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Mohamed Sarghini, maître des couleurs

Houda Belabd, Mardi, 12 novembre 2013

Pour rendre hommage à l'artiste marocain Mohamed Sarghini, disparu en 1991, une exposition retrace son parcours hors pair, à Rabat. Une centaine de tableaux, aux couleurs de la nature.

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Le souk, paysage du pays.

Certains artistes peintres survivent grâce à leurs oeuvres jusqu’à après leur mort. Parmi eux, il y a lieu de nommer Mohamed Sarghini, un artiste marocain décédé en 1991. A la Villa des arts de Rabat, une centaine de tableaux signés par le défunt artiste-enseignant attirent l’attention des visiteurs.

Né en 1923 à Larache, Mohamed Sarghini voyait, depuis sa tendre enfance, les couleurs dans toute leur splendeur. La cause ? Sa ville natale est une belle palette de couleurs vives, multicolores et guillerettes. Par-ci les bonnes vieilles maisons bleues, par-là les liliacées violettes, cramoisies, ou d’un vieux rose rappelant vaguement l’heure du coucher du soleil. La ville regorge également d’ar­brisseaux vert bouteille, vert glacé et vert pomme. Le gazon, lui, y pousse partout. De ce fait, Sarghini ne pouvait pas ignorer l’omniprésence des couleurs dans sa vie. Enfant, il vouait un amour sans pareil au dessin, à la peinture et à la sculpture. Il dessinait, bien évidemment, la beauté des ruelles de sa ville fétiche. Et quand il sculptait des corps humains, son imagination ne le menait pas plus loin que la pudeur des Marocaines du Nord, vêtues de djellabas et de haïks. Adolescent, il a décidé de poursuivre ses études en beaux-arts. Le baccalauréat en poche, il s’inscrit à l’Ecole artistique San Fernando de Madrid. Celui qui s’exprimait couramment dans la langue de Cervantès aimait également la beauté de l’Andalousie de ses aïeux. D’ailleurs, un grand nombre de ses tableaux témoignent de cette inclina­tion. En 1941, il expose pour la première fois dans sa vie. Nul besoin n’est de préciser qu’il a préféré le faire à Larache, son premier amour.

Les années 1950, elles, ne pouvaient qu’affirmer le talent de cet homme hors pair. En 1950, il obtient son diplôme de dessin et de sculpture. En 1956, Sarghini est nommé, au grand bonheur de ses admi­rateurs, directeur de l’Ecole nationale des arts et métiers artistiques de la ville de Tétouan (au nord du Maroc). Une année plus tard, il devient le direc­teur de l’Ecole nationale des beaux-arts de la même ville et il l’est resté jusqu’en 1987. Soit quatre ans avant sa mort. Indéniablement, ce « maître des couleurs » a daigné former deux générations de peintres et de sculpteurs du Maroc contemporain.

« Nous le chérissions tant. Il parlait des aqua­relles, des gouaches ou de l’art en général comme il le faisait pour désigner des membres de sa famille. Il commençait la quasi-totalité de ses phrases par : artistiquement parlant. C’était un maître des couleurs, comme on n’en fait plus », témoigne Dalal Belmaalem, une ancienne élève de feu Mohamed Sarghini. « Ce n’est pas pour rien que le roi Mohamed V l’a nommé pour le poste du premier Marocain directeur d’une école nationale des beaux-arts. Avant, ce poste était l’apanage des artistes français et espagnols », ajoute-t-elle.

Une oeuvre immortelle …

Pour beaucoup de connaisseurs, qu’ils soient des Marocains ou des étrangers, l’oeuvre de cet artiste est l’exemple éloquent de la modestie, de l’abnéga­tion et de la générosité. Mohamed Sarghini a réussi, avec brio, à transmettre son savoir-faire et a pu déceler des milliers de jeunes talents, non sans les encourager à percer dans le monde artistique.

Son exposition, qui se poursuit jusqu’au 10 décembre prochain à la Villa des arts de Rabat, illustre la vision du pays pour la promotion de la culture nationale. De même, il y a quelques mois de cela, le ministère marocain de la Culture a procédé à l’édition d’un ouvrage qui porte sur une grande partie de ses travaux. De quoi léguer aux généra­tions futures une rétrospective sur le travail de l’artiste-humain.

Du 8 novembre au 10 décembre à la Villa des arts de Rabat, Maroc.

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