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Quand les réseaux sociaux envahissent aussi la télé

Lamiaa Alsadaty , Mercredi, 17 avril 2024

Entre un discours un peu trop moralisateur et un traitement réaliste reflet de l’évolution de la société, les réseaux sociaux ont constitué une source d’inspiration pour pas mal de séries pendant le dernier Ramadan. Pour le meilleur et pour le pire.

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Aala Nesbat Mochahada (le plus grand taux de vues).

L’arrivée des réseaux sociaux a bouleversé non seulement la vie des téléspectateurs, mais aussi celle des auteurs des fictions télévisées. Des comptes Facebook portant les noms de séries en diffusion ont été créés. Des shorts, des parodies, ou même des clips de chansons ont envahi Facebook, Instagram et Twitter … Et les téléspectateurs en profitent pour écrire leurs commentaires. En outre, pendant ce Ramadan, la grande saison des séries télévisées, pas mal de scénaristes se sont inspirés des réseaux sociaux. Toutefois, pas question de dire qu’il y avait une certaine répétition, puisque la façon dont les séries se sont appropriées le sujet des réseaux sociaux n’était pas la même. Il faut distinguer entre deux types de séries : celles où les réseaux sociaux constituent l’axe principal sur lequel s’appuie l’intrigue, c’est le cas par exemple de Aala Nesbat Mochahada (le plus grand taux de vues) et Atabat Al-Bahga (les seuils de la joie) et celles où les réseaux sociaux ont fait partie comme dans Massar Igbari (voie obligatoire).

Signée par Samar Tahir et réalisée par Yasmine Ahmad Kamel, Aala Nesbat Mochahada est une série dont l’intrigue s’appuie essentiellement sur le TikTok. En s’inspirant d’histoires réelles, la série relate l’histoire d’une famille qui baigne dans la pauvreté et dont les filles, Chaïmaa, jouée par Salma Abou-Deif, et Nesma, incarnée par Laïla Zaher, se trouvent impliquées à cause du TikTok dans de douteuses affaires. En 15 épisodes, la série a abordé le succès grandissant de Chaïmaa qui a pu atteindre une grande renommée via ses vidéos, dépassant celles postées par sa soeur. Leurs parents n’hésitent pas à faire des sacrifices pour le bien de leurs enfants.

Modeste et conservatrice, la famille se trouve scandalisée quand elle regarde sa fille danser dans une vidéo diffusée sur TikTok. Le dernier épisode clôt la série sur Chaïmaa derrière les barreaux après avoir été exploitée par son propre mari qui l’a poussée à commettre des actes obscènes sur TikTok.

Cette série a envahi par excellence les réseaux sociaux, avec notamment des milliers de likes, de followers et quelques réactions de tiktokers qui l’accusent de leur avoir porté atteinte. Est-ce la dose du réalisme qui a fait que cette série cartonne ? « Absolument. Aala Nesbat Mochahada est un reflet du réel. La série a réussi à transmettre l’image des classes les plus démunies et comment elles pourraient commettre des fautes flagrantes en utilisant la technologie, succombant à la tentation de l’argent. La rue égyptienne a été très bien exprimée via l’image, le vocabulaire et l’interprétation des héros. Bref, tout a été bien investi en faveur de l’évolution dramaturgique », explique le critique Khaled Mahmoud. Un avis auquel s’oppose le critique Ramy Abdel-Raziq qui conçoit que le discours était direct et trop moralisateur, ce qui nuit au drame. « Comme tout médium, les réseaux sociaux ont un côté positif et un côté négatif. Or, diaboliser ce médium est en soi une exagération et une supériorité morale. Ce parti pris est naïf et loin d’être réaliste. Dans Aala Nesbat Mochahada, on peut simplement remplacer le thème des réseaux sociaux par les boîtes de nuit, puisque le message est essentiellement basé sur le rapport entre la pauvreté et les concessions d’ordre moral. Un sujet qui a été abordé à maintes reprises dans le cinéma des années 1940. Dans cette série, un certain équilibre aurait pu être fait en abordant également le rapport entre les classes les plus aisées et les réseaux sociaux. Mais malheureusement, le personnage de Camélia, une femme d’affaires qui a recours aux réseaux sociaux pour commercialiser sa maison de haute couture, a été marginalisé. Dans le dernier épisode, l’exagération a atteint son apogée avec la scène de l’audience : les personnages principaux se réunissent pour donner des leçons de morale et mettre en cause les réseaux sociaux. Toutefois, c’est la pauvreté qu’on devrait mettre en cause et non pas les réseaux sociaux », précise Ramy Abdel-Raziq.

Le critique Mahmoud Abdel-Chakour partage l’avis selon lequel Aala Nesbat Mochahada est munie d’une certaine dose de prédication et la fin n’était pas à la hauteur des attentes. « Mais ceci n’empêche que le sujet était bien traité », souligne-t-il. Et d’ajouter : « Dès le début, c’était indiqué que le récit est inspiré de faits réels, et dès le premier épisode, c’est la tragédie qui a été mise en lumière. C’est un choix dramatique à respecter. D’ailleurs, il faut saluer cette aptitude à bien dessiner les personnages, notamment ceux de Chaïmaa et de Nesma. Par contre, ce n’est pas du tout le cas dans la série Atabat Al-Bahga ».


Massar Igbari (voie obligatoire).

A l’origine, la question de la manipulation

Basée sur un roman d’Ibrahim Abdel-Méguid, la série Atabat Al-Bahga (les seuils de la joie) est réalisée par Magdi Abou-Emeira et adaptée en scénario par Medhat Al-Adl. Elle expose le personnage d’un sous-secrétaire du ministère de l’Industrie, maintenant à la retraite, qui se trouve impliqué dans des situations comiques avec ses petits-enfants totalement pris par les réseaux sociaux. En vue de véhiculer ses valeurs aux jeunes générations, il devient un célèbre « influenceur ». « Le traitement est superficiel. A l’encontre de l’oeuvre d’Ibrahim Abdel-Méguid, qui porte bien son nom, les personnages de cette série sont totalement loin de tout aspect de joie. Le roman est blindé de détails et de perspectives philosophiques qui ont été malheureusement négligés dans la série », poursuit Abdel-Chakour.

A cet égard, il faut rappeler que Facebook, Twitter ou encore Instagram ont surtout changé l’expérience des séries : aujourd’hui, les gens regardent une série et ils n’hésitent pas à partager leur expérience sur les réseaux sociaux où l’on parle de la série dans son intégralité ou de scènes bien déterminées. « Et c’est justement le fait que les réseaux sociaux ont totalement abandonné Atabat Al-Bahga qui prouve que le scénario n’était pas bien élaboré », affirme Ramy Abdel-Raziq.

Toutefois, la série Massar Igbari (voie obligatoire) de Nadine Khan, écrite par Baher Doweidar et dont le scénario est élaboré par Amin Gamal, a fait l’unanimité des trois critiques du point de vue de l’exploitation des réseaux sociaux au cours de l’intrigue. Il s’agit de Ali (incarné par Essam Omar) qui découvre qu’il a un demi-frère, Hussein (joué par Ahmad Dach). C’est la première surprise que le père, Omar Prince (Mahmoud Al-Bezawi), dévoile, mais ce n’est pas la seule. Ses fils apprennent après sa disparition qu’il était un malfaiteur. Travaillant dans le service de médecine légale, il a commis quelques infractions. Regrettant ses actes, une fois hospitalisé, il décide de se rendre au bureau du procureur afin de témoigner et prouver l’innocence d’un homme condamné injustement à mort. Là, il se fait tuer, laissant à ses enfants un lourd héritage et une suite de secrets, alors qu’ils essayent de s’en sortir avec le moins de dégâts possible.

Alors que Ali et Hussein tentent de résoudre le mystère et de chercher des preuves prouvant l’innocence de l’accusé, chacun découvre l’importance de l’autre dans sa vie et commence une relation de fraternité qui, malgré son émergence de nulle part, est réelle dans tous ses détails.

Les réseaux sociaux sont investis dans l’intrigue pour montrer comment ils jouent un rôle indéniable quant à la manipulation de l’opinion publique. Les facebookers ont souvent réagi en direct, commentant les événements de telle ou telle série, parfois même ils tentaient d’imaginer la suite ou rejetaient la façon dont les sujets sont traités.

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