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Eskenderella tourne la page

May Sélim, Lundi, 01 septembre 2014

La troupe Eskenderella sort son premier album. Les musiciens de la révolution signent Safha Guédida (nouvelle page), deux CD qui témoignent d’un tournant dans l’orientation du groupe. L’aspect critique demeure.

Eskenderella tourne la page

« Dédiés à la révolution, à ses martyrs, à ses blessés et à ses révolutionnaires qui insistent encore à réaliser leur rêve ». La dédicace inscrite de l’album Safha Guédida (une nouvelle page) fait peu de doute sur son contenu. La troupe Eskenderella sort son premier album qui vient couronner une dizaine d’années de travail.

Créée d’abord en 2000 par Hazem Chahine, la troupe cherche à ressusciter les chansons du cheikh Imam et de Sayed Darwich. Elle puise dans le patrimoine de ces pionniers et interprète des oeuvres proches du peuple. En 2005, après deux ans d’arrêt, la troupe annonce sa renaissance avec de nouveaux membres. Dans ses concerts, on retrouve les compositions de Darwich et d’Imam, aussi bien que les poèmes de Zein Al-Abedine Fouad, Salah Jahine ou Fouad Haddad.

Avec la révolution, la troupe commence à développer son propre répertoire grâce aux paroles de la famille Haddad. Les poèmes dialectaux du père, Amin, et de son fils, Ahmad, témoignent de changement de l’Egypte contemporaine et occupent la part de lion dans l’album. En pleine révolution, place Tahrir, des paroles et des chansons naissent. Finalement, cette nouvelle série de chansons du « groupe de la révolution » porte l’étiquette de Safha Guédida.

Yohka Anna (il était une fois) 1 et 2, écrites par Amin Haddad dénoncent franchement, avec un air humoristique, la corruption et le pillage qui ont longtemps duré en Egypte avant la révolution. La première chantée en choeur (groupant les voix des 13 membres) et la deuxième en solo (par Hazem Chahine) tracent le panorama de l’histoire de l’Egypte. Les autres chansons de l’album apportent des aspects sociopolitiques et d’autres images à cette histoire mouvementée.

La chanson-titre de l’album est particulièrement significative. Non seulement elle annonce un tournant dans la carrière de la troupe, mais elle aspire surtout à une nouvelle Egypte, celle d’après la révolution. « Que demain nous ouvre une nouvelle page, qui placera l’Egypte au sein d’une phrase … ». Des paroles poétiques signées Ahmad Haddad et chantées durant la révolution devant une foule compacte à Tahrir. Il était temps que la troupe retrouve sa propre identité. Le clip montre Chahine avec son luth en alternance avec des scènes de la rue égyptienne et d’autres de stars et d’activistes reprenant le refrain.

Raguéine (nous revenons) est écrite par Ahmad Haddad et composée par Hazem Chahine. Elle remonte à la révolution et reflète à merveille le rapport entre passé et présent. Ses paroles évoquent la gloire du passé que les jeunes tentent aujourd’hui de réhabiliter. La chanson, pleine d’enthousiasme, a été donnée place Tahrir par tous les membres de la troupe. Ses rythmes forts à intervalles mesurés traduisent un ton déterminé, une persistance.

Quatre chansons puisent dans les paroles du grand-père Fouad Haddad (1927-1985), maître de la poésie dialectale : Masr Gamila (l’Egypte est belle), Al-Watan Wahed (la patrie est unique), Hayou Ahl Al-Cham (saluez le peuple du Levant) et Al-Suez (Suez). Chahine fouille les textes de Fouad Haddad et compose de nouvelles chansons à dimensions arabe et nationale.

Les compositions de Chahine respectent les clés de la musique arabe: les taqassim et l’improvisation. Les 13 voix d’Eskenderella ne chantent ni tarab, ni ne nous transmettent un état d’extase. Elles cherchent plutôt à partager l’Etat d’âme de la rue égyptienne et de la vie quotidienne.

Dans Safha Guédida, toutes les chansons sont imprégnées d’une vision critique, d’humour et d’une dramatisation plaisante. A écouter.

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