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May Sélim, Mardi, 20 novembre 2012

Acheqine torabek (on adore votre terre), montée par le jeune metteur en scène Mohamad Al-Charqaoui, parodie les événements sociopolitiques pré et post-révolution. Un cabaret politique provocant

theatre
L’humour, le jeu et l’émotion des jeunes comédiens prennent le dessus. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

Mieux vaut rire que pleurer. C’est ce que réussit à faire un groupe de jeunes comédiens, qui donne sur les planches du théâtre de Salah Jahine la pièce de théâtre Acheqine torabek (on adore votre terre), et qui porte aussi un deuxième titre en anglais : I don’t understand (je ne comprends pas). Ecrite par Yasser Allam et mise en scène par Mohamad Al-Charqaoui, la pièce parodie la société égyptienne d’après la révolution et dénonce avec un sarcasme outré le régime au pouvoir et la présence des Frères musulmans sur la scène politique.
Après le barrage de la censure sur des scènes politiques ridiculisées et l’intransigeance des responsables du théâtre de l’Etat qui se méfiaient de la réaction du régime au pouvoir, la pièce a finalement vu le jour au début de ce mois. Le metteur en scène sous pression devait supprimer des scènes, changer les caractères des personnages afin de ne pas porter atteinte à une personne politique du régime ou à l’allure d’un islamiste. Mais Charqaoui a refusé cette intervention politique de la part de la censure. « Je défends mon spectacle et ma liberté d’expression », dit-il. Ayant recours aux médias et à la grève avec de jeunes artistes du théâtre de l’Etat, il a réussi à donner son spectacle sans aucune modification.
Dès le départ, un air fantaisiste est annoncé à travers le paradoxe des deux titres de la pièce. D’une part, il est question d’une confusion et d’un jeu de mots avec I don’t understand. D’autre part, il s’agit d’une expression sérieuse et dévouée par Acheqine torabek. Les deux titres ensemble sur les affiches appellent la curiosité du public. « La pièce s’adresse à tout public. Acheqine torabek est le titre original donné par le dramaturge. Mais voulant mieux attirer les jeunes et adopter leur langage familier et leur humour, j’ai attribué au spectacle ce deuxième titre en anglais », explique le metteur en scène.
Sur les planches, un groupe de jeunes vient déclarer leur envie de jouer et de créer un spectacle. Rapidement, ils se mettent dans la peau des personnages et jouent avec passion des scènes en dérision. Ils chantent et dansent aussi avec une grande émotion.
En fait, Charqaoui ridiculise tout et pousse le sarcasme à son paroxysme, créant ainsi son cabaret politique. Le jeu des comédiens exagéré, leurs effets humoristiques, leurs caractères burlesques sèment une parfaite ambiance de moquerie. Les éclats de rire du public sont souvent déclenchés. L’une des scènes hilarantes est celle du talk-show médiatique Al-Moamra (le complot). Une speakerine débile prétend son soutien à la révolution. Les invités dans son émission sont plutôt des personnages caricaturés : un poète de la Haute-Egypte qui récite ses poèmes à tout moment et un analyste politique qui parle en dansant et jouant avec des cymbales.
Ils convoquent Dieu
Les islamistes et leurs cheikhs qui lancent chaque jour des fatwas absurdes sont aussi ridiculisés sur scène. En djellabla blanche et barbus, ils sont réunis pour faire un choeur. Tantôt ils convoquent Dieu, tantôt ils déclarent leurs propos politiques banals. Ils reprennent tous les discours des cheikhs arriérés, qui ont soulevé des controverses, voire des crises dans la société ces jours-ci. On rit de leur expression répétitive, de leur attitude confuse et de leurs caractères comiques.
Les scènes se défilent avec rapidité. On passe du rire au sérieux et à la morale. Mais soudainement le metteur en scène lui-même vient interrompre l’enthousiasme des comédiens lorsqu’ils s’interrogent sur le sort de leur pays. « J’ai voulu créer chez le public un choc dramatique. Il ne s’agit pas de faire la morale en présentant des voix criardes qui déplorent l’état actuel du pays », explique Mohamad Al-Charqaoui. Ce va-et-vient entre le jeu sur scène et le réel crée une certaine familiarité entre le public et les comédiens.
On passe ensuite à trois scènes évoquant la situation des nouveaux comédiens au théâtre de l’Etat, le cauchemar d’un homme à propos de la crise de l’eau du Nil avec les pays africains et finalement les souhaits des jeunes pour le pays et la révolution. Des scènes qui ajoutent certaines longueurs à la pièce. Pourtant, le jeu maîtrisé des comédiens nous permet encore de les suivre avec intérêt .
Tous les soirs à 21h (relâche le mardi), dans la salle de Salah Jahine, près du théâtre Al-
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