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Les multiples airs de l’accordéon

Névine Lameï, Samedi, 08 juillet 2023

La troupe Accordionella a un timbre tout particulier. Sa musique, jouée au rythme de l’accordéon-piano, convoite un monde plus humain et mélodique. Focus.

Les multiples airs de l’accordéon
Accordionella se produit dans différents espaces.

D’une manière très interactive, festive et joyeuse, elle se produit partout, le plus souvent dans des lieux publics en plein air. C’est la troupe Accordionella, formée du trio Rafeek Gamal à l’accordéon-piano, Dany Joseph à la guitare et Ahmed Adel au cajon. Ensemble, le trio capte l’attention de son audience. Avec son savoir-faire en matière de communication, Accordionella gagne les coeurs. La troupe joue des pièces musicales ayant un zeste local qui convient à tous les goûts et tous les genres musicaux : du pop au folk, du jazz manouche au valse swing, du tango à la java, du punk rock à la musique classique, des chansons françaises aux latinos, ou encore du bal musette à la polka. En plus, le choix de l’accordéon à touches piano, instrument principal et polyvalent de la troupe, permet d’imiter la voix humaine. Cet instrument incite à bouger et à danser, d’où une musique émouvante mettant du baume au coeur. « Parfaite alternative à beaucoup d’instruments traditionnels et partie intégrante et indissociable de la musique folklorique, l’accordéon me permet de jouer des basses et des accords et de créer un bon groove. L’accordéon est un instrument qu’on retrouve au fil du temps et au fil des sons. Le mien a des anches libres, des cadres et des soufflets. Il a des voix. En appuyant sur une touche, mon accordéon-piano fait vibrer entre 1 et 5 anches différentes. D’où la voix flûte grave ou haute, la voix basson, la voix piccolo Faire revivre l’accordéon au temps moderne et le faire entendre différemment me procure un grand plaisir », déclare l’accordéoniste, compositeur et arrangeur musical Rafeek Gamal, chef fondateur de la troupe Accordionella, depuis 2021, et propriétaire de iStudio, situé à Héliopolis. C’est là où le trio se rencontre et s’entraîne, soit pour créer de nouveaux arrangements musicaux de chansons bien connues, soit pour composer d’autres, inédites. « Tristesse, spleen et dépression, cela n’existe pas du tout sur la liste de nos chansons. Nous optons davantage pour des chansons groovy, au rythme et beat animés. Et ce, avec des éléments funk, pop, hip-hop, valse, latino …, et une atmosphère enjouée avec des taqasim, voire des improvisations en solo sur accordéon, guitare et cajon qui s’accordent autour des maqams », explique Dany Joseph, le guitariste d’Accordionella. C’est le cas des nouvelles versions des chansons Habibi Ya Nour Al-Aïn (mon amour, la lumière de mes yeux) de Amr Diab, Heya (elle) de Mahmoud Al-Esseili, Batwaness Bik (je me réconforte en ta compagnie) de Warda, My Heart Will Go On de Céline Dion, de La Symphonie no40 de Mozart et du propre répertoire d’Accordionella. Il y a aussi les chansons les plus jouées et les plus demandées par les fans : I Will Walk With You (genre rock et rumba), Train (polka), Non stop (polka), Baranite (chapeaux, latino) … Actuellement, le trio travaille sur un nouvel arrangement musical de La Marche Turque de Mozart, censé être joué sur un rythme rapide. D’ailleurs, le répertoire d’Accordionella compte une variété de rythmes et de tonalités dansants avec des crescendos et des decrescendos qui se croisent et s’entrecroisent, reflétant divers états d’âme.

Sur scène, le trio est vêtu d’un pantalon beige, d’une chemise bleue et d’un chapeau Fedora qui ajoute de la singularité à leur look western et élégant. Un look qui donne le sentiment d’être devant des aventuriers, de grands explorateurs d’une musique libre, différente et indépendante, loin du déjà-vu, des restrictions et de l’interdit. Leurs instruments et équipements sont faciles à transporter comme des bagages à main ordinaires, ce qui permet à la troupe de se déplacer et de se produire à différents endroits.


Gamal joue à l’accordéon.

Jouer, exceller et improviser

« L’idée d’Accordionella est née lors de ma rencontre avec Ahmed Adel, le percussionniste de la troupe, dans la pièce de théâtre Al-Massira Al-Wahmiya Lil Tafaha (le cortège illusoire vers la trivialité), de Tarek Al-Deweri, à Al-Hanaguer. Une pièce qui exigeait des musiciens qui jouaient en direct sur scène. Durant les moments libres, en dehors des planches, Adel et moi avions l’habitude de jouer et d’improviser. Lui, sur le cajon et moi, sur l’accordéon, nous étions entourés d’une foule de gens, ce qui m’a encouragé à créer Accordionella. Ensuite, nous avons eu des participations permanentes au parc Merryland et à la rue Al-Korba à Héliopolis, en célébration de la fête de Noël », révèle Gamal. Dans différents concerts, ce musicien virtuose excelle grâce à son feeling. Autodidacte, Rafeek Gamal fait partie des rares musiciens à jouer de l’accordéon à touches piano, avec les deux mains. Le clavier touches piano lui permet de jouer des mélodies et des accords. Les boutons de l’autre côté de l’instrument lui donnent des basses profondes au son vif et aigu. « L’accordéon est à mi-chemin entre les instruments traditionnels et les claviers électroniques. En jouant des sonorités multiples, jusqu’ici encore inconnues de l’accordéon, j’amène cet instrument à des sommets qu’on n’aurait jamais pensé atteindre. Mon accordéon n’est pas réservé à une musique populaire et festive, il sait prendre place dans une musique savante et s’introduire dans de nouvelles tendances musicales », précise Gamal. Il puise son interprétation dans les racines musicales de sa terre natale, à savoir Minya en Haute-Egypte. Des racines qui lui permettent d’exprimer aussi bien la gaieté la plus exubérante que la mélancolie la plus sombre. « C’est à mon école et à mon église à Minya que j’ai appris en autodidacte l’accordéon, un instrument facile à transporter. J’ai appris à jouer à cet instrument dans la rue », affirme Gamal qui aime jouer à l’accordéon en étant debout. Les doigts de Gamal, dans un toucher remarquablement nuancé, emmènent son public « ailleurs ».

Depuis 2001, cet accordéoniste s’est lancé dans le domaine de la musique et des enregistrements sonores. Initié d’abord au studio CompuSound d’Ayman Fekry, l’un des studios les plus connus à Assiout, Rafeek Gamal travaille ensuite avec la troupe égyptienne Cairo Steps et la Chorale de Célébration du Caire (CCC) où il se produit en solo. « Faire des compositions d’orchestres mêlant musique orientale (maqam) et orchestrale m’enchante. J’ai contribué en 2021 à la Citadelle du Caire au projet Red Bull Symphonic, avec la CCC et la troupe Cairokee. D’où mes deux compositions Abyad Wa Essoued (blanc et noir) et Al-Sekka Chemal (le chemin du Nord). D’autre part, j’ai contribué en 2019 à la composition Servus Habibi, avec le Quadro Nuevo et l’Orchestre de la Radio de Munich », raconte Gamal. Quant à sa propre troupe Accordionella, il lui ouvre les portes de toutes les musiques avec ses deux collègues et un accordéon décomplexé qui résonne dans tous les genres musicaux.

Accordionella. Tous les mardis, à 21h, à Novotel Héliopolis.

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