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Quand le métal se met à parler

Névine Lameï, Mardi, 10 décembre 2013

La galerie Zamalek rend hommage à Gamal Al-Séguini, l’un des maîtres de la sculpture égyptienne. Ses panneaux de cuivre martelé reflètent un aspect de l’artiste souvent négligé.

Galerie Zamalek

La Guerre et la paix
La Guerre et la paix.

Son art riche de matière et d’ac­tualité convient parfaitement à la boîte de Pandore qui ne cesse de faire sortir les trésors des profon­deurs. La galerie Zamalek expose pour la première fois une série d’oeuvres inédites, de panneaux en cuivre martelé accompagnés de monnaies et de médaillons mémo­riels, signés par un des « génies » de la sculpture égyptienne, Gamal Al-Séguini (1917-1977).

Une série « avant-gardiste » qui puise son inspiration dans l’âme égyptienne, abordant des questions humaines, nationales et sociales.

Témoin de son époque et fidèle à son temps, chaque panneau de cuivre, à la fois émotionnel et nos­talgique, signé Séguini est accompagné d’un titre qui décrit un fait survenu au temps de l’artiste et que son fils, Magd Al-Séguini, également artiste et pédagogue, a aimé le partager à ce moment de l’histoire de l’Egypte.

« L’art de mon père sert à immortaliser des événements et des gens. Ses oeuvres ne sont pas fortuites mais liées de manière intrinsèque à l’histoire de l’Egypte. C’est un témoin des changements sociopoli­tiques du pays, capable d’ex­horter le récepteur à ramener le passé au présent dans lequel le génie de mon père demeure et agit encore ».

Il définit son père comme le « plus grand sculpteur post-révolutionnaire dans une Egypte en pleine effervescence au temps de Nasser. Au temps du zaïm, le sculpteur de l’élan national, Séguini, fils d’Al-Gamaliya, raflera entre 1953 et 1967 à peu près tous les prix et récompenses attribués en Egypte, résultant de sa position de sculpteur officiel ».

D’ailleurs, c’est cette période qui est la plus marquante de l’exposi­tion avec notamment un bon nombre de médaillons mémoriels comme ceux créés à l’occasion de la Fête de la science (1956-1962), pour le Prix de l’estime de l’Etat, la Journée de l’armée, le Haut-Barrage (1960) ...

Parmi ses chefs-d’oeuvre La Guerre et la paix (1958), représen­tant un rameau d’olivier infini, capable de soutenir d’innombrables colombes et d’enchaîner la guerre, incarnée par un monstre entouré de bombes, de fusils et de morts.

L’Arbre du destin (1962), un pay­san semble capable de briser le dra­peau britannique du « colonia­lisme », monté de branches incrus­tées de l’étoile de David et d’un démon portant sur sa tête une église et une mosquée. « Symboles, écri­tures arabes distinctives et motifs à saveur égyptienne donnent à l’art de mon père poétisme et sensa­tions ».

Sculpteur de la révolution

« Sculpteur de la révolution » et « sculpteur révolutionnaire », Séguini ne tarde pas, suite à la défaite de 1967, à se montrer un dégoût plus lugubre, moins majes­tueux. Son oeuvre La Mort et la vie (1967) incarnée par Isis, la reine de l’Egypte, est divisée en deux par­ties. Du côté droit, apparaissent une colombe, une étoile, un bébé ... signes d’espoir. Du côté gauche sortent une araignée, un squelette de poisson, un crâne, un hibou, un fantôme ... signes de corruption, d’horreur, de perte et de destruction.

A travers Al-Wassiya (le legs), l’artiste montre à quel point il tenait aux pays des pha­raons. Cette oeuvre est son tes­tament : un sarcophage martelé et entouré du coeur de Séguini, du portrait de son épouse, de sa palette, de sa pipe et de colombes. Sur son sarcophage est écrit : « Je suis Séguini. Fils d’Abdel-Wéhab Al-Séguini. Né le 7 janvier 1977. A vécu pour sa société. Ennemi de l’exploi­tation et de l’esclavage. Champion de la liberté et de la paix ». Signé G.S. (Gamal Al-Séguini) .

Jusqu’au 12 décembre, de 10h à 21h, sauf le vendredi. 11, rue Brézil, Zamalek

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