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Abdel-Rahmane Al-Charqawi à l’honneur

Rasha Hanafy, Mardi, 23 janvier 2018

Choisi comme « personnalité de l’année » du 49e Salon du livre du Caire, Abdel-Rahmane Al-Charqawi était poète, romancier, dramaturge et penseur islamique. Retour sur son parcours.

Abdel-Rahmane Al-Charqawi à l’honneur

L’écrivain et poète égyptien Abdel-Rahmane Al-Charqawi (1920-1987) est la « personnalité de l’année » de cette 49e édition du Salon du livre du Caire 2018, qui se déroule du 26 janvier au 10 février. A cette occasion, l’Organisme général du livre égyptien (GEBO) publie, en partenariat avec le Centre d’Al-Ahram pour la traduction et l’édition, la collection de ses articles parus dans le quotidien Al-Ahram. Al-Charqawi figure parmi les plus prestigieuses plumes d’Al-Ahram, aux côtés de Naguib Mahfouz, Tewfiq Al-Hakim ou Louis Awad. Quant aux oeuvres littéraires d’Al-Charqawi — roman, théâtre et essais sur l’islam —, elles sont parues aux éditions Al-Shorouk.

Ecrivain, poète, romancier et journaliste, Abdel-Rahmane Al-Charqawi est un vrai modèle de « soft power » — le thème de l’édition actuelle du Salon du livre —, selon le haut comité d’organisation du salon. Il est l’un des pionniers de la vie intellectuelle égyptienne et une figure de renom du mouvement de gauche. Né dans le gouvernorat de Ménoufiya, au nord du Caire, le 10 novembre 1920, et décédé le 24 novembre 1987, Al-Charqawi est l’un des créateurs du roman arabe moderne. Il a étudié à la faculté de droit de l’Université du Caire (Université Fouad 1er à l’époque), avant de travailler dans le journalisme. Selon lui, les études de droit lui ont appris comment être précis dans l’usage des mots et des termes, ce qui l’a aidé plus tard en tant qu’écrivain et romancier.

En 1951, il a publié un vibrant poème, Message d’un père égyptien au président Truman, dans lequel il exprime son angoisse devant les dangers qu’encourt l’humanité à cause des bombes atomiques. Il a atteint la célébrité avec son premier roman, Al-Ard (la terre, 1954), considéré comme un classique de la littérature arabe moderne. Le réalisateur Youssef Chahine en a tiré un film en 1970, film qui a contribué à diffuser le livre à travers tout le monde arabe.

Récompenses
Al-Charqawi est l’un des premiers intellectuels égyptiens à utiliser la tribune que lui offre le journalisme pour diffuser ses idées, prêchant en faveur de la démocratie et de l’égalité entre citoyens. Il accueille favorablement la révolution qui met un terme à la monarchie égyptienne en 1952, mais s’éloigne ensuite des nouveaux dirigeants, déçu par « la dérive autoritaire du nouveau régime, qui abolit les partis politiques et érige un culte de la personnalité autour du président Nasser ». Al-Charqawi se tourne ensuite vers le théâtre, écrivant toujours en vers. Parmi ses pièces les plus célèbres, citons Mässat Jamila (le désastre de Jamila, 1962), Al-Fata Mahran (le jeune Mahran, 1965) et Al-Hussein Saërane (Al-Hussein le révolutionnaire), publié après la défaite de 1967. Cette dernière pièce a été interdite de représentation théâtrale à plusieurs reprises depuis 1972 pour des raisons religieuses ou politiques.

Cela n’empêche que cette pièce poétique était une exception dans le parcours d’Al-Charqawi, qui a continué à exercer une influence importante sur la vie intellectuelle égyptienne jusqu’à sa mort. Il a écrit un second roman, Al-Chawarie Al-Khalfiya (les chemins détournés, 1959) ainsi que plusieurs essais sur des questions religieuses. Malgré ses opinions politiques, Al-Charqawi a été décoré à plusieurs reprises par le gouvernement égyptien de son vivant. Il a ainsi été lauréat du Prix de l’Etat en 1974 ainsi que de la médaille des littératures et des arts du premier degré. En 1979, il a été l’un des lauréats du Prix Lénine pour la paix, en reconnaissance de la veine réaliste-socialiste de son roman le plus célèbre.

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