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Al-Qachach : tous les chemins mènent au cliché

Yasser Moheb, Lundi, 28 octobre 2013

Al-Qachach, le nouveau film d’Ismaïl Farouq, n’offre qu’une énième histoire d’héroïsme populaire et mélodramatique. Le film lasse par sa fin plus qu’attendue et un scénario sans intérêt. Il est sauvé par la mise en scène, les cadrages et la musique. Les deux héros, bien que stéréotypés, sont interprétés avec la fraîcheur des jeunes premiers.

Al-Qachach
Hourriya Farghali et Mohamad Farrag, des interprètes qui collent parfaitement à leurs personnages.

Simpliste, poncif mais frais. Voilà ce qu’on peut dire du film Al-Qachach (le ravageur). Sans trop en dévoiler la teneur, on prend les mêmes — ou presque — et on recommence. C’est l’histoire du jeune Sayed, surnommé Al-Qachach, un garçon orphelin qui tombe amoureux de la fille de la femme qui l’a élevé. Mais suite à une accu­sation injuste dans un crime, il va vivre plusieurs aventures durant lesquelles il fait la connais­sance de Zahra — interprétée par Hourriya Farghali (qui joue une jeune danseuse orientale dans al-mouled) avec qui il partage ses déboires avec la police.

Côté trame, rien de neuf. Un super-héros, une série de poursuites, trois tableaux de chant et de danse populaires et un mélodrame qui va et vient selon les scènes. Le scénario explore un terrain connu : comment un per­sonnage modeste et déprimé se trouve du jour au lendemain proie à une corruption gigan­tesque, face à laquelle il se sert vainement de ses valeurs et d’une histoire d’amour pour se fortifier.

Bien qu’il ne fasse pas comparer les oeuvres artistiques entre elles, lorsqu’on dit terrain connu, on dit comparaison. On trouve dans ce film des références à beaucoup d’autres, pareils sur le plan de l’histoire ou du style dramatique, depuis les oeuvres jouées par Farid Chawqi jusqu’à la récente trilogie controversée de Mohamad Ramadan. Emprunts ou ressemblances assumés : rien de nouveau, ni de surprenant.

En revanche, le traitement s’avère parfois novateur grâce à une mise en scène esthé­tique qui multiplie les effets et recherche un certain style, au point qu’il devient dans cer­taines scènes trop plastique. Des accessoires extra-colorés, des décors surfaits donnant le goût plutôt d’un vidéoclip, ainsi que de beaux visages féminins avec une prononciation pleine de finesse : voilà qui est peu crédible avec le monde des bidonvilles et du mouled.

Hybride

Sur le plan du genre, le film reste un mélange : décalé, voire dérangé. Débutant telle une comé­die romantique, le film se jette tout d’un coup dans le plat du suspense, oscillant alors entre le road movie et le thriller, pour se terminer dans un mélodrame outré. Il essaie de toucher toujours sa cible : on rigole, on retient son souffle dans les poursuites, on exprime une certaine sympathie à l’égard du héros, devenu un Tarzan malgré lui. Et on se sent parfois touché par le spleen régnant dans quelques scènes, mais on se demande à la fin si les intentions sont claires.

Le film se regarde donc comme une sorte d’un hybride peu attrayant entre le cinéma populaire et l’arme de propagande. C’est que le réalisateur Ismaïl Farouq lui-même l’a déclaré : « J’ai tâché de montrer l’Egypte au monde dans la plus belle image possible, ou aussi bien tant que pos­sible ».

La seconde partie du film abonde de scènes hyper-directes et stylisées qui nous laissent face à des clips de propagande et de promotion tou­ristique, dont la majorité arrive comme un che­veu dans la soupe. Surtout les scènes où les caméras exposent le Temple de Philae à Assouan et où la musique change de style, subitement, pour jouer la grandiose pièce Carmina Burana de l’Allemand Carl Orff.

Ici, la beauté naturelle n’est pas forcément synonyme d’un paradis perdu, mais plutôt de nature impitoyable. La déception étendue est illustrée par le quotidien, certes esthétiquement intéressant, mais infructueux, de ces gens qui n’attendent plus rien de la vie. Les images inté­rieures, comme extérieures, témoignent d’un souci esthétique particulier qui rend toute cette mélancolie moins poignante. La belle nature — dans certaines scènes — est montrée comme une prison, surprenante de l’extérieur mais étouffante à l’intérieur.

Des acteurs convaincants

C’est hors du scénario, en fait, qu’il faut cher­cher les qualités d’Al-Qachach : au niveau de la mise en scène, des cadrages et de la photogra­phie, soignés et professionnels. Ainsi que de la bande musicale signée Moustapha Al-Halawani, dont le choix des mélodies et des instruments est à souligner. Pour le reste, la qualité du film oscille en fonction du talent des acteurs convain­cants en grosso modo, mais malheureusement, peu aidés par des dialogues pas toujours malins. Même si les personnages s’avèrent assez carica­turaux, avec un over-acting très clair, les inter­prètes collent parfaitement à leurs personnages, surtout les deux protagonistes principaux, Mohamad Farrag et Hourriya Farghali. Le pre­mier reste le grand gagnant de cette expérience qui le place sur la voie des jeunes premiers. Quant à la seconde, elle trouve l’occasion de prouver une fois de plus son talent de comé­dienne prometteuse, en progrès continuel.

A saluer également : l’apparition du comédien Hassan Hosni dans le rôle du père extrémiste, pour la première fois loin de son style comique habituel, tout comme la fraîcheur qu’offrent certaines apparitions des jeunes dans le film, à travers des caractères bien campés par Mohamad Soliman, Mohsen Mansour, Héba Magdi, Hanane Motawie, Marwa Abdel-Moneim, ainsi que la participation de Dalal Abdel-Aziz.

Pour conclure, Al-Qachach reste un film d’une certaine beauté mélancolique qui pourra en char­mer d’aucuns malgré son pessimisme. L’ensemble est intéressant, mais la résolution de l’intrigue est tellement déjà vue que ça laisse un goût amer, plastique, mélodramatique, qu’on finit par en avoir assez.

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