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Le devoir de connaître l’autre

Dina Kabil, Lundi, 14 mai 2018

Le professeur de psychologie politique, Kadry Hefny, nous a quittés dimanche 6 mai à l’âge de 80 ans. Auteur notamment d’une thèse de doctorat sur la psychologie de la personnalité israélienne, il a en tout temps insisté sur la nécessité de perfectionner la connaissance de l’autre. Retour sur son riche parcours.

Le devoir de connaître l’autre

Kadry hefny, décédé dimanche 6 mai, était une icône de la psycho­logie en Egypte et dans le monde arabe. Pendant toutes les stations de sa vie, il s’est attaché à connaître l’âme humaine et à tou­cher ses tréfonds. Né le 13 août 1938, il obtient son diplôme en psy­chologie de l’Université de Aïn-Chams en 1959, puis son doctorat en 1974.

Hefny faisait partie de la jeunesse révoltée des années 1950, qui s’est opposée à l’oppression politique à l’intérieur du pays et s’est rangée, en même temps, du côté des Palestiniens dans leur guerre contre Israël. Etant communiste, il a goûté à la prison et à la torture des déten­tions politiques lorsqu’il n’avait que 21 ans. Cette expérience va marquer son itinéraire et ses choix acadé­miques et intellectuels. Il s’est orienté plus tard vers la psychologie politique et a étudié la personnalité israélienne du point de vue psycho­logique pour sa thèse de doctorat. Dans ses propos recueillis par Al-Ahram Weekly en 2004 et intitu­lés « La psychologie de l’espoir », il décrit la torture comme « une jolie partie de mon histoire et une expérience fructueuse », même si elle était « horrible et suffo­cante », au moment même. Il rappelle que, sans doute, son savoir académique l’avait sauvé des types de folies que connais­sent les détenus dans des cellules isolées.

Après sa libération, Hefny a rompu ses liens avec la politique et a mené une vie plus tradition­nelle — jusqu’à ce que la défaite de l’Egypte lors de la guerre de 1967 contre Israël survienne pour traumatiser toute une génération. Il a alors décidé d’essayer de comprendre comment la défaite s’est produite et de comprendre Israël. Il publie Dérassa Nafsiya Lel Chakhsiya Al-Israïliya (étude psychologique de la personnalité israélienne) en 1983, qui était à la base de sa thèse de doctorat en 1974. Il a revendiqué notre besoin de connaître l’ennemi, surtout après la victoire de 1973, le développe­ment du conflit israélo-arabe et sa participation au Congrès de Madrid pour la paix en 1991, qui lui a révélé à quel point il existe une ignorance de l’autre. C’est pourquoi après de longs efforts, Henfy a fondé le Centre des études des sciences humaines et de futurologie à la faculté des lettres de l’Univer­sité de Aïn-Chams en 2002. Le but de ce centre est de créer une base de données des thèses et études effectuées dans les universités égyptiennes en rapport avec les différents aspects du conflit israé­lo-arabe, afin d’embrasser toutes les nouvelles tendances, y com­pris les études psychologiques du conflit. La vision de Hefny était la suivante, comme il l’a expliqué dans un article paru dans le quoti­dien Al-Ahram : « Connaître l’autre, qu’il soit ami ou ennemi, est une nécessité de la vie et pour bien boycotter, bien combattre ou bien normaliser les relations avec l’autre, il faut perfectionner cette connaissance de l’autre ».

Des matières qui invitent à penser

Suite au décès de Hefny, de nombreux intellectuels ont souli­gné la perte d’une figure très influente en Egypte. L’écrivain et académicien Chérif Al-Gayyar a ainsi résumé le parcours scientifique du psychologue, en soulignant dans la presse : « Depuis les années 1970, Kadry Hefny a opté pour la discipline de la psychologie poli­tique, parce qu’elle lui permettait de mêler l’histoire et la personnalité du citoyen égyptien. Il tâchait de proté­ger la personnalité égyptienne de toute pensée extrémiste ». Al-Gayyar ajoute que le projet de Hefny consistait à changer le sys­tème éducatif en Egypte, basé sur l’apprentissage par coeur, pour don­ner plus de poids à l’enseignement des matières qui invitent à penser, comme la philosophie et la logique, cela dans toutes les facultés, y com­pris les facultés scientifiques comme la médecine, la pharmacologie et l’ingénierie.

Hefny a été primé au cours de sa vie : il a reçu, en 1973, la plus haute médaille de l’Etat égyptien dans le domaine des arts et des sciences et, en 2002, le prix d’appréciation de l’Etat en sciences sociales. Il a en outre été consultant aux Emirats arabes unis et à Bahreïn. Mais les initiatives de recherches qu’il avait lancées exigent beaucoup de zèle et d’efforts pour continuer dans le domaine de la psychologie en général, et la psychologie poli­tique en particulier .

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