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Les femmes artistes occupent le centre-ville du Caire

May Sélim, Samedi, 21 octobre 2023

Lancée le 12 octobre, la 11e édition du Festival du centre-ville pour les arts contemporains (D-CAF) se tient jusqu’au 5 novembre au Centre du Caire. Une édition féminine par excellence.

Les femmes artistes occupent le centre-ville du Caire
Celle qui habitait la maison avant moi. (Photo : Mostafa Abdel-Aty)

Ce sont des femmes venues d’Egypte, de Suisse, du Maroc, du Pakistan, de Syrie, d’Afghanistan, etc. Elles ont des mots à dire et des messages à transmettre. Pour la 11e édition du festival D-CAF pour les arts contemporains, ces femmes artistes occupent le centre-ville du Caire. Lancée le 12 octobre dernier, cette édition se déroule jusqu’au 5 novembre prochain.

Le coup d’envoi du festival a été lancé avec le spectacle Clash Digital Resurrection (clash … résurrection numérique). Coproduit par Boat People Projekt à Göttingen, en Allemagne, et le Théâtre Maralam en Suisse et co-écrit par l’écrivaine suisse Irina Kastrinidis et l’écrivaine égyptienne Nora Amin, le spectacle met sur les planches la rencontre de deux jeunes femmes d’univers différents. Elles se sont croisées dans une salle magique où tout est possible. Dans un décor enchanté par les effets d’éclairage et la technologie de la réalité augmentée, les protagonistes rencontrent des personnages historiques : la reine de l’Egypte Ancienne Hatchepsout, la première dame des Etats-Unis Jackie Kennedy Onassis et la guerrière française Jeanne d’Arc. Ces rencontres provoquent des discussions sur le patriarcat, le pouvoir, la guerre, l’amour et la possibilité de vivre dans un monde plus équitable.

A l’espace Factory, du 3 au 5 novembre, de 14h à 22h rendez-vous avec un autre spectacle qui met en avant la technologie de la VR : How Am I Here (comment suis-je ici ?) de la chorégraphe et metteuse en scène syrienne May Saifan. Le spectacle aborde les difficultés de l’exil, ainsi que l’inquiétude et la confusion de nombreux Syriens qui cherchent à retourner dans leur pays. Le spectacle est basé aussi sur la représentation des rêves et des cauchemars en ayant recours à l’intelligence artificielle et à un voyage audio interprété par le chanteur Chadi Ali.


Clash … Digital Resurrection (clash … résurrection numérique). (Photo : Mostafa Abdel-Aty)

Femmes poètes

Dans un programme spécial sous le titre Chaerat (femmes poètes), le metteur en scène français Henri Jules Julien est de retour au festival avec la mise en scène de quatre spectacles poétiques. Chaerat était à l’origine un projet artistique qui vise à produire des spectacles de poésie arabe. Le projet a débuté en 2022 au Festival d’Avignon et est actuellement dirigé par la Marocaine Soukaina Habiballah, la Palestinienne Carole Sansour et Henri Jules Julien. A l’origine metteur en scène et traducteur, Julien a déjà donné au festival D-CAF en 2021 le spectacle Celle qui habitait la maison avant moi, basé sur le recueil éponyme de la Syrienne Racha Omran. Julien avait traduit les poèmes de Racha Omran vers le français en coopération avec Mireille Mikhaïl. Inspiré par les textes, il a monté le spectacle en arabe et en français, avec la présence sur scène de la poétesse Racha Omran. Celle qui habitait la maison avant moi est de retour cette année sur les planches du théâtre Rawabet les 19 et 20 octobre à 20h. Le texte, adapté pour la mise en scène, est récité en arabe par la poétesse, et la version française par la comédienne syrienne Nanda Mohamed. Le metteur en scène a recours à une troisième voix, celle de la comédienne Isabelle Duthoit, que l’on entend uniquement. Cette dernière ne chante pas les mots, mais exprime par des cris, des émotions, des mélodies, etc. Sur les planches, les femmes se rapprochent, se séparent, s’assoient, l’une d’entre elles pose sa tête sur l’épaule de l’autre, et ainsi de suite jusqu’à la fin du recueil, exprimant des émotions très féminines.

A Beit Al-Sénnari sont donnés, les 2 et 4 novembre à 22h, les spectacles poétiques Nene Ya Momo Do, d’après les poèmes de la Marocaine Soukaina Habiballah, et Fi Al-Michmich (à la saison des abricots), d’après le recueil éponyme de la Palestinienne Carole Sansour.

Dans le premier spectacle, Soukaina Habiballah tisse les voix d’une grand-mère et de sa petite-fille. La grand-mère souffre de la malédiction postcoloniale et la petite-fille souffre de dépression post-partum. Sur scène, les voix de ces personnages hantent la poétesse qui récite son texte en arabe et en anglais. Le spectacle offre également au public une sélection de berceuses marocaines dans diverses langues locales, collectées auprès des femmes âgées dans les quatre coins du pays.

A la saison des abricots est un drame théâtral plein de sentiments, de vérité, de fantasmes et de tendresse maternelle dans lequel on ressent la morosité de la saison de la récolte des abricots et l’odeur du café. Il s’agit d’un recueil de poèmes qui exprime l’expérience de la poétesse palestinienne Carole Sansour. On peut y remarquer les détails de la vie quotidienne, de la politique, des désirs et des souvenirs d’enfance et de maternité. Le texte de Carole Sansour, récité en arabe et en anglais (le 4 novembre) ou en français (le 2 novembre), rassemble différentes formes de poésie.

Le 4 novembre à 19h à l’Institut français d’Egypte et le 5 novembre à 21h au Centre culturel autrichien sera donné le quatrième spectacle : Aqfas Faregha (des cages vides). Il s’agit d’une performance artistique composée d’une collection d’extraits de la poétesse égyptienne Fatima Qandil, tirée de son roman du même titre. Un roman qui a remporté le prix Naguib Mahfouz en 2022. Qandil y exprime son mécontentement des rôles sociétaux imposés aux hommes et aux femmes et s’interroge sur des sujets fondamentaux dans la vie. Les citations de Qandil dressent un tableau clair des interactions et des relations au sein de la famille égyptienne, à travers l’amour d’une fille pour sa mère jusqu’à son dernier souffle.

Des poèmes et des courts métrages d’Asie du Sud

Au passage Kodak sont projetées des séries de courts métrages d’Asie du Sud. (Jusqu’au 23 octobre, de 17h à 22h, les vendredi et samedi, de 14h à 20h).

Drink Your Milk (bois ton lait) est une série de films d’animation pakistanais en noir et blanc qui accompagne des poèmes de femmes récités en voix off. Les poèmes abordent des questions sur le corps des femmes, leurs voix et ceux qui les contrôlent. Le projet est produit par Golden Hour Productions, qui cherche à organiser des événements littéraires axés sur la collaboration entre les artistes. Drink Your Milk a été réalisé par six artistes du Pakistan : Emma Brierley, marionnettiste et animatrice basée en Ecosse, Yusra Amjad, poète et comédienne de stand-up qui poursuit sa maîtrise en poésie au Sarah Lawrence College, Tanveer Anjum, poète, essayiste et traductrice, Kishwar Naheed, poète féministe prolifique, réputée pour ses vers puissants et ses opinions parfois controversées, et Manahil Bandukwala, écrivaine et artiste basée à Mississauga au Canada.

De même, Blink You’ll Miss Us (faites un clin d’oeil, nous allons te manquer) est une série de courts métrages signés par des cinéastes afghans et canadiens, présentant 21 poèmes d’Aria Aber, née dans une famille de réfugiés afghans en Allemagne. Aria Aber est actuellement basée à Los Angeles, en Californie. Ses poèmes en anglais sont récités en voix off dans ces courts métrages tournés à Kaboul et à Toronto du 1er au 15 octobre 2020.

Chant et danse au féminin

De jeunes chanteuses et musiciennes d’Egypte, de Syrie et du Soudan vont enflammer la scène de The Warehouse le 3 novembre à partir de 22h.

La Soudanaise résidente en République tchèque Ridina Ahmedova offrira au public un concert misant sur ses compositions vocales et ses improvisations sans avoir recours à des instruments de musique.

Originaire d’Alep et résidente en Egypte, la Syrienne Haya Al-Mweil est une auteure, compositrice et interprète. Elle présentera au cours de ce concert ses chansons expérimentales, fortement influencées par la musique d’Alep et le free jazz.

La DJette, artiste multidisciplinaire Fajr Soliman, connue sous le nom d’El-Kontessa, expérimente des éléments de musique pop et mahraganat. La parolière et interprète Donia Waël est une jeune star égyptienne s’efforçant de présenter quelque chose de différent avec simplicité et authenticité. Sa musique et son chant reflètent des sentiments, des inquiétudes, de la confusion et de la douleur, mêlés aux questions philosophiques de tous les jours.

Les deux spectacles de danse L’odeur du ciment (le 4 novembre à 20h30 au théâtre Rawabet) et Cosmos (le 5 novembre à 18h30 au théâtre Rawabet) partent de questions personnelles pour évoquer des sujets universels. Interprété et chorégraphié par Eman Hussein, en collaboration avec la musicienne et chanteuse Yousra El Hawary, L’odeur du ciment fait un certain rapprochement entre les danseurs indépendants et les ouvriers de construction. Comme ces derniers, les danseurs aussi incarnent le mouvement constant des corps dans l’espace.

Cosmos est un spectacle artistique mêlant théâtre, danse et arts du cirque. La jeune Palestinienne Ashtar Muallem, sous la direction d’Emile Saba et Clément Dazin, présente son parcours personnel et ses compétences acquises dans l’isolement — de la pratique du yoga et de la méditation à l’apprentissage de la lecture du tarot et des auras — avec fantaisie, satire et poésie.

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