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Une chorale qui a 25 ans

Loula Lahham, Lundi, 10 mars 2014

En chantant le patrimoine égyptien et arabe, la chorale de la Haute-Egypte a fait le bonheur d’une large audience, tout au long de ses 25 ans d’existence. Hommage à ces jeunes interprètes issus des tréfonds de la campagne égyptienne.

Une chorale

Pour son jubilé d’argent, la chorale de la Haute-Egypte anime un concert au lycée du Sacré-Coeur d’Héliopolis le 14 mars. Ses membres chanteront 16 oeuvres de son répertoire, offrant une variété de chansons des poètes et compositeurs Badie Khaïry, Sayed Darwich, Ahmad Fouad Negm, Cheikh Imam, les frères Rahbani, Ahmad Al-Haddad, Hazem Chahine et Sameh Hansar.

C’est ce qui a toujours caractérisé cette chorale depuis sa création en 1989: favoriser les oeuvres purement égyptiennes, à l’heure de la mondialisation. En plein milieu d’un trébuchement culturel, nous avons l’habitude de voir naître des groupes qui cherchent inlassablement une identité qui les distingue et qui les protège. De nouveaux modes d’expression artistiques voient le jour, puisant dans l’héritage populaire, proche ou lointain, pour apaiser les maux, chercher un confort ou aspirer à un avenir meilleur.

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Soeur Céleste Khayat, fondatrice de la chorale.

C’est ce qu’a fait l’Association de la Haute-Egypte pour l’éducation et le développement en créant officiellement la chorale de la Haute-Egypte, vers la fin des années 1980. Des filles et des garçons d’une école primaire ordinaire dans le village de Bayadiya dans le gouvernorat de+ Minya en Haute-Egypte (240 km au sud du Caire) et une animatrice d’activités musicales enthousiaste. Soeur Céleste Khayat, religieuse du Sacré-Coeur, choisit les membres de sa petite chorale pour chanter devant le directeur de l’école et le conseil des parents des élèves. « L’art est très important dans la vie des enfants. Il suffit de le découvrir et de le développer. C’est ce qu’on doit faire », dit-elle.

Cette religieuse porte en elle des espoirs gigantesques dépassant les frontières de son village.

Tout se poursuivait normalement et modestement à Bayadiya, mais le grand boum n’a pas tardé à venir : pour la première fois, un concert au Caire, et un succès foudroyant après avoir chanté, sans instruments, la séquence sur l’amour adaptée du Prophète de Khalil Jibran et interprétée autrefois par la diva Fayrouz.

En 1993, la chorale prend un nouveau tournant. Au lieu de se limiter à répéter les chansons des autres, elle présente des oeuvres qui lui sont propres. L’opérette Venons construire une maison est présentée, avec les paroles de Mohamad Nasser et la musique de Waguih Aziz. Elle part en tournée dans la majorité des villes d’Egypte, et l’identité de la chorale se forge avec des avancées sûres et confiantes. L’année suivante, l’opérette Cheval de bois voit le jour, et en 2002, Le Marché des contes est mise sur pied.

Sur l’invitation du ministère de la Culture et de l’Académie égyptienne des arts à Rome, la chorale présente en 2003 une soirée de chansons populaires. C’est la première tournée à l’étranger.

Quelle belle musique !

Une chorale3

Une étroite collaboration commence alors avec 3 générations de la famille Haddad: Fouad, Amin et Ahmad. L’Art à la portée de tous (2004) est une opérette écrite par le grand-père Fouad Haddad, célèbre poète du dialectal.

Ensuite, à la Bibliothèque d’Alexandrie, la chorale reçoit le Prix de la création artistique au nom du professeur Adel Abou-Zahra (1948-2003). La Bibliothèque d’Alexandrie avait, en effet, invité les ONG égyptiennes à participer à un concours. Et c’est la chorale de la Haute-Egypte qui en a décroché le prix en 2005. Abou-Zahra, ayant suivi de près le parcours de l’association, avait rédigé un article dans l’hebdomadaire de gauche Al-Ahali, décrivant les membres de la chorale. « Leurs visages sont colorés par un soleil fort têtu. Sérieux, respectueux et passionnés, ils ont des paroles qui s’infiltrent dans notre subconscient pour fouetter nos sentiments et nos pensées. Parfois, nous avons les larmes aux yeux, tellement nous sommes émus et parfois nous chantons de joie avec eux. Ils vont à l’école, partent de village en village et chantent pour les autres. Ils sont épuisés. Ils reçoivent nos applaudissements et nos acclamations. Qu’elle est belle leur musique ! ».

Les duos artistiques continuent. Et en 2007, la chorale présente un concert intitulé Mon pays est beau, avec la participation du poète Amin Haddad et des chanteurs Samia Jahine et Hazem Chahine.

Et avec l’arrivée des événements de la révolution du 25 janvier 2011, la chorale ralentit son rythme, même si elle participe aux activités de la manifestation Al-Fan Midane (l’art sur la place).

En 2012, les artistes en herbe décident de se lancer dans une production artistique propre à eux avec la présentation en 2012 du spectacle Venons construire notre pays.

Et en novembre 2013, la chorale fait sa deuxième tournée à l’étranger. Cette fois-ci en Allemagne, à la demande de plusieurs agences d’aide au développement. Elle présente 20 concerts dans différents centres culturels et écoles, avec le concours d’une chanteuse allemande.

Le répertoire s’enrichit au fil des années. Les enfants des villages voisins de Minya, tels Mallawi et Abou-Qorqas, sont attirés par cette chorale. Leur âge varie entre 9 et 21 ans et les filles sont majoritaires, même si ce n’est pas très conforme avec les traditions millénaires de cette région rurale. L’expansion se fait aussi sur le plan artistique avec la création de la fondation de la chorale qui regroupe aujourd’hui 3 centres, dont l’un est spécialisé dans la danse du bâton et la rythmique. Les enfants viennent pour y apprendre à jouer à divers instruments.

Le 14 mars au théâtre du Collège du Sacré-Coeur d’Héliopolis, à 17h30. Entrée libre.

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