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Un accord pour le symbole

Dalia Farouq, Lundi, 22 février 2016

Après une suspension de quatre mois, un accord entre la Russie et l’Egypte, conclu la semaine dernière, prévoit la reprise de 4 vols par semaine.

Un accord pour le symbole

Les tentatives d’attirer à nouveau les touristes russes en Egypte se poursuivent. Cela a fini par se solder dernièrement par la signature d’un accord entre la compagnie touristique égyptienne Lucky Tours et la compagnie aérienne qui en dépend. Selon cet accord, la compagnie russe Sokhoï Civil Aircraft va louer, sur une période de 18 mois, 44 avions de type SSJ100 à Lucky Tours pour assurer 4 vols par semaine de la Russie vers l’Egypte. Cependant, ce sont les autorités russes qui assureront la sécurité de ces avions et de leurs passagers depuis le décollage des aéroports russes jusqu’à leur retour. Du côté égyptien l’objectif premier de cet accord est d’encourager les responsables russes à reprendre les vols à destination de l’Egypte à des fins touristiques. Mais le réel défi est de les rassurer sur les mesures de sécurité à bord des avions et au sein des aéroports égyptiens. Il est à noter que la Russie avait suspendu ses vols à destination de l’Egypte à la suite du crash d’un Airbus A-321 de la compagnie russe Metrojet, au Sinaï, le 31 octobre dernier, qui a causé la mort de 224 passagers.

« On déploie tous nos efforts afin de rassurer les tour-opérateurs, les touristes, et avant tout, les responsables russes sur les mesures de sécurité, soit à bord des avions ou dans les différents aéroports égyptiens. Cette fois-ci, ce sont eux qui sécurisent ces vols. Mais avant, une délégation d’experts russes en aviation est déjà venue en Egypte pour s’assurer des mesures de sécurité dans les aéroports égyptiens », assure Mohamad Réda Daoud, PDG de la compagnie Lucky Tours, qui prévoit le retour des touristes russes en Egypte d’ici le mois de mars prochain. « On va commencer par 4 vols par semaine comme premier pas. Cela va augmenter au cours des 18 mois, qui sont la durée du contrat », explique-t-il.

L’accord ne fait pas l’unanimité

Or, dans le cercle des responsables dans le secteur du tourisme, cet accord n’emballe pas tout le monde. Elhami Al-Zayat, président de l’Union des chambres du tourisme, estime que c’est un bon pas sur la voie d’un regain de confiance qui ouvrirait le chemin au retour des Russes. « Ce genre de coopération peut être très productif pour booster le secteur du tourisme, d’autant plus que les opérateurs turcs sont interdits d’activité en Russie. On pourrait avec le temps étendre l’accord au transport de touristes provenant d’autres pays », suggère Al-Zayat. Or, il ajoute qu’un travail diplomatique est cependant plus que nécessaire pour convaincre les autorités russes de reprendre les vols à destination d’Egypte, surtout après les déclarations du président de la Douma, Sergueï Narychkine, qui a parlé d’une probable levée de la suspension des vols prochainement.

Mais d’aucuns estiment que cet accord en question n’est pas un bon deal pour le tourisme. C’est le cas de Moustafa Khalil, tour-opérateur travaillant sur le marché russe, qui estime que ce n’est pas cet accord qui réglera le problème. Pour lui, c’est le règlement de la question des mesures de sécurité dans les aéroports qui fera revenir les touristes. « Le ministre russe du Transport, Maxim Sokolov, avait déclaré à plusieurs reprises à la presse locale que les vols à destination d’Egypte ne reprendront qu’après le renforcement des mesures de sécurité dans les aéroports égyptiens, surtout que les deux pays sont en contact continuel concernant ce problème », souligne Khalil.

Il ajoute que la capacité des avions Sokhoï que Lucky Tours a loués est petite, ils ne peuvent pas résoudre le problème. « Ces avions sont d’une capacité de 98 passagers, ce qui est très peu pour un marché de deux millions et demi de touristes russes en Egypte par an », affirme Khalil, qui ajoute également que les responsables du tourisme en Egypte manquent de vision stratégique. Le marché russe est le plus grand marché pour le tourisme égyptien, et c’est en même temps un marché à grand potentiel avec 150 millions d’habitants. « Il ne suffit pas d’être un allié politique et stratégique de la Russie. L’Egypte doit être aussi un grand partenaire économique et commercial rentable pour eux », souligne-t-il.

Le dossier du retour des touristes russes en Egypte est donc toujours en suspens. Mais cet accord, quoique de très petite envergure, fait surtout office d’accord symbolique entre les deux pays pour remettre peut-être l’activité sur les rails.

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