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Le miroir et son reflet

Névine Lameï, Mardi, 17 décembre 2013

Nadine Hammam se prête à un jeu visuel qu'elle partage avec les visiteurs sur fond de couleurs criardes. L'artiste tente de briser les tabous sociaux, à la galerie Artalks.

Nadine Hammam
Amour et désir, l'un va sans l'autre ? Telle est la question.

Les fans de Nadine Hammam, jeune artiste égyptienne assez auda­cieuse, étaient dans l’at­tente de sa nouvelle exposition à la galerie Artalks. Néanmoins, cette fois-ci, l’artiste n’a pas manqué de choquer, avec un nouveau style tout en restant fidèle à son thème favori : le rapport homme/femme, abordé différemment.

Et pour déconstruire les tabous sociaux, Nadine Hammam a choisi comme titre Why (pourquoi ?). Elle propose alors sept peintures en acrylique, grand format, sur fonds monochromatiques frap­pants — rouge, rose, bleu, vert, orange. Ensuite, elle colle du verre cassé, comme dans un jeu de puzzle, formant à chaque fois un mot diffé­rent que nous vivons au quotidien. Des mots qui tissent des rapports humains et sensuels entre l’homme et la femme. A savoir Amour, Passion, Baisé, Désir … Au visiteur alors de s’installer, face à la toile, au même niveau que son regard, pour réagir aux bribes de verres-miroirs collées sur la toile. Celles-ci provo­quent multiples interrogations.

Nadine Hammam joue sur le cli­ché et le kitsch. « A la place de mes modèles (femmes et hommes), je convie les visiteurs à se prêter à ce jeu de miroirs et à être eux-mêmes les modèles de mes toiles. Ils doivent se livrer à un travail interactif qui n’est pas sans soulever des interro­gations », dit Nadine Hammam. Et d’ajouter : « A travers le miroir, le corps humain est toujours là. Chacun est libre de choisir de voir ce qu’il veut des êtres vêtus ou ceux qui sont en tenue légère, etc. ».

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Loin de tout soupçon d’érotisme, lequel peut lui attirer les foudres des uns, l’artiste n’épargne pas la provocation, comme l’indique la patronne de la galerie Artalks, Faten Moustapha : « Nadine Hammam a toujours bataillé pour que son tra­vail soit accepté dans les pays arabes. Elle s’attaque tout le temps aux tabous. Elle a par contre réussi une belle carrière en dehors de son pays natal, l’Egypte. J’ai consacré une salle entière à la vente de quelques toiles figuratives de nues, qui ont fait partie d’une série datant de 2012, sous le titre de Tank Girl. Celle-ci avait suscité une polé­mique, lors de son exposition au Caire ». La galeriste a fait place également à des échantillons de la toute nouvelle série, encore non achevée. Il s’agit de bustes féminins nus, aux lignes épurées et douces, incrustées de diamants Swarovski, à la couleur rose fuchsia. Du diamant sur acrylique. Mais aussi miroir cassé sur acrylique.

L’artiste poursuit son expérimen­tation. « Regarder dans le miroir c’est se dénuder, sans discrimina­tion », évoque Hammam qui change rarement de thème (rapport homme/femme), mais varie les techniques. D’ailleurs, c’est le hasard qui lui a donné l’idée de cette nouvelle exposition : « Une fois, à la maison, le miroir de ma coiffeuse s’est brisé. J’ai vu les morceaux de verres cas­sés par terre, cela m’a enchantée et m’a inspiré ma toile LOVE ». La technique utilisée cette fois-ci est celle du dripping (superpositions de plusieurs couleurs d’un même spectre) en tant qu’arrière-fond, ce qui rappelle le style de l’Américain Jackson Pollock, peintre expres­sionniste abstrait, mort accidentel­lement en 1956.

Jusqu’au 15 janvier, de 10h à 20h (sauf le vendredi). 8, rue Al-Kamel Mohamad, Zamalek. Tél. : 2736 3948

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