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Echelle vers Damas, témoignage lyrique

Mohamad Atef, Lundi, 19 mai 2014

Tourné l'an dernier en Syrie, le dernier film de Mohammad Malas, Echelle vers Damas, est un document poignant sur la guerre.

Echelle vers Damas, témoignage lyrique
Ghalia, personnage principal du film.

Raressont les témoi­gnages cinématogra­phiques livrés par des créateurs arabes, offrant leurs visions sur les événements qui ont secoué la région. A part quelques oeuvres comme le film tunisien Manmoutech, de Nouri Bouzid, et le film égyptien de Yousri Nasrallah Après la bataille, le cinéma arabe ne possède pas de documents cinémato­graphiques profonds, intégrant une vision claire des bouleversements qui ont frappé cette partie du monde depuis 2010.

Le cinéaste syrien, Mohammad Malas, signe un nouveau chef-d’oeuvre, Sollam ila Demachq (une échelle vers Damas), qui couronne sa trilogie débutée avec Al-Leil (la nuit) en 1992, puis Bab Al-Maqam (passion) en 2005.

A travers une narration très poé­tique, Malas poursuit le traitement de sujets qui lui tiennent à coeur, comme il le fait depuis son premier long métrage Ahlam al-madina (les rêves de la ville), sorti en 1984.

Dans ce film, il disséquait les séquelles des multiples coups d’Etat qui s’étaient produits en Syrie depuis les années 1950, aboutissant sur une dictature qui a fini par étouffer les libertés. Malas a essayé, au fil de sa carrière, de dévoiler les différents aspects du régime totalitaire dont les prisons, la répression des femmes et la croissance du fondamentalisme religieux.

Echelle vers Damas, comme il est courant dans le cinéma de Malas, ne mise pas sur l’attribution de quelques beaux rôles qui se taillent la part du lion. Il ne fait non plus place ni aux préjugés, ni aux idées préétablies. Le réalisateur ne cherche guère à juger ses personnages, mais à condamner leur environnement politique, il n’en fait ni anges, ni démons.

Seules les « mères » incarnent, chez lui, une position de déesses, de miséricorde, de dévouement et de sacrifices sans limites. La mère est aussi une combattante, prête à mou­rir pour protéger ses enfants, même quand ils deviennent adultes et res­ponsables de leurs choix.

Introspection

Malas se remet en cause dans cha­cun de ses films, toujours en fonc­tion des conditions qui s’imposent. Ainsi, dans Echelle vers Damas, la mère est un peu à l’écart, son rôle se limite aux tentatives de protection ... Ceux qui prennent la relève, ceux qui sont aux premières lignes de la confrontation sont les jeunes du pays, lesquels multiplient les sacri­fices depuis le soulèvement.

Les lamentations de la mère, de retour de la prière du vendredi, reste­ront gravées dans la mémoire des spectateurs. Elle pleure la patrie détruite ; dans les rues, il n’y a que du sang. Bien que la scène soit longue et théâtrale, elle n’est pas sans refléter l’atrocité des massacres actuels. Les larmes de la mère sont plus expres­sives que n’importe quelle scène fil­mée en direct, montrant l’ampleur du désastre.

Le film, récemment projeté au ciné­ma Zawya au Caire, est le premier document cinématographique sur la révolution syrienne. Il est peut-être même l’un des plus importants témoi­gnages sur le Printemps arabe et la crise des jeunes dans l’impasse. Malas joue avec une grande finesse visuelle ... Les protagonistes frappent à toutes les portes, avec le désir d’avancer.

Acteurs peu mûrs

Malheureusement, le jeu des jeunes acteurs qui se partagent la vedette n’est pas à la hauteur de cette oeuvre importante. D’où des scènes parfois fades, comme la séquence où l’on voit l’un des jeunes surnommé « Cinéma » (campé par Belal Martini) pleurer sur la tombe du réa­lisateur Omar Amiralay.

Regarder seulement le dernier chef-d’oeuvre de Malas, c’est exacte­ment comme lire un seul poème tiré d’un recueil splendide. C’est cepen­dant une introduction fascinante pour tenter de percer son cinéma. Car son style et sa manière de voir y sont très présents, ne laissant rien au hasard.

Les habitués du cinéma de Malas savent parfaitement bien que la musique est presque absente de ses oeuvres. Par contre, dans ce dernier film, Malas a souvent recours à la musique pour ajouter un zeste de nostalgie aux aspects classiques des rues de Damas.

Le son de l’écoulement de l’eau, qui se répète à plusieurs reprises tout au long du film, que ce soit l’eau de la mer, des fontaines ou de l’évier, embrasse parfaitement la musique splendide de Charbel Al-Habr et Tawfiq Faroukh.

Dans la scène finale, les jeunes défient les bombardements. L’un d’eux attrape une échelle et monte sur le toit pour s’adresser à Dieu. Tous crient liberté sur un toit de Damas. Ils ne s’évaderont pas à la recherche d’une nouvelle patrie, quelles que soient leurs apparte­nances ou leurs sectes.

La génération que Malas filme montre une fois de plus qu’elle est capable de maintenir un équilibre et d’être le miroir de toute une société en transformation. Cette même géné­ration a déjà connu des défaites et des victoires. Elle a appris qu’après chaque trébuchement, il y a un nou­vel élan.

Un clin d’oeil à Mohammad Malas, Mohamad Khan, Nouri Bouzid et Daoud Abdel-Sayed, qui ont brisé le silence, loin de la cacophonie et de l’hystérie des créateurs-activistes qui ont le vent en poupe. Ces derniers ont quitté leur place derrière les caméras, préférant être au devant de la scène et sur les podiums des talk-shows .

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