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Alexandrie au fil des époques

Doaa Elhami, Lundi, 12 février 2018

Alexandrie célèbre ses 24 siècles d'existence, marqués par des périodes de prospérité et de repli. Retour sur l'histoire de la perle de la Méditerranée.

Alexandrie au fil des époques

Nombreuses sont les civilisations et les cultures qui ont passé par la ville d’Alexandrie au cours de ses 24 siècles d’existence. Avant sa création, il n’y avait qu’un petit village nommé Racouda, habité par des pêcheurs égyptiens. Sa situation géographique a attiré l’attention du conquérant macédonien Alexandre, qui a décidé de faire de cette ville côtière la capitale du monde. « Une décision qui n’a pas été prise au hasard, mais suite à des études bien faites par le grand conquérant », souligne Louaï Saïd, professeur de coptologie à l’Université de Ménoufiya, qui explique que cette région se distingue par son climat, sa topographie, ses voies de communication avec l’Europe et son statut stratégique et militaire. « Il y a une grande similarité entre Alexandrie et Pella, la ville natale d’Alexandre », ajoute le professeur, tout en précisant que les frontières alexandrines sont, de plus, bien protégées.

Alexandrie au fil des époques

« Il y a la Méditerranée au nord, le lac Mariout au sud et le désert à l’ouest. La région sélectionnée est bien protégée contre les attaques militaires et constituait donc un emplacement idéal pour créer la nouvelle capitale », explique Saïd. Sans oublier que la ville se trouve dans le delta du Nil, ce qui facilite la navigation vers le sud de l’Egypte, voire vers l’Afrique. « Les produits égyptiens, notamment le blé et le papyrus, étaient répandus en Grèce », souligne Khaled Gharib, chef de la section gréco-romaine à la faculté des antiquités de l’Université du Caire. La création d’une capitale répondra donc aux besoins économiques non seulement de la Grèce, mais aussi de la communauté grecque qui vivait dans la cité de Naucratis, à l’ouest d’Alexandrie, dans l’actuel gouvernorat de Béheira.

Création de la ville

Alexandre le Grand a commencé ses travaux en reliant le petit village de Racouda à l’île de Pharos, grâce à un pont de 1 300 m de long. La nouvelle capitale comptait deux ports : Portis Neos à l’est, pour l’exportation des produits, et Eunostos à l’ouest, qui signifie « Bon retour », afin d’accueillir les flottes commerciales à leur retour. La nouvelle capitale d’Alexandrie a vu le jour le 25 Tube du calendrier copte (331 av. J.-C.), soit le 2 février du calendrier grégorien. « Cette date a été précisée par l’historien grec Polybe (203-126 av. J.-C. ndlr) », reprend Gharib.

Alexandrie au fil des époques

Suivant les conseils de son précepteur Aristote, Alexandre le Grand a décidé de créer « l’Etat idéal ». Il a confié la planification de la ville à l’architecte macédonien Dinocrate de Rhôde, qui a aménagé 5 quartiers principaux : le quartier royal (Brouchion), l’Hippodrome (Gymnase), le quartier de Kom Al-Dekka (Soma), le quartier de Mouseion et, enfin, celui de Racotis. L’Hippodrome était le quartier le plus spacieux de la ville, tandis que le Brouchion le plus peuplé. Décédé en 323 av. J.-C. dans la Grande Syrie, Alexandre le Grand n’a jamais vu la ville qui a immortalisé son nom. L’héritier de la région ouest du royaume d’Alexandre, Ptolémée Sôter « Le Sauveur » (368-366 av. J.-C. à 283 av. J.-C.), et ses successeurs ont élargi la ville. Le nouveau roi a notamment construit le célèbre Phare d’Alexandrie ainsi que la Bibliotheca Alexandrina (voir encadré), qui ont renforcé le rôle d’Alexandrie dans l’ancien monde. Le Phare illuminait les voies maritimes pour diriger les navires aux ports, alors que la Bibliotheca était une grande institution culturelle, pédagogique et civique. Alexandrie était par ailleurs le carrefour des intellectuels, scientifiques, politiciens, poètes et architectes. Bref, c’était la capitale de l’ancien monde par excellence.

Le rayonnement culturel d’Alexandrie a incité les Romains à s’emparer de la ville pour élargir leur empire. Des ambitions qui se sont réalisées avec la défaite de l’armée de Marc-Antoine et de Cléopâtre II, reine d’Egypte, et la victoire du général romain Octave dans la fameuse guerre d’Actium, en 31 av. J.-C.

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Cette date marque l’adhésion de l’Egypte à l’Empire romain. Alexandrie a ensuite perdu son poids pour devenir « l’une des possessions personnelles de l’empereur lui-même », explique Ezzat Qados, professeur d’antiquités et d’histoire gréco-romaines à l’Université d’Alexandrie. L’Egypte est devenue une source de céréales, surtout de blé, pour Rome. Toutefois, le poids culturel restant de la ville a attiré l’apôtre saint Marc (Morqos), de Lybie en l’an 42 de notre ère, qui y a répandu le christianisme. D’après Louaï Saïd, saint Marc a choisi de commencer sa mission à Alexandrie, parce qu’il connaissait la forte influence de cette cité dans le monde entier. « Saint Marc a érigé la plus ancienne église d’Egypte encore présente jusqu’à nos jours, connue sous le nom de l’Eglise d’Alexandrie », continue Qados.

Si certains historiens trouvent qu’Alexandrie a perdu sa splendeur durant l’époque islamique, d’autres considèrent l’époque mamelouke bahariya (648-784 de l’hégire, soit 1250-1382), comme l’âge d’or d’Alexandrie en raison de sa renaissance économique et de son développement urbain. A cette époque, Alexandrie est devenue la plus importante ville côtière et le plus grand centre commercial de tout le monde islamique. Les sultans y ont érigé des citadelles et des forts et la ville jouissait d’une grande autonomie sous le règne du sultan Al-Achraf Chaaban Ibn Hussein, qui y a installé le siège de l’adjoint du sultan en 767 de l’hégire, soit 1374.

Alexandrie cosmopolite

Alexandrie au fil des époques

La véritable renaissance d’Alexandrie ne s’est faite que quelques siècles plus tard, avec l’Expédition française d’Egypte en 1798. Bien que la ville soit facilement tombée entre les mains des Français, elle était le premier lieu de contact direct entre le peuple égyptien et la civilisation occidentale. La flotte française, qui a quitté les côtes égyptiennes après trois ans, a laissé des traces intellectuelles et culturelles dans la ville d’Alexandrie et dans l’Egypte tout entière. « L’expédition française a introduit l’imprimerie en Egypte, ce qui a bouleversé la vie intellectuelle du pays. Beaucoup de savants sont restés dans le pays après le départ de l’armée française et ceux-ci ont fortement contribué à la modernisation du pays, notamment sous le règne de Mohamad Ali qui a commencé en 1805 », explique Mahmoud Abbas, ancien directeur des monuments contemporains au ministère des Antiquités. Avec l’arrivée de la famille alide, Alexandrie a connu un épanouissement et un développement sans pareil dans tous les domaines.

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Palais Ras Al-Tine.

Mohamad Ali a fait creuser le lac Mahmoudiya pour alimenter Alexandrie en eau douce. Il a aussi érigé des palais et élargi les rues, notamment celle de la Corniche. Parmi les palais construits, citons celui de Ras Al-Tine, d’où il dirigeait le pays pendant les mois d’été. « Alexandrie a été la capitale estivale de l’Egypte tout au long du règne de la famille alide », indique Abbas. C’est aussi sous le règne de Mohamad Ali qu’Alexandrie s’est ouverte aux étrangers pour devenir un véritable point de rencontre entre les Egyptiens et ces derniers, soit une ville cosmopolite par excellence.

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