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A Dendérah, on respire la culture

Mansoura Ezz Al-din, Mardi, 09 mai 2017

La rencontre culturelle de Dendérah, à Qéna en Haute-Egypte, s'est clôturée avec succès pour la troisième année consécutive. Plus de 4 000 visiteurs ont fait le déplacement pour assister à ce rendez-vous aussi incontournable qu'apprécié.

A Dendérah, on respire la culture

Dans la ville de Dendérah, dans le gouvernorat de Qéna, la culture n’est pas une chose lointaine et inaccessible, que les habitants regardent de loin. A Dendérah, la culture est dans la ville, dans les rues, aux détours d’un trottoir, sur une affiche. Et le fossé qui sépare parfois les habitants et les travailleurs des activités culturelles et artistiques est en train de se résorber. C’est du moins ce que j’ai pu constater pendant cette 3e rencontre culturelle de Dendérah, organisée par le Centre culturel de Dendérah et intitulée La Lecture en Egypte, réalité et solutions. Pour cette édition, les organisateurs ont décidé de rendre hommage au défunt romancier Gamal Al-Ghitani. Un documentaire sur ce grand romancier, abordant les plus importantes étapes de sa vie ainsi que ses oeuvres, a été projeté durant l’inauguration.

Une rencontre de qualité

Jusque-là, rien de très particulier. Nous pourrions être au début de n’importe quelle rencontre ou quel colloque égyptien ou international. Seulement, dès le début des activités, on se rend bien compte, autant dans l’organisation des événements que dans l’ambiance générale que quelque chose de familier, de personnel et de sincère est présent dans l’air. Ce qui caractérise cet événement c’est que justement il ne ressemble pas aux rencontres culturelles élitistes auxquelles nous sommes habitués au Caire et qui se tiennent habituellement dans des salles climatisées à moitié vide. A Dendérah plus de 4 000 hommes et femmes, de différentes origines et différents niveaux culturels ont assisté aux événements organisés par le centre culturel. Quant aux enfants, ils étaient sur le devant de la scène, puisqu’en marge de la rencontre, tout un programme d’activités appelé Le Festival de lecture de Dendérah pour les enfants leur a été consacré. Cette sorte de festival off comprenait 13 ateliers consacrés à la lecture, au conte, au dessin et à la réalisation de petits films à partir de téléphones portables. Un atelier consacré aux enfants sourds-muets intitulé Comprends mon langage a même eu lieu. Ces ateliers ont été supervisés par le Centre culturel de Dendérah et les écoles de Dendérah en coopération avec le centre Rise de l’Université américaine du Caire, l’agence japonaise de coopération internationale Jica, l’Eglise évangélique, l’association Al-Mostaqbal pour les sourds, la faculté de pédagogie et de pédagogie spécialisée de l’Université du Sud de la Vallée, l’association Ana Masri, le Palais de la culture de Qéna et l’institution Tanwira, qui est une institution culturelle fondée par un groupe de jeunes qui luttent pour la diffusion de la culture et de l’art au Sud de l’Egypte.

Les arts du Sud représentés

L’art du Sud du pays était largement représenté pendant l’événement. Partant d’une volonté forte de sauvegarder les arts et l’artisanat de la région, le Centre culturel de Dendérah a organisé en marge de la rencontre l’exposition Dendérah pour la culture et le patrimoine, un spectacle d’équitation et plusieurs événements destinés à présenter l’art du Waw et du Nemnem qui sont des genres de poésie et de conte populaire, et ce, en plus d’une soirée poétique à laquelle ont assisté des poètes iraqiens. Ainsi a été le cas pour les 2 principaux colloques de la rencontre, un grand nombre de spectateurs a assisté à cette soirée.

Lors de cette rencontre culturelle, on voit très bien le travail de longue haleine qu’a fait le centre culturel qui est une institution non lucrative fondée en 1997, sous l’égide du ministère de la Solidarité sociale. Il semble d’ailleurs assez claire que les personnes qui ont fondé ce centre n’ont besoin ni de conseils ni d’informations sur comment diffuser la culture ou comment réunir un public. Le Centre culturel de Dendérah est l’exemple concret d’une association qui a réussi à améliorer le développement culturel de la société qui l’entoure et à réaliser des objectifs que des institutions gouvernementales possédant de grands budgets échouent malheureusement à réaliser.

Une réussite culturelle

A Dendérah, le niveau culturel du public est très élevé. Les échanges qui ont eu lieu pendant la rencontre reflètent une large connaissance de la part du public et une conscience des idées et des problématiques véhiculées par les oeuvres littéraires contemporaines. Sans oublier que le public s’exprimait dans un arabe classique éloquent, ce qui prouve bien que les habitants de la région ont reçu une éducation de qualité et qu’ils lisent beaucoup.

Durant les deux colloques organisés et baptisés La Lecture en Egypte, les opinions et les propositions étaient très variées, bien qu’étant en fin de compte complémentaires. Les plus importantes propositions portaient sur l’importance de développer les bibliothèques publiques, d’accorder une importance particulière aux bibliothèques dans les écoles et de généraliser la lecture électronique, tout en tentant de connaître les tendances des lecteurs qui peuvent différer selon les appartenances géographiques et sociales. Le public semblait s’intéresser aux différences entre la lecture traditionnelle et la lecture électronique. Il a également parlé de l’importance de lire avec conscience et avec une pensée critique, en plus de propager la culture de la tolérance et le rejet de la vengeance et de la diaspora. Ces paroles sonnent comme un appel à la tolérance à travers une lecture consciente. Un appel qui a été renforcé par la présence de représentants des Eglises orthodoxe, catholique et évangélique.

Le niveau culturel que l’on perçoit à Dendérah reflète bien le sérieux de l’organisation de l’événement, qui a notamment traduit toutes les idées proposées en plan de travail capable d’être exécuté.

Un événement pleinement réussi et très bien pensé. Tout comme le temple de Dendérah, qui s’impose majestueux comme s’il défiait le temps, la culture dans ces lieux semble être une chose spontanée qui existe de tout temps. Une chose aussi indispensable qu’accessible.

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