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Une danse caractéristique de la Haute-Egypte

Nasma Réda, Jeudi, 12 janvier 2017

Lors de sa dernière réunion, le Comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco a décidé d'inclure sur sa liste des traditions égyptiennes et arabes. Tour d'horizon

Une danse caractéristique de la Haute-Egypte
La tombe TT192 de Khérouef.

Le bâton occupe une place spéciale dans la culture égyptienne. Le tahteeb, une danse du bâton populaire, compte parmi les traditions nouvellement enregistrées par l’Unesco. Symbole de virilité, il est considéré comme une partie intégrante de l’identité. Le tahteeb (art égyptien du combat au bâton) remonte aux débuts de la période pharao­nique. « On n’exagère pas en disant que cet art martial était pratiqué bien avant l’ère pharao­nique, à la préhistoire », explique Laïla Abdel-Qader, égyptologue. En effet, dans l’Egypte Ancienne, le tahteeb était considéré comme un art martial. Les premières représentations de cet art apparaissent sous la Ve dynastie de l’Ancien Empire (2650-2150 av. J.-C.), sur les fresques des monuments de Memphis à Saqqara, ainsi qu’à Aboussir. Sur les murs de la tombe de Ti à Saqqara, se trouve une scène de fabrication de fines cannes. De même, dans certaines tombes d’Aboussir, on voit des scènes de combat au bâton. « Sur la chaussée menant à la pyramide de Sahourê, 2e roi de la Ve dynastie 2465-2325 av. J.-C., des reliefs montrent aussi l’art du tahteeb », indique l’égyptologue. Sur les murs de trois tombes à Béni-Hassan dans le gouverno­rat de Minya, en Moyenne-Egypte, on trouve aussi des scènes représentant les mouvements du tahteeb. « Ces inscriptions sont compatibles avec celles qu’on trouve à Tell Al-Amarna, tou­jours à Minya », indique-t-elle.

Aujourd’hui, l’art du tahteeb est très popu­laire, notamment en Haute-Egypte. « Les fans du tahteeb fondent des associations pour enseigner cet art à Minya qui est le gouvernorat pionnier de cet art », souligne Hassan Al-Guéretly, fon­dateur d’une troupe indépendante, Al-Warcha, qui opère au centre d’art du bâton à Mallawi. « Nous voulons préserver l’héritage culturel de l’Egypte », dit-il. Il explique que cet art est pra­tiqué par deux adversaires sans violence. « Le tahteeb est devenu peu à peu un jeu festif et non violent qui attire de nombreux participants », ajoute Al-Guéretly. Depuis des siècles, le bâton occupe une place importante dans la vie des Egyptiens, plus particulièrement dans les zones rurales. Il est toujours utilisé par le paysan dans sa vie quotidienne.

Le tahteeb exprime une attitude et requiert des capacités physiques. Il repose sur des valeurs telles que le respect mutuel, l’amitié, le courage, la force, la courtoisie et la fierté. « Le tahteeb obéit à des règles issues d’un ensemble de valeurs comme la chevalerie, la force, la fierté, la synchronie et l’harmonie dans l’exécution. C’est pour cela que ce jeu de combat est devenu un divertissement, une joie et un plaisir utilisés dans les événements sociaux », ajoute Al-Guéritly. Selon lui, le mot tahteeb signifie à l’origine bois. Il est à la fois un art martial, un jeu, un combat et une danse.

« L’inscription de cet art populaire sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Onu est une démarche importante qui garantit la conti­nuité et la viabilité de cette tradition en dan­ger », indique Laïla Abdel-Qader.

En effet, l’idée d’inscrire le tahteeb sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco est celle d’un célèbre joueur de tahteeb égyptien, Adel Boulad. Conscient de l’importance de cette tra­dition, il a décidé, avec l’aide de plusieurs ONG, de faire du tahteeb sa cause. Son idée était d’ins­crire cette tradition sur le patrimoine immatériel de l’Unesco dans le but de la promouvoir et de la sauvegarder. « Afin de garantir la viabilité de cet art à l’avenir, il est important de mettre l’ac­cent de manière constante sur ses origines ancestrales et de rappeler au public que ce jeu de combat reste une activité communautaire qui appartient à ceux qui la pratiquent », conclut Al-Guéritly.

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