantes pièces. (Photo : Doaa Elhami)

Antinoé, qui a été fondée par l’empereur Hadrien au cours de son voyage en Egypte, a livré aussi — dans sa nécropole nord — plusieurs tissus funéraires, dont certains sont présentés à l’exposition : un fragment de châle, un mouchoir en lin orné de reliefs coptes ainsi que deux foulards en filets de lin qui datent du Ve siècle de notre ère. Selon Capriotti, ces foulards reflètentla vie quotidienne et les traditions de l’époque copte.

Or, les tissus funéraires présentés ne se limitent pas à l’époque copte. Le visiteur peut ainsi admirer un large tissu fragmenté de l’époque romaine, dégagé à Saqqara, près de Guiza. Celui-ci est orné d’une représentation de la divinité de l’au-delà, Osiris, entourée par un gros serpent noir qui « symbolise les cycles du temps et l’éternité », reprend Capriotti. Aux côtés d’Osiris sont remarquées les divinités protectrices Isis et Neftis.

Le Moyen Empire est représenté par une stèle commémorative dégagée à Marsa Gawassis, près de la mer Rouge, où travaille la mission de l’Université de Naples pour les études orientales. La stèle décrit les expéditions commerciales effectuées durant le règne du roi Amnemhat III (1831-1786 av. J.-C.). Il s’agit d’une pièce d’une importance majeure, parce qu’elle indique que ce type d’expéditions a précédé celles de la reine Hatchepsout du Nouvel Empire de plusieurs centaines d’années. Datant toujours du Moyen Empire, l’exposition présente aussi une tête de lion sculptée en granit gris, trouvée à Madinet Madi.

On passe, enfin, au Nouvel Empire. « Nous avons exposé une pièce rare du Nouvel Empire, précisément du règne d’Amenhotep III, (1388 av. J.-C.-1351 av. J.-C.). Il s’agit d’un luminaire qui a la forme d’une assiette.

Ce type de luminaire est le seul trouvé tout au long de l’histoire pharaonique », souligne Sabah Adel-Razeq, directrice générale du Musée égyptien à Tahrir. Cette pièce a été découverte dans la tombe du chef des ouvriers Kha et de son épouse Mérite à Deir Al-Madina à Louqsor. L’exposition temporaire, à travers ses pièces, emmène ainsi le visiteur dans une tournée dans l’histoire égyptienne. Une tournée riche et, surtout, nouvelle et inédite.

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