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Le fondamentalisme dans un cadre different

Mohamad Atef, Dimanche, 01 février 2015

Le fondamentalisme dans un cadre différent
Le film expose la réalité douloureuse des impacts du radicalisme religieux dans le monde d’aujourd’hui

Aucun film n’a suscité autant de polémiques au Festival de Louqsor. Ecrit et réalisé par Dietrich Bruggemann, Le Chemin de la Croix a participé à de nombreux festivals internationaux et a remporté plusieurs prix. En effet, son scénario audacieux et sa créativité esthétique en font une oeuvre qui mérite vraiment d’être vue. Le film raconte la souffrance de l’adolescente Maria qui a grandi au sein d’une famille catholique fanatique. Hors de sa maison et de l’église, Maria a du mal à s’intégrer à la société qui l’entoure. Sacrifiée au nom de la morale religieuse, sa vie connaît une fin absurde et tragique.

Bruggemann retrace les 14 étapes douloureuses du chemin de la Croix, décrite dans la tradition. Le chemin de Maria est donc divisé en 14 longues scènes sans aucune coupure. Grâce à un mouvement très simple de la caméra, ces scènes parviennent à emprisonner la jeune fille et sa famille dans un cadre unique qui fait écho à la monotonie de leur vie, dépourvue du moindre divertissement. Petit à petit, le spectateur se trouve lui aussi emprisonné dans ce cadre glaçant.

Maria a l’interdiction de fréquenter les jeunes garçons de son âge, de chanter ou d’écouter de la musique. Face à ces restrictions, Maria décide de se dévouer corps et âme à la religion et de devenir une sainte. Par ce sacrifice, elle espère guérir son frère muet. Elle se résigne à toutes les brimades de sa mère. Plongée dans la piété, elle cesse de s’alimenter, dans une indifférence totale de sa famille. Epuisée, elle s’effondre un jour à l’intérieur de l’église.

Le Chemin de la Croix expose la réalité douloureuse des impacts du radicalisme religieux dans le monde d’aujourd’hui. Il se déroule dans une ville allemande connue pour son niveau de vie élevé, sa liberté, sa tolérance religieuse et ses lois criminalisant l’extrémisme et le racisme. Cependant, au sein de cette même société, vivent des familles extrémistes qui obligent leurs filles à porter des vêtements longs et à ne pas parler aux garçons de leur âge. Les racines de l’extrémisme émanent ici de l’intérieur même de la famille et ne sont pas exclusivement les conséquences de conditions économiques, sociales ou politiques. De plus, ce film montre que le radicalisme n’est pas propre à un lieu, ou à une religion en particulier, mais relève plutôt d’une idéologie.

Ce film subtil échappe brillamment à tout discours moralisateur. Même s’il dénonce l’extrémisme religieux, il laisse au spectateur l’espace pour en débattre. Grâce à sa mise en scène économe et au jeu impressionnant des acteurs, le film parvient à susciter un dégoût profond chez le spectateur pour le radicalisme religieux. Le réalisateur a cependant laissé une fin ouverte, laissant un peu d’espace à l’espoir en mettant l’accent sur la sincérité et l’innocence de nombreuses personnes qui tombent, malgré elles, dans le fondamentalisme.

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