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Le théâtre encore et en corps !

Houda Belabd, Lundi, 30 décembre 2013

En’corps, une compagnie de théâtre marocaine basée entre Rabat et Tanger, rend un hommage à l’art corporel. Elle sillonne le pays à la rencontre de son public.

En’corps
La compagnie concilie la danse et le théâtre.

Lorsque le metteur en scène maro­cain, Nabil El Mansouri et ses com­pères ont eu l’idée de lancer leur propre compagnie théâtrale, ils ne savaient pas que le destin allait leur sourire. Pourtant, c’est ce qui s’est passé, grâce à un public aussi généreux que grandissant. « S’exprimer à travers l’art corporel », tel est leur unique credo.

« Eduquer le jeune public est une priorité qui nous tient à coeur. Pour notre troupe d’ar­tistes provenant des quatre coins du Maroc, l’art corporel est un prétexte pour faire pas­ser des messages importants sans que la jeu­nesse marocaine ne puisse se rendre compte que nous faisons de la sensibilisation. L’objectif est de divertir cette tranche d’âge sans pour autant lui rappeler les discours moralisateurs académiques et leurs cours d’écoliers », explique Nabil El Mansouri.

Le public de cette compagnie est plus large qu’il ne puisse paraître. En’corps porte dans son coeur des thématiques qui ne connaissent pas d’âge, telle la tolérance de l’Autre, l’amour, le partage et la liberté.

« L’art corporel attire de plus en plus de personnes dans notre pays et nous en profi­tons ! Notre public ne fait que grandir ! Je crois que nous devrons penser à des mises en scène qui puissent concilier le citoyen maro­cain avec la politique, la nouvelle conjonc­ture socioculturelle, histoire de savoir, à titre d’exemple, la raison pour laquelle les Marocains boudent les urnes », s’interroge Nabil, non sans humour.

De plus, étant donné que les artistes de cette troupe proviennent de plusieurs villes marocaines, ils se débrouillent tant bien que mal pour abaisser les barrières linguistiques entre les différentes classes sociales du pays. « Nous vivons dans un pays qui n’a pas encore officialisé sa langue d’origine, à savoir l’amazigh. Si au Parlement marocain cette question sème encore la zizanie, nous préférons nous en moquer, majestueusement, en montrant que ce n’est pas le paramètre linguistique qui va nous souder. Nous, artistes d’En’corps, sommes originaires des deux camps et nous nous en fichons comme on ne peut pas imaginer. Nos pièces, présentées en français et arabe marocain, en témoignent. D’ailleurs, l’arabe marocain est un mélange d’arabe et d’amazigh », fait-il remarquer.

Et les chorégraphies dans tout cela ? L’appellation de la compagnie en est la meilleure preuve ! En’corps, comme son nom le suggère, est l’homophone grammatical d’encore. Les deux termes renvoient l’imagi­nation au corps en tant que matière et énergie et au temps (encore) dans sa continuité. Ce nom — peu ordinaire — signifie « danser encore et encore ». Car la compagnie En’corps concilie— avec brio — la danse, ce moyen d’expression corporel, vieux comme le monde et le théâtre, ce canal d’expression artistique qui transmet tant de messages et de valeurs, depuis la nuit des temps.

Tout cela est pour dire que la troupe mise sur l’énergie et le temps pour divertir la société marocaine et éduquer sa jeunesse.

Sur scène, des danseurs, acrobates, musi­ciens et poètes se confondent dans un même décor pour donner naissance à un tableau ordinaire qui s’assimile, peu ou proue, au vécu du citoyen lambda. Entre joies et peines, l’imagination du metteur en scène El Mansouri transporte le public qui daigne bien le suivre au gré de ses multiples déplace­ments. « Il est bien vrai que nous mélangeons les genres artistiques. Cependant, l’art — en tant que tel — reste toujours le point de liaison entre nous autres artistes et notre public », conclut-il.

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