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Le pont Qasr Al-Nil déclaré patrimoine

Doaa Elhami, Mardi, 26 juillet 2016

Au Caire, le pont Qasr Al-Nil a été récemment inscrit sur la liste des monuments contemporains du ministère des Antiquités. Une inscription bienvenue pour le plus ancien pont d'Egypte.

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé

Témoin d’une époque glorieuse de l’histoire de l’Egypte, le pont Qasr Al-Nil, orné des célèbres quatre lions, sera enfin préservé et protégé. Une protection qui intervient grâce à son inscription comme monument contemporain par le ministère égyptien des Antiquités, qui doit le nettoyer, le restaurer et le consolider dans un objectif de préservation. Le pont est en fait le premier viaduc construit sur le Nil pour relier l’est et l’ouest du Caire (Le Caire à Guiza). Tout commence avec les célébrations de l’inauguration du Canal de Suez. Le khédive Ismaïl avait décidé de rendre la capitale égyptienne, Le Caire, le Paris de l’Orient. Il a alors fait construire place Ismaïliya (l’actuelle place Tahrir). A l’ouest, il a fait construire plusieurs palais et sérails. Le premier était le palais de Guézira, qui est l’ancien pavillon de l’actuel hôtel Marriott, bâti dans le but d’accueillir l’impératrice française Eugénie. A été érigé aussi le palais de Guiza, dont le jardin a été transformé ultérieurement en zoo. Deux autres sérails, consacrés aux fils du khédive, ont été également construits. Ils occupaient l’actuelle faculté des arts appliqués et ce, sans oublier les terrains que la princesse Fatma, fille du khédive Ismaïl pacha, a donnés en guise d’aide pour la construction de l’Université nationale, la future université de Fouad Ier (l’actuelle Université du Caire). C’est dans ce contexte que le pont Qasr Al-Nil a vu le jour.

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé

C’est en 1869 que le khédive Ismaïl pacha donne l’ordre de bâtir le pont. « D’un coût de 2,75 millions de francs de l’époque, l’ingénieur français Pierre-Félix Moreaux, de la Compagnie Fives-Lille, l’a exécuté sur des plans de Linant de Bellefonds, alors l’ingénieur en chef des travaux publics en Egypte. Les travaux ont pris fin en 1871 », raconte l’archéologue Ayman Fouad Saïd. Mais l’inauguration a eu lieu un an plus tard en 1872 après avoir examiné sa solidité. Parmi les tests, « une équipe d’artillerie composée de 6 canons est alors passée sur le pont qui a gardé sa stabilité », souligne l’archéologue. Le pont s’ouvre aussi à certains moments de la journée pour permettre aux bateaux de poursuivre leur navigation.

D’après les archéologues, l’installation d’un pont métallique était urgente à cette époque. Car avant ce pont, le déplacement de l’île Guézira au Caire et vice-versa, que ce soit des personnes, des animaux ou de la nourriture, était effectué par le biais d’un pont flottant installé par l’armée française lors de l’Expédition d’Egypte (1799-1801). Mais les accidents étaient nombreux causant un grand nombre de victimes. Donc, le pont a été construit pour relier la place Ismaïliya au palais Guézira (l’actuel hôtel Marriott).

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé

Concernant les quatre lions, c’est le khédive Ismaïl qui a donné ordre à Henri-Alfred Jacquemart de les sculpter. Un tel projet a coûté 198 000 francs français. Sculptées de bronze en France, ces statues ont été transférées à Alexandrie pour enfin trouver leur emplacement à l’extrémité du pont Qasr Al-Nil au Caire. Depuis, l’ouvrage a connu plusieurs noms comme « le pont des lions », « le pont de Guézira » et « le pont Qasr Al-Nil » (palais du Nil), qui reste sa nomination jusqu’à nos jours. « Le pont a obtenu son nom en raison de la présence d’un palais érigé par Mohamad Ali pacha, fondateur de la famille alide, à sa fille Nazli hanem (voir enc.). Et malgré l’absence de ce palais, le pont garde, jusqu’à nos jours, la même dénomination », raconte-t-il.

Inauguration bienvenue

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé
Le pont Qasr Al-Nil en 1870. (Photo : La Mémoire photographique du Caire.)

L’inauguration du pont a été la bienvenue. « Non seulement le pont facilitait le transport, mais une taxe de passage était aussi versée, dont le montant variait selon le mode de transport », explique Mohamad Hossam Ismaïl, avec par exemple 2 piastres pour un dromadaire chargé, 2 piastres pour les charrettes chargées, etc. Seuls les enfants de moins de 6 ans étaient dispensés de cette taxe. Ces recettes servaient à la maintenance du pont.

Le pont, non seulement avait facilité le transport entre l’est et l’ouest du Caire, mais a surtout contribué au développement urbain direct de la région. « L’installation de ce viaduc a permis d’accomplir de grands projets urbains à cette époque et a aussi donné naissance aux jardins, aux clubs sportifs ainsi qu’aux bâtiments haussmanniens du centre-ville du Caire », reprend Mohamad Hossam Ismaïl. Les jardins Horréya et Andalous (Andalousie) et le Club des Anglais (l’actuel Guézira) sont les plus remarquables projets fondés dans les alentours. Il ne faut pas non plus oublier le pont aveugle (le pont Galaa) qui relie l’actuel Opéra à l’hôtel Sheraton du Caire, riverain du Nil.

Renouvellement du pont

Avec l’expansion de la ville et ses nouvelles avenues, le pont a connu la surcharge et ne pouvait plus répondre aux besoins de l’expansion démographique.

Il a fallu attendre 1931 pour que le viaduc se modernise. Cette fois, c’est le cabinet d’architectes britannique Dorman, Long & Co. Limited qui remporte l’appel d’offres pour les travaux de rénovation. Ainsi, les quatre lions sont déplacés au zoo, laissant le champ libre aux architectes pour accomplir leurs travaux. Avec deux petites conditions : « Préserver la beauté du pont et du paysage et réinstaller les lions. En outre, les architectes devaient éviter l’utilisation du feu dans leurs travaux », explique Mohamad Hossam Ismaïl.

Le pont Qasr Al-Nil enfin protégé
Le pont en 1911. (Photo : La Mémoire photographique du Caire.)

« Le corps du pont a été divisé en pièces numérotées, nettoyées et consolidées. Les lions ont ensuite repris leur place d’origine tout en élevant leurs piédestaux de deux mètres. Et en 1933, le roi Fouad en personne a inauguré le pont le nommant le pont du khédive Ismaïl ». Mais avec la Révolution de 1952, le pont a retrouvé son ancien nom.

Actuellement, avec un financement de la banque Ahly, le ministère des Antiquités consolide et restaure le pont. Il vise aussi à rehausser les piédestaux des lions de deux mètres supplémentaires. « Nous voulons éviter qu’ils soient endommagés par les passants qui les escaladent pour prendre des photos », souligne Waad Aboul-Ela, directeur du secteur des projets au ministère égyptien des Antiquités.

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