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Amin Haddad : Azgâl, des poésies populaires …

Suzanne El Lackany, Mardi, 03 septembre 2013

Le poète Amin Haddad, lié aux différentes manifestations depuis le 25 janvier 2011, et dont les vers sont repris par le groupe Eskenderella, insiste sur le fait que « ce soir c’est une révolution, demain il y aura une révolution, et après-demain nous triompherons ».

(1)

Je suis un promeneur à l’ombre des rimes

Les vers rimés m’ont écrit ce qui est écrit là-haut

Je pose une question comme durant une leçon de géographie

Pourquoi fait-il toujours beau en Egypte au nord comme au sud ?

Certains m’ont donné cette réponse :

L’Egypte est forte et vigoureuse

Et pourtant dans la gestion du pays tout

Avance à l’envers !

Une démocratie cahin-caha !

Un référendum sur la contrefaçon d’une Constitution !

Au peuple d’Egypte qui est coeur et raison

Des tas de désastres seront causés par un président.

Celui-ci veut faire fortifier ses décisions

Il veut prouver aussi l’étendue de son pouvoir

Conféré aussi aux affidés et officiers !

L’opposition, tant pis ! Il s’en fout de son dépit !

Voler la patrie ! Emprisonner un peuple !

Diviser pour régner ! Brûler un coeur patriote !

Piétiner les pauvres, les artistes et l’art !

Avec un capitalisme qui porte la barbe !

Pauvre minable ! Tu n’as pas conscience que le peuple

D’Egypte croit en la vraie religion admirable ?

Celle des musulmans ou celle des coptes, elle est belle

Leur foi.

Après le 25 janvier

Leur solidarité est forte et ce n’est rien.

(2)

Joue à la politique, toi le politicien,

Ton jeu apporte des vents contraires à mon engouement

Ma ferme volonté est contrecarrée

Et pourtant je ne deviendrai ni bouchon de liège

Ni objet insignifiant …

Parmi vous, braves hommes courageux, personne

Oui, personne,

N’a de reproches à faire aux révolutionnaires,

Moi, tout comme vous, je ne serai jamais un salafiste. Un Frère, non plus.

Je ne veux pas m’asseoir avec cette compagnie dans l’ombre,

Gloser d’une chose et son contraire

D’un mode lassant et obséquieux.

Je marche honnêtement après les seuls diktats du coeur

Ayant une ferme croyance que l’espoir va se réaliser

Mon âme porte en elle le soleil de naguère,

Je vois l’aube des lendemains de mes propres yeux,

Un si joli chemin de lumière infinie

Percé par chaque main d’une jeunesse dans le vrai !

Ces jeunes, ces beaux révolutionnaires qui ont l’âge

Des roses

Savent où et comment faire aboutir le chemin

Et le lieu de la demeure de l’aboutissement.

La révolution est une grande oeuvre !

Si tu l’oublies ou fais semblant de l’oublier alors que ces jeunes

Sont ma communauté d’hommes

Va jouer à la politique, toi le politicard !

Ton jeu apporte des vents contraires à mes enthousiasmes

Et tes manoeuvres contrecarrent ma propre volonté !

(3)

Il ne faut pas soutenir de politique

Fondée sur des discussions stupides et de vaines palabres

Ni présidence qui proclame la renaissance puis se lève

Et marche à la vitesse d’un escargot dans sa coquille

Ni orateur qui crie sa mauvaise rhétorique en bondissant.

Des sursauts d’une grenouille. Des carrés de tissu blanc sont la coiffe

Des cheikhs et cache leurs casquettes …

Il ne faut pas soutenir celui qui a égaré

Nos enfants au milieu du désordre des mouvements

Et des bouleversements !

Celui qui a incité à de légitimes représailles puis nous a quittés

Et a filé à l’anglaise.

On s’attendra avec lui à toutes les perfidies possibles et imaginables,

Des relations nouées, dénouées, ruptures et fausses victoires, pays morcelés.

Il faut résister à l’oppression, jamais plus l’accepter.

Je n’accepte pas non plus celui qui fasse les choses en l’air

Je ne suivrai pas ce va-t-en-guerre qui veut provoquer des conflits pour rien

Ou peut-être pour l’âne de Buridan entre le zist et le zest.

Tout cela m’est profondément antipathique !

(4)

Amin Haddad
Graffiti de Alaa Awad. Photo : Tara Todras-Whitehill.

Tu as raison de douter des capacités

D’un président qui soigne son image sur Facebook.

Tu éclates en sanglots, vu que

Le président aime tant la communication sur Twitter

C’est trop fastidieux à la fin

Trop pénible et barbant

Envoie-lui un courriel

Et sache que l’adresse électronique

C’est morsidotcom

At monsieur suprêmedotcom.

(5)

J’ai vu un type fantôme qui me ressemble

Voix et physionomie superbes, une image

Qui ne me ressemble pas

Mais ressemble à un serpent

Je l’ai vu un vendredi

Son discours était vain

Comme du commerce en gros

Et on aurait dit que ce grossiste

A soudain décidé de devenir marchand détaillant

Il prend un air sérieux

Un incapable samedi et dimanche

Un bon à rien le lundi

Et il efface toute expression de joie qui illumine les yeux.

Je l’ai cru parti très loin très vite

C’était entre temps le retour de l’homme ignoble

S’il s’éteint un mardi

Il revit le lendemain, mercredi.

Son discours des jeudis

Est pareil aux oraisons d’Iblis

Il est présent partout

Comme jongle le caméléon avec tous les tons

Variables selon les circonstances.

Je l’entends parler, à la radio,

Il m’arrive de le retrouver sur une tour

www.menteurs.org

(6)

Gouvernant ne sachant rien à l’art

Ou la science de gouverner

Ses discours incohérents sont sans sagesse

Un gouvernement un peu trop débile composé de bâtards

Qui importunent comme la mouche du coche.

Peuple d’Egypte ! Vite ! Renverse la situation !

Tu seras sinon encore opprimé dans ta nuit !

(7)

Le gouvernement se soucie, dit-on, de ton bien

Avec amour, paraît-il, il veut tout donner pour ton avenir.

Dis-toi cela : ce que tes yeux voient est illusion.

Laisse tomber et reste décontracté

Crois à ce que tes oreilles entendent

Les gouvernants possèdent un coeur vivant

Un coeur qui bat et palpite au milieu du quartier,

Des balles réelles vivement anéantiront

Tous les êtres révoltés encore en vie.

Un moment pour se transformer en feux,

Toujours dans l’imbécillité

Qui ignore les révoltés et les insurgés

Ou même une prière pour le prophète.

Inexpérimenté et fantasque, de jour ou de nuit,

Jamais il n’a ressenti de la compassion pour les autres

Dans l’Etat des méchancetés potentielles

Tu le trouveras au fond du plus profond des coeurs endurcis.

La nourriture, il ne l’a pas donnée en aubaine aux pauvres

Cette charité était l’alibi pour humilier et donner des coups de pieds,

Infliger douleurs et souffrances prend avec lui toutes les formes

Et plusieurs couleurs brutales.

On le prendrait pour un humain sans âme

Presque mort bien que vivant de crises

Le branle-bas des balles tirées est pouls et pulsation

Et pour soulager le mal, il fait couler encore plus de sang sur la terre.

Le sang est celui des pauvres gens

Le sang est un sang de lumière

Des martyrs qui aiment ardemment une patrie et sa victoire certaine.

Les coeurs de nos jeunes sont doux comme une jeune pousse

Une goutte d’eau apportant l’espoir aux gorges assoiffées.

De jeunes gens et de jeunes filles farouchement sublimes

Ont tracé déjà la voie pour des lendemains meilleurs.

Le coeur est le coeur d’un peuple depuis toujours vaillamment jeune

La vérité est claire, le droit est précis,

Et quoi qu’il advienne un coeur vivant sera toujours un coeur de courage !

Dimanche, février 03, 2013

Amin Haddad

Poète égyptien né en 1958 au Caire. Fils du grand poète Fouad Haddad, il a fait des études à l’école polytechnique, département des communications en 1981.

A 23 ans, il a commencé à écrire des poèmes. Il a, à son actif, 4 recueils : Rihet al-habayeb (odeur des proches) en 1990, Halawet al-roh (le dernier souffle) en 1998, Fil mot haneïche (nous vivrons malgré la mort) en 2003, Badal faqed (un remplacement) en 2008, Min al-watane lel ganna (de la patrie au paradis) en 2012. En outre, il a publié un recueil de nouvelles pour enfants intitulé Al-Gaw gamil (il fait beau) en 2007. Amin Haddad est également un cofondateur du groupe Al-Charea (la rue). Ses poèmes sont également repris par le groupe Eskenderella, notamment durant la révolution du 25 janvier.

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