Mardi, 23 avril 2024
Al-Ahram Hebdo > Idées >

Repenser les frontières de la littérature

Amr Kamel Zoheiri, Lundi, 17 octobre 2016

Bob Dylan, le chanteur américain de 75 ans, vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Cette décision de l’Académie suédoise reconsidère les limites de la littérature.

Repenser les frontières de la littérature
icône de la chanson folk-rock américaine, Bob Dylan occupe une place centrale dans la culture musicale et poétique du siècle dernier

Chanteur, compositeur, et auteur américain, Bob Dylan, icône de la culture folk-rock amé­ricaine, a été choisi par le comité de l’Académie suédoise pour être le Nobel de littérature de cette année. Une première depuis la création de ce prix en 1901, qui n’avait jusque-là récompensé que des romanciers. Seulement, il semble que le comité de l’Acadé­mie suédoise ait décidé cette année de sortir de la norme en décernant le prix à une icône de la chanson folk-rock américaine.

Bien que cette décision ait d’abord surpris le public, on ne peut pas nier la place centrale qu’occupe Bob Dylan dans la culture musicale et poétique du siècle dernier. Le poète, auteur et interprète a toujours su exprimer les aléas de l’âme, tout en analy­sant et expliquant le monde à tra­vers le rapport entre soi-même et autrui. Grâce à sa compréhension du monde, son regard et son enga­gement humaniste et politique, Bob Dylan a marqué ses contem­porains et continue à toucher les nouvelles générations. La chanson de Dylan, Blowing in the Wind, est devenue depuis le début des années 1960 l’hymne pacifiste américain contre la guerre du Vietnam. Dylan, qui a inspiré toute la génération des beatniks de Woodstock, est l’une des figures les plus influentes de l’histoire musicale moderne. La reprise de sa chanson Knocking on Heaven’s Door par Eric Clapton, dans les années 1990, puis par le groupe phare « Guns n’roses », l’a rame­né une fois de plus sur le devant de la scène et l’a transformé défi­nitivement en icône inspiratrice.

Cependant, la vie de Dylan, né Robert Allen Zimmerman, n’a pas connu que de succès. Son premier album, reprenant son nom de scène « Bob Dylan », n’a pas été un grand succès et son premier recueil de poèmes, Tarantula, a connu le même sort. Il faudra attendre son deuxième livre, ses mémoires appelées Chroniques, pour que le public tombe amoureux de son écriture. Depuis, les lecteurs attendent le second tome. Mais cela est sans compter l’immense succès de Lyrics, l’édition qui renferme les paroles de ses chansons. Bien que l’oeuvre musicale et poétique de Dylan ait été reconnue tardivement, l’explosion de sa popularité ces trente dernières années est incontes­table et de nombreux prix en témoi­gnent, comme le Grammys Award, le prestigieux Hall of Fame Award, la médaille présidentielle de 2012 et aujourd’hui ce prix Nobel. Tous ces prix, si prestigieux soient-ils, ten­tent de rendre compte de l’immense talent et des différentes facettes de la musique de Dylan.

Un choix audacieux
La décision des jurés est un grand pas en avant dans la conception des limites entre la littérature et la musique. On peut aussi imaginer que le jury dans le contexte poli­tique actuel ait voulu rappeler le mouvement pacifique et de la lutte pour les droits civiques que repré­sente Dylan, qui a soutenu avec sa musique Martin Luther King, lors de ses allocutions houleuses. Primer Bob Dylan aujourd’hui signifie que l’on accorde à la chanson à textes, aux auteurs composteurs et à l’art poétique une entrée glorieuse et réussie dans le monde sacro-saint de la littérature. La notoriété de Bob Dylan est sans doute irréprochable, même si dans le genre, on pourrait proposer Leonard Cohen, Brassens, Ferrat, ou encore John Lennon, icône de la chanson à texte anglo­phone et moteur d’inspiration des Beatles.

La décision de l’Académie sué­doise de Nobel invite, d’ores et déjà, à repenser la musique, la culture, la poésie, les lettres et la littérature. Ce verdict est un nouveau repositionne­ment des frontières entre les arts et leurs différentes conceptions. Reste à savoir si cela est un retard à rattra­per, ou une évolution inévitable ? Dans le siècle qui est le nôtre, où les nouvelles technologies et les réseaux sociaux régissent notre façon de consommer l’art et la musique, une chose est certaine, c’est que le XXIe ne ressemblera en rien aux siècles précédents. Et le prix Nobel 2016 ouvre cette réflexion .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique