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Le Petit Prince retrouvé

May Sélim, Mercredi, 20 mars 2024

Dans son exposition Sur les traces du Petit Prince, l’artiste visuel français Léon Dubois fouille les sources qui ont inspiré Antoine de Saint-Exupéry pour écrire son chef-d’oeuvre. Une recherche photographique au croisement des territoires, des imaginaires, des archives et de la création contemporaine.

Le Petit Prince retrouvé
Un récit, des archives et des photos nous font partager l’aventure d’antan de Saint-Exupéry.

A l’entrée de la salle de réception de l’Institut Français d’Egypte (IFE) de Mounira, une installation de cyanotypes traduit les mots-clés du texte Le Petit Prince (1943), écrit par Antoine de Saint-Exupéry. Ce sont des images réalisées par des élèves de certaines écoles francophones en Egypte. Ces cyanotypes introduisent l’exposition Sur les traces du Petit Prince, où l’artiste visuel français Léon Dubois fouille les sources d’inspiration d’Antoine de Saint-Exupéry pour écrire Le Petit Prince. L’exposition fait partie du programme de célébration du mois de la Francophonie organisé par l’IFE.

Cette exposition offre au public le travail d’archives effectué par l’artiste et sa propre lecture des anciens événements qui ont donné naissance à l’écriture du Petit Prince. « Cette exposition est l’étape cairote d’un projet international sur les traces d’Antoine de Saint-Exupéry. Depuis deux ans, je me rends dans l’ensemble des villes où est passé l’auteur-aviateur et je cherche à comprendre les mécanismes qui mènent au succès de son oeuvre phare : Le Petit Prince. Dans chaque ville, dont Le Caire, et Alexandrie en 2023, je recherche les archives en lien avec son passage, ainsi que les traces laissées dans les mémoires et souvenirs des habitants. L’idée a émergé à Alexandrie en 2020 lorsque j’ai retrouvé une photographie de Saint-Exupéry donnant une conférence de presse sur un paquebot alexandrin de la compagnie Misr, le Kawsar, qui assurait les liaisons Alexandrie-Marseille en 1936. L’avion de Saint-Exupéry venait de s’écraser en Egypte et il faisait les gros titres de la presse francophone. C’est ce lien entre Alexandrie, le Petit Prince et l’auteur qui m’a intrigué et qui a posé les fondements d’un projet de recherche photographique au croisement des territoires, des imaginaires autant que des archives et de la création contemporaine », explique Léon Dubois.

L’artiste résume alors, dans son récit, le voyage de l’auteur-aviateur Saint-Exupéry en Egypte en décembre 1935 et révèle la chute de son avion dans le désert, sa rencontre avec les bédouins, la conférence de presse après le sauvetage et ses premiers textes autour de cet accident.

Il raconte alors l’histoire et y ajoute des photos du réel captées en Egypte, en France, aux Etats-Unis, au Maroc … Le récit, les photos, les archives et leurs dispositions nous permettent de vivre avec Saint-Exupéry son vol aventure en avion et ses découvertes dans le désert d’Egypte.

Les symboles du réel

Dans ce contexte, les photos cadrées sous verre et en noir et blanc de Dubois sont souvent symboliques et font allusion à la création et à l’aventure de Saint-Exupéry. Mais aussi elles incitent l’imaginaire du public et restent valables à différentes interprétations. Une série de photos qui peut continuer à l’infini.

Dans la rencontre de Saint-Exupéry et du Petit Prince, Dubois capte une scène de collines de sable. Entre ces collines qui sombrent dans le noir, une ligne très fine de lumière apparaît. La photo suggère une rencontre imaginaire entre Saint-Exupéry et son personnage favori : le Petit Prince. Une inspiration magique où l’auteur retrouve ou plutôt reconnaît sa nouvelle création.

Mirage 1, l’espoir d’un puits reflète une scène de rue d’Alexandrie où un tissu de khayamiya couvre l’entrée d’un immeuble. Est-ce un issu caché ? Est-ce le mirage de retrouver un puits qui peut sauver l’aviateur assoiffé dans le désert après la chute de son avion ?

Deux marcheurs et deux moutons dévoile les pieds de deux jeunes piétons sur les roches à Alexandrie. Ces pieds et les petits symboles gravés sur les roches nous rappellent l’errance de Saint-Exupéry et son compagnon dans le désert. « Les photographies en noir et blanc sont, en effet, réalisées en argentique, à la main. Je recherche ce rapport plastique à l’image et la temporalité longue de l’argentique correspond bien à ma façon de travailler sur plusieurs années. Elles constituent pour moi une recherche photographique qui s’attache à poser un regard contemporain sur Le Petit Prince. Je ne cherche pas à faire une énième re-illustration du Petit Prince, mais bien à créer une interprétation photographique contemporaine : quel écho trouve l’oeuvre aujourd’hui dans les territoires traversés par l’auteur hier ? Comment la photographie peut-elle nous amener à poser un regard différent sur l’oeuvre et notre rapport à celle-ci ? Il s’agit pour moi de présenter des photographies qui questionnent le visiteur et son lien à l’oeuvre de Saint-Exupéry », souligne Dubois.


Mirage 1, l’espoir d’un puits.

L’empreinte des jeunes élèves

Les cyanotypes réalisés par les élèves d’écoles francophones ajoutent à l’exposition un air de fraîcheur. Il s’agit d’un atelier de travail animé par l’artiste avec des élèves alexandrins et cairotes, ainsi que les étudiants du Département de l’Enseignement de l’Arabe Contemporain de l’IFE (DEAC). « Le cyanotype est une technique photographique du XIXe siècle qui se rapproche de ma pratique de la photographie argentique, c’est-à-dire que l’image devient un objet palpable, un objet concret. Cette technique bénéficie d’une mise en oeuvre plus accessible que l’argentique, et plus flexible ... elle permet à l’élève de s’exprimer au travers du dessin, du texte, d’une photographie ou d’un mélange des trois. Cela m’intéresse pour la collecte des mémoires : chaque élève a enquêté autour de lui et propose son propre regard, sa vision de l’oeuvre au prisme de son expérience vécue, dans un cyanotype », déclare l’artiste français.

Après un coup d’envoi à Alexandrie, le projet a déjà voyagé pendant l’été dans trois provinces du Canada et dans une dizaine de villes de France. Après Le Caire, il continue sa route en France avec une grande exposition à Marseille du 18 mai au 22 septembre (Musée d’histoire de Marseille), puis dans la Creuse, la région Centre et à Poitiers. En novembre 2024, l’Institut Français d’Alger accueillera l’artiste pour une résidence de recherche-création à ce sujet. Ensuite, le projet continuera au Maroc, en Tunisie, en Argentine … jusqu’en 2026 !

Jusqu’au 29 mars, à l’Institut français d’Egypte (Mounira), 1, rue Madrasset Al-Hoqouq Al-Frinsiya, Mounira.

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