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Un intellectuel ne boycotte pas

Rasha Hanafy et Doaa Elhami, Mardi, 20 mai 2014

Des écrivains, de différents âges et tendances, choisissent leurs candidats pour la présidentielle des 26 et 27 mai. Chacun justifie son choix.

Un intellectuel ne boycotte pas

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Ahmad Al-Fakharani (32 ans), jeune romancier actif dans le journalisme depuis 2007, bien que pharmacien. Il vote pour Hamdine Sabahi. « Je pense que c’est notre dernière chance pour un Etat civil. L’autre candidat n’a pas déclaré de programme. L’interview diffusée récemment est terrifiante. Nous sommes devant un dictateur qui présente des solutions bêtes aux problèmes de l’Egypte. Tout ce qu’il dit est basé sur le fait que c’est la faute du peuple. Même logique que l’ancien régime de Moubarak. Au moins, ce dernier avait une équipe qui lui préparait des chiffres et des plans. Mais le maréchal n’a pas d’atout ! », dit le romancier. Pour Al-Fakharani, Hamdine n’agit pas pour les intérêts de certaines personnes comme l’autre candidat perçu comme l’envoyé divin !

3

Fatma Naout (49 ans), poète, écrivaine et journaliste, membre du Parti Démocrate-social, votera pour le maréchal Abdel-Fattah Al- Sissi. Pour elle, le boycott est négatif et ne sert à rien. « J’aurais aimé que le maréchal ne dépose pas sa candidature, parce qu’être un bon ministre de la Défense ne veut pas dire être un bon président. Il nous a sauvés de l’obscurantisme. Sa présence à la tête de l’institution militaire est une soupape de sécurité. Mais s’il est candidat, c’est qu’il a fait des comptes ». Même sans programme électoral, Naout pense que ses idées ressemblent à celles appliquées en Corée du Sud. « Ce qu’il a dit dans la rencontre diffusée sur deux jours, je le considère comme un programme clair qui n’est pas du tout imaginaire. C’est la personne avec qui on ne pourra pas revenir au cauchemar des Frères. L’autre candidat va certainement effectuer des alliances. Ce que je rejette, car je n’accepte pas les alliances avec des terroristes ».

5

Ibrahim Abdel-Méguid (68 ans), romancier et l’une des figures de la gauche. « L’élection présidentielle est importante dans les événements qui se déroulent actuellement, que ce soit le terrorisme ou les promesses du gouvernement ». Il estime que la compétition entre Sabahi et Al-Sissi a gagné en ampleur, surtout après leurs interviews télévisées. Et que par conséquent, un nombre considérable d’électeurs a changé d’avis : Au lieu de rejoindre le clan d’Al-Sissi, il a pris goût pour Sabahi. Les répliques d’Al-Sissi ont été générales, mais celles de Sabahi sont plutôt basées sur un programme précis. Un seul point négatif dans cette élection présidentielle : l’apparition de plusieurs figures connues à l’époque de Moubarak, qui encouragent Al-Sissi. En ce moment aussi, l’Egypte a besoin de toutes sortes de liberté. Le développement économique sera réalisé à long terme, tandis que la liberté pourra être gagnée sur le terrain du jour au lendemain. L’absence de ces points dans le programme d’Al-Sissi représente une lacune. Il faut aussi laisser les ONG travailler avec autonomie, ce que met en relief Sabahi.

6

Ahmad Samir (33 ans), analyste politique et blogueur, opte pour Hamdine Sabahi. « J’ai un blocage mental quant à la candidature d’Al-Sissi. Le 25 janvier 2014 a vu d'un côté un grand rassemblement pro- Sissi, et de l’autre côté, la mort de 66 personnes. Quel paradoxe ! ». De plus, il fait reposer la responsabilité du dossier de la sécurité sur le ministre de la Défense. Pour lui, la cause principale de la candidature de Hamdine Sabahi est qu’il est le moins touché par la campagne de désinformation des médias. « Depuis le début, les élections souffrent de falsification indirecte », estime-t-il. « Il faut aussi prendre en considération que jamais un ministre de la Défense n’a déposé sa candidature à la présidentielle en tenue militaire pour être vaincu. C’est l’un des principes politiques universels ». Il estime que la guerre n’est pas contre Al-Sissi. Le vrai jeu est entre Al-Sissi et l’opposant qui n’est que la confrérie, avec ses principes et pensées. La confrérie sera provisoirement éradiquée et jouera le rôle de la persécutée comme autrefois. C’est le grand danger qu’affronteront les prochaines générations. Nous avions une occasion historique, le 30 juin 2013, pour y mettre fin. Cela n’a pas été fait.

4

Sayed Hégab (74 ans), poète populaire écrivant en dialecte égyptien, intellectuel actif ayant participé à la rédaction de la Constitution de 2013, il est également lauréat du prix du Mérite de l’Etat en 2013. Il donnera sa voix à Hamdine Sabahi, et pense que la participation est un devoir national. « Il ne s’agit pas de personnalités, mais d’un combat entre des programmes électoraux. Je respecte la personnalité du maréchal et sa position, mais on parle du choix des forces armées et non pas de cette personne. Et lui, il n’a déposé aucun programme électoral qui présente des idées et mécanismes politiques. L’interview diffusée récemment n’est pas un programme qui nous permet de lui demander des comptes ». Selon lui, la situation en Egypte ne donne pas de chance à Sabahi, mais « le pouvoir consiste en un président et un Parlement. Le président qu’on veut pour l’Egypte doit avoir une opposition. Nous devons chercher à ce que le prochain Parlement soit doté d’une opposition sans les figures de l’ancien régime ».

Achraf Al-Achmawi (47ans), ancien juge à la Cour d’appel et romancier qui a publié 4 romans, dont Toya, sélectionné au Booker arabe 2013. Il vient de publier Le Barman. En tant que juge, il ne participera pas au vote. Il sera avec ses collègues dans le comité des plaintes qui accueillera toute plainte déposée par les candidats à la présidentielle. Il est donc neutre. Mais il s’exprime contre le boycott et l’invalidité des voix. « Je pense que la participation est une démarche importante. Cette présidentielle ne consiste pas en une mise en scène comme certains croient. Les normes de transparence existent beaucoup plus qu’à l’époque de Moubarak, avec une surveillance internationale et celle du ministère de l’Intérieur qui travaille différemment », dit-il. Il incite les gens à se rendre aux urnes pour « être positifs ».

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