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Des mystères à Tell Al-Farkha

Doaa Elhami , Mardi, 21 juillet 2015

La mission polonaise de Tell Al-Farkha, dans le Delta, a découvert 4 tombes ainsi que des bases de bâtiments. De quoi renforcer l’intérêt sur l’un des sites qui témoignent des périodes prédynastiques et archaïques.

Des mystères à Tell Al-Farkha
Vue générale du site. (Photo:Ministère des Antiquités)
A quelques 160 km au nord-est du Caire, dans le Delta du Nil, se situe le petit village de Ghazala. Dans le gouvernorat de Daqahliya se trouve aussi le site prédynastique, Tell Al-Farkha, où opère depuis plus d’une quinzaine d’années la mission polonaise de l’Université de Poznan, dirigée par le professeur Marek Chlodnicki. Remontant à 3600 av. J.-C., Tell Al-Farkha était occupé jusqu’à la IIe dynastie (2890-2550 av. J.-C.). « Les objets archéologiques trouvés au cours des saisons de fouilles successives prouvent que cette longue durée a été marquée par un développement et une évolution ininterrompus », explique Zbigniew Szafranski, directeur du Centre polonais au Caire.
Les récentes découvertes sur le site ces dernières saisons, notamment les outils et vaisselles trouvés dans les quatre nouvelles tombes au cours de la dernière saison, assurent aussi ce développement. « Les trois premières tombes sont en mauvais état et datées de l’époque archaïque, la dernière remonte à l’époque de Naqada III soit 3200-3000 av. J.-C. », commente Marek Chlodnicki, directeur de la mission. Autre particularité avec la quatrième tombe : les têtes des défunts trouvés dans les trois premières sont orientées vers le nord mais dans la quatrième, elles le sont vers l’est. Etant bien conservée, la dernière tombe comprend plusieurs vaisselles en brique crue et lithique de différents volumes. Les vaisselles lithiques sont importées de la Grande-Syrie. « Elles sont plus fines et habilement fabriquées », reprend Zbigniew Szafranski. Pour lui, la présence de telles vaisselles indique l’échange des produits entre Tell Al-Farkha et la Grande-Syrie. Parmi les trouvailles les plus distinguées, surgit un couteau en silex habilement fabriqué avec un manche. Une telle finesse de fabrication reflète l’évolution du sculpteur de cette époque par rapport à son ancêtre, vu la régularité de la pointe du couteau. La mission y avait dégagé d’autres couteaux de divers styles qui servaient par exemple à séparer la peau de la viande ou même à nettoyer la viande des résidus et bien d’autres utilités.
Fabrication de bière
Des mystères à Tell Al-Farkha
Tombe infantile de l'époque archaïque.
L’évolution de la communauté qui habitait Tell Al-Farkha est présentée grâce à plusieurs lieux de fabrication de bière. Il s’agit d’un bassin en calcaire où était versé le liquide. Ce bassin est entouré de bois pour réchauffer, cuire le liquide et obtenir la bière. Les membres de la mission ont trouvé dans les résidus du site d’énormes têtes de poissons et leurs queues. « Ces poissons étaient exportés pour la Grande-Syrie. La localisation de Tell Al-Farkha sur l’une des anciennes branches du Nil servait à la pêche et facilitait le transport et l’exportation de ces poissons. Tell Al-Farkha était fameux par la production et l’exportation de bière de haute qualité et le poisson », reprend Zbigniew Szafranski.
Parmi les trouvailles les plus surprenantes, vient le dégagement des bases d’un grand bâtiment cylindrique encerclé d’une double muraille en brique crue auprès des maisons. « L’épaisseur de la muraille atteint les 95 cm tandis que le diamètre est de 7 mètres », explique Mahmoud Afifi, directeur général du secteur des antiquités de l’Ancienne Egypte. La fonction d’un tel édifice est encore ignorée. Pourquoi cette forme cylindrique et à quoi sert l’épaisseur de sa muraille ? Servait-elle comme un grand dépôt pour la ville ? « Personne ne le sait », commente l’expert Szafranski. Si la fonction de cette construction est énigmatique, d’autres petites bases circulaires dévoilées auprès de certaines maisons de la ville ont été identifiées par les experts comme probables dépôts de nourriture.
Mystères nombreux
Des mystères à Tell Al-Farkha
Couteau inédit dégagé du site.
Les mystères que renferme ce chantier sont nombreux. La mission a trouvé plus d’une soixantaine de statuettes sculptées en ivoire d’hippopotame, conservées dans des jarres. « Cette matière est très dure à sculpter. Par ailleurs, les formes sont très fines et précises malgré la modestie de leur taille », reprend Szafranski. Selon lui, ces statuettes reflètent toujours cette grande habileté des artisans de cette communauté. En même temps, celles-ci ont pris la forme d’Horus, connu plus tard à Héraconpolis, au sud de l’Egypte. C’est en fait la représentation de l’enfant qui met un doigt dans la bouche. Ces petites figures ont suscité beaucoup de questions chez les experts. « Peut-être qu’elles représentent un culte religieux. Mais il faut aller beaucoup plus loin que cette spéculation », ajoutent-ils. Cette même habileté est aussi vue dans la découverte des plats cosmiques qui étaient utilisés pour broyer les pierres et en faire de la poudre de maquillage. D’après les experts, ces plats sont l’une des évidences qui reflètent l’évolution civile et esthétique de la communauté de Tell Al-Farkha qui avait occupé le site à cette époque lointaine .
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