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Silence ! On fait semblant !

Yasser Moheb, Lundi, 19 janvier 2015

Le film américain La Pyramide, de Grégory Levasseur, met en scène un groupe d’archéologues découvrant une nouvelle tombe pharaonique dans le Sahara égyptien. Mais Anubis, le dieu de la mort, va s’en mêler. Résultat: Un long métrage fade et prétentieux.

Silence ! On fait semblant !
Rien de pharaonique, hormis le décor.

Si le thème de l’égyptologie et de ce qu’on appelle la malédiction des pharaons reste pour Hollywood un sujet attrayant, ayant donné nais­sance à un grand nombre de longs métrages ces 20 dernières années, The Pyramid ne compte pas parmi les plus réussis.

Ce premier film du réalisateur français Grégory Levasseur a été tourné entre Paris et le Sahara occi­dental en Egypte. Il peut être facile­ment classé comme film d’horreur et de suspense. On y suit une bande d’archéologues américains coincés dans une pyramide fraîchement découverte, annoncée selon le script comme la nouvelle pyramide d’Akhénaton.

Perdus dans un labyrinthe parsemé de pièges mortels, les protagonistes vont vite se retrouver traqués par des créatures au look oscillant entre dinosaures étiques et crawleurs dévorants. Ils découvrent à partir des gravures couvrant les murs intérieurs de la pyramide que c’est Anubis, dieu de la mort et fils d’Osiris, qui habite cette pyramide, attaquant tous visiteurs ou intrus. Selon la légende, Anubis doit peser le coeur et l’esprit des hommes avant de les transférer à l’au-delà.

A partir de ce concept toujours à la mode et riche de possibilités visuelles et narratives— celui de l’égyptologie encore et toujours mystique et emblématique, la trame se perd dans un film d’action, dénué de tout enjeu dramatique. Le résultat est un mixte entre Indiana Jones et La Momie, mais trop à la Tintin !

Une action tirée par les cheveux

Dès le début du film, le scénario expose hâtivement des dates et des informations dont la majorité s’avère tirée par les cheveux ou simplement inutiles du point de vue fictif. On voit juste au début du film une préci­sion du temps et de l’espace: on est en août 2013 en Egypte, avec quelques scènes montrant des mani­festants plein les rues, couvrant les rues du Caire et entravant le passage de la voiture du groupe d’archéolo­gues. Des scènes qui viennent comme un cheveu sur la soupe, sur­tout dans une fiction dont les événe­ments se déroulent de la première à la dernière minute dans le Sahara !

Les aventuriers entrent dans la pyramide après un bon quart d’heure de film marqué par des dialogues, des histoires pas intéressantes et quelques personnages présentés légèrement. Les archéologues se promènent dans des couloirs, cher­chent tous ensemble un robot-camé­ra perdu, puis tous les clichés s’ac­cumulent: disputes, personnages mégalos, etc.

La mise en scène de Grégory Levasseur est passable. Il s’amuse avec les décors, à travers des plans parfois bons et quelques séquences qui ont de l’allure. Mais pour l’es­sentiel, à savoir les scènes d’action et de traques, on le sent fictivement handicapé, incapable de faire naître de réelle tension et de se servir de ses acteurs pour transmettre quelque chose. La photographie est souvent sombre, souvent contrastée, notam­ment dans la seconde partie du film. De quoi donner une allure assez crédible au décor mais qui plonge dans le noir.

Le film s’avère faible. On part avec grande illusion et, au final, force est de constater que c’est bien décevant. Malgré la participation du producteur égyptien Mohamad Hefzi dans l’exécution de la produc­tion du film, au moins pour la partie tournée en Egypte, le film n’a aucune particularité égyptienne. Avec une bande musicale assez déviée, genre Mille et une nuits, et un acteur arabe pris pour jouer le rôle d’un policier égyptien, bien qu’il ne maîtrise pas l’accent égyp­tien, on se sent vite face à une oeuvre artificielle et prétentieuse.

La Pyramide n’est qu’un énième film qui cherche à prendre un teint assez mystique en se servant gratui­tement de l’ambiance pharaonique ; sa réalisation peine à concrétiser l’idée et le scénario manque de pro­fondeur .

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