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Deir Al-Bercha et ses nécropoles

Doaa Elhami, Mardi, 22 mai 2018

Une vingtaine de missions archéologiques opérant en Egypte ont présenté le bilan de leurs travaux à l’occasion de la rencontre annuelle des missions archéologiques, tenue la semaine dernière au ministère des Antiquités. Focus sur deux missions travaillant à Deir Al-Bercha et à Saqqara.

Deir Al-Bercha et ses nécropoles
(Photo : Kuleuven, Dayr Al-Bersha Project)

La mission archéologique de l’Université Catholique de Louvain en Belgique, dépendant de l’Institut hollandais-flamand au Caire, opère sur le site de Deir Al-Bercha, l’un des villages de Mallawi, situé au sud du gouvernorat de Minya, depuis 2002. Le site se compose de deux collines, l’une au nord et l’autre au sud. « La colline nord renferme le cimetière des gouverneurs de la XVe province Hermopolis, actuellement Achmounein, du Moyen Empire (2022 av. J.-C.-1650 av. J.-C., ndlr) alors que celle du sud comprend la nécropole de l’Ancien Empire où la mission a commencé ses travaux », explique l’assistante du directeur de la mission, Marleen de Meyer.

La mission a dégagé, au cours de ses travaux dans la colline sud, des tombes étroites, dont les parois sont dépourvues de toute décoration et qui remontent à l’Ancien Empire. Néanmoins, « nos fouilles et recherches dans cette région ont montré que cette nécropole de l’Ancien Empire a été réutilisée durant la première période intermédiaire », affirme De Meyer, donnant l’exemple d’une tombe d’un certain Henou, qui était le superviseur d’un domaine royal. « On a trouvé à l’intérieur les titres du propriétaire de la tombe, dont le plus important est l’ami unique du roi, qui est un titre commun à l’époque et qui était attribué aux hauts fonctionnaires, surtout ceux qui travaillaient sous la direction du gouverneur. Sur l’une des parois de la tombe est inscrit un texte dans lequel Henou explique la raison de la réutilisation du cimetière de l’Ancien Empire », souligne l’égyptologue.

Deir Al-Bercha et ses nécropoles
Les objets de Henou dans le Musée de Mallawi. (Photo : Kuleuven, Dayr Al-Bersha Project)

Quant à la colline nord de Deir Al-Bercha, elle renferme le cimetière des gouverneurs du Moyen Empire. La mission de l’Institut hollandais-flamand n’est pas la première à y opérer, puisque le site a déjà été soumis aux travaux de fouilles par l’archéologue français Georges Daressy en 1838, par l’Egyptien Ahmad bey Kamal de 1900 à 1902 et par l’Américain Georges Andrew Reisner en 1915. Les fouilles ont ensuite été abandonnées, raison pour laquelle la récente mission a dû redégager la colline nord et son cimetière, les nettoyer, esquisser leur plan et localiser les tombes. Suite aux études effectuées, les tombes du Moyen Empire sont plus vastes et colorées, et leurs puits sont rectangulaires, tandis que les puits de celles de l’Ancien Empire sont carrés.

Le cimetière du Moyen Empire de la colline nord de Deir Al-Bercha est riche pour ce qui est de son mobilier funéraire et de ses bas-reliefs raffinés et colorés. On y voit un bateau en bois des fermiers travaillant dans les champs, d’autres fabricant du pain et de la bière. Ces tombes comprennent aussi de très belles tables d’offrandes en calcaire, comme celles dans la tombe du gouverneur Nehri I. D’autres tables d’offrandes étaient fabriquées en cartonnage coloré et on y distingue des légumes, de la viande et du pain. Les couleurs sont vives. Ce type de tables d’offrandes a été dégagé des puits funéraires de Sepi I et de Sepi III, chef de l’armée sous le règne des rois Senousert II et III. Ces hauts fonctionnaires ainsi que les notables de la province étaient enterrés auprès de leurs gouverneurs

La plus belle tombe

Parmi les tombes les plus belles et les mieux conservées du cimetière du Moyen Empire à Deir Al-Bercha figure celle du gouverneur Djehoutihotep, qui a vécu sous le règne des rois Sénousert II (1895-1878 av. J.-C.) et Sénousert III (1878-1843 av. J.-C.) de la XIIe dynastie. Les scènes sur les parois de la tombe décrivent les diverses activités du gouverneur. Il était le percepteur des impôts, comptant les bovins, et revoyait les offrandes. Les parois présentent aussi les membres de sa famille, constituée de son épouse, de 3 fils et de 5 filles.

Deir Al-Bercha et ses nécropoles
Les objets de Henou dans le Musée de Mallawi. (Photo : Kuleuven, Dayr Al-Bersha Project)

L’une des plus importantes scènes est celle montrant « 172 ouvriers en 4 rangées, qui tirent la statue colossale en albâtre de Djehoutihotep vers sa chapelle funéraire. Ils sont devancés par un ouvrier qui verse de l’eau, afin de faciliter le glissement de la statue sur la terre boueuse », explique De Mayer. L’égyptologue considère cette scène comme étant la plus belle de tout le Moyen Empire. D’ailleurs, c’est une preuve de la présence de cette chapelle et de la statue colossale à l’époque de la construction, alors qu’on ne sait pas où elles sont aujourd’hui.

Les scènes décoratives de la paroi est de la tombe ont été détruites et se trouvent actuellement dans plusieurs musées, comme le Musée égyptien du Caire, le British Museum en Angleterre et celui des beaux-arts à Boston et à Florence. D’après De Mayer, les informations publiées en 1894 sur la tombe de Djehoutihotep, découverte il y a plus d’un siècle, comportent beaucoup d’erreurs. « Nous sommes en train de préparer une nouvelle publication basée sur les documentations récentes et correctes », souligne l’égyptologue.

Toujours dans la colline nord, la tombe du premier gouverneur du Moyen Empire, Ahanakht, a été mise au jour. Il s’agit d’une vaste tombe qui renferme 4 puits et deux salles. Malheureusement, les reliefs de cette tombe sont tombés et ont été abîmés par les séismes qui ont frappé le site. La nécropole du Moyen Empire se présente donc tel un grand puzzle à réorganiser.

La mission de l’Université Catholique de Louvain a découvert de plus une route qui relie la colline nord au désert, ce dernier renfermant à son tour plusieurs cimetières datant du début du Moyen Empire, de l’Ancien Empire et de la première période intermédiaire. Cette nécropole comprend des squelettes intacts et de modestes poteries. La mission est actuellement en train de chercher les anciennes branches du Nil, afin de connaître le paysage de l’époque, tout en poursuivant la restauration, la documentation et les publications sur le site.

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