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Ammar Ali Hassan: « Ce qui se passe dans le Sinaï est une guerre. Quant au reste, l’Etat ne doit pas dépasser le cadre de la loi »

Propos recueillis par Dina Kabil et A. de M., Mardi, 06 août 2013

Ammar Ali Hassan, chercheur en sociologie politique, approuve le fait de qualifier les actions des Frères musulmans de « terroristes ». Bien qu’il ne dénonce pas l’arrestation de Mohamad Morsi, il se dit opposé à tout traitement particulier sortant du cadre de la loi.

ce qui se passe

Al-ahram hebdo : Etes-vous d’accord de qualifier les actions des Frères musulmans de « terrorisme » ? Et soutenez-vous l’appel de l’armée à lancer une guerre contre ce terrorisme ?

Ammar Ali Hassan : N’êtes-vous pas d’accord pour dire que ce qui se passe dans le Sinaï relève du terrorisme ? Rappelez-vous que pendant les sit-in du 25 janvier, et malgré les protestations contre le Conseil suprême des forces armées, personne n’a qualifié ces mouvements de terroristes. On pourrait appeler les actions des Frères un crime organisé, mais ce serait plus violent à leur égard.

— Ne craignez-vous pas que, sous le prétexte de « terrorisme », on aille vers plus de despotisme à l’encontre de n’importe quel citoyen ou activiste ?

— Il existe une grande différence entre le fait de relever les symptômes et la manière de les traiter. S’attaquer au pouvoir de l’Etat, enlever les citoyens et les torturer comme ont fait les partisans de Morsi : on parle bien de terrorisme contre des citoyens appartenant à l’autre clan !

Mais comment traiter ce terrorisme, c’est autre chose. Cela doit impérativement se faire dans le cadre de la loi. Le fait de défendre les institutions nationales dans le Sinaï contre les attaques des groupes islamistes armés est une mesure qu’auraient prise toutes les démocraties du monde. Mais on reste dans le cadre de la loi, tout en refusant le retour des arrestations politiques sans aucun appui juridique, ou l’application des lois d’urgence qui empêchent aux suspects de jouir de leurs droits. Je suis catégoriquement contre les exceptions, la façon avec laquelle le régime de Moubarak a traité les groupes islamistes était basée sur les exceptions et les cas particuliers, ce qui n’a fait qu’augmenter le nombre d’adhérents à ces groupes.

Je pense que le rôle des intellectuels est de refuser la solution purement sécuritaire et de revendiquer l’application stricte de la loi.

— Est-ce que la loi criminalise ledit terrorisme à l’instar de tout autre acte criminel ou existe-t-il un cadre particulier ?

— Le cadre législatif existe toujours, le principe général doit être : pas de sanction sans article de loi. Ce qui se passe dans le Sinaï est une guerre. Quant au reste, l’Etat ne doit pas dépasser le cadre de la loi.

Aujourd’hui, l’organisation des Frères appelle à la rébellion parmi les rangs de l’armée, elle s’adresse aux petits soldats des campagnes pour diviser les rangs des forces armées : cela exige une solution politique. Nous avons affaire avec une organisation qui a des extensions en dehors de la patrie, une organisation qui accorde peu d’importance à l’Etat national, ce qui exige également une solution politique, sans omettre la jurisprudence et le droit à la protestation pacifique.

— Ne pensez-vous pas que la mainmise de l’armée nourrisse encore plus le despotisme ?

— Je pense que lorsqu’Al-Sissi a lancé l’expression « éradiquer le terrorisme », cela relevait de la publicité politique, non de la volonté d’instaurer un cadre législatif particulier. La vérité est que la question des libertés ne préoccupe que l’élite intellectuelle. Mais la priorité des masses c’est la sécurité et la stabilité. Tant que les Frères et les groupes islamistes accentuent le recours à la violence, ils donnent lieu à l’extension des limites de l’Etat policier.

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