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Le soft power saoudien à la Croisette

Mohamed Atef , Jeudi, 01 juin 2023

La présence de l’Arabie saoudite dans le septième art n’étonne plus personne. On l’a vu à la 76e édition du Festival de Cannes, qui a pris fin le 27 mai, laquelle était marquée par une belle présence arabe et africaine.

Le soft power saoudien à la Croisette
L’Arabie saoudite cherche à se positionner davantage dans l’industrie du film mondial.

Le pavillon saoudien ne désemplissait pas durant les jours du festival. Il a témoigné d’une grande activité et de pas mal de rencontres avec les représentants des diverses entités saoudiennes chargées de promouvoir l’industrie cinématographique en Arabie. Ainsi, se sont déroulés les colloques autour des thèmes suivants : « Le secteur cinématographique dans la monarchie pétrolière » et « Des images d’Arabie », ainsi qu’une table ronde qui a réuni de nombreux producteurs afin de débattre de l’investissement dans des marchés émergents.

« Nous voici de retour à la Croisette, après une année assez chargée et plusieurs réussites locales qui ont mis en avant l’industrie dans notre pays. Nous aspirons à devenir un véritable pôle d’attraction mondial quant à la production de films et la découverte de talents. Nous visons à effectuer plusieurs partenariats à l’échelle internationale et à présenter des offres intéressantes, encourageant les tournages en Arabie saoudite. Nous détenons actuellement le record du box-office au Moyen-Orient, avec un nombre d’entrées croissant », a précisé le cinéaste Abdullah Al-Eyaf, responsable de la commission générale Cinéma Audiovisuel et Médias. Car effectivement, le box-office saoudien a enregistré 250 millions de dollars en l’année 2022, avec des ventes qui ont dépassé 14 millions de tickets. Et d’ajouter : « Il y a un grand intérêt pour les histoires locales, narrées selon le point de vue de nouveaux cinéastes enthousiastes. Pour ce, nous avons voulu profiter du marché de Cannes afin de nouer contact avec les gens de l’industrie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ».

La commission générale Cinéma-Audiovisuel avait lancé un programme ambitieux l’an dernier à Cannes, permettant aux producteurs de par le monde d’économiser quelque 40 % de leur budget en tournant en Arabie saoudite. Ce programme a pour but de développer le secteur Cinéma-Audiovisuel en Arabie saoudite, ainsi qu’à soutenir sa capacité à rivaliser sur le plan international, grâce à une infrastructure assez solide qui est en train de se mettre en place au fur et à mesure.


Les Filles d’Olfa, de Kaouther Ben Hania

Un fonds sur la culture

Toujours à l’occasion du marché du film, tenu au Palais des Congrès à Cannes du 16 au 24 mai, le Fonds culturel saoudien a dévoilé son nouveau plan d’investissement en audiovisuel, avec un budget tablant autour de 300 millions riyals saoudiens. Et ce, dans le cadre d’une initiative plus large visant à financer la production de films, dont le budget s’élève à 879 millions de riyals.

Dans cette même optique, le directeur exécutif du Fonds de développement culturel, Mohamed Bindayel, a annoncé, durant un petit-déjeuner d’affaires, qu’un accord de principe a été signé afin de créer un premier fonds d’investissement réservé aux films dont la valeur est estimée à 375 millions de riyals.

Le secteur des films est sans doute l’un des plus prometteurs en Arabie et le plus soutenu, à comparer avec les autres champs de l’audiovisuel bénéficiant de l’aide officielle de plusieurs initiatives. 30 % du budget de ce nouveau fonds sont destinés à créer de nouvelles entreprises à même de soutenir l’industrie du film et 70 % sont alloués à des entités chargées de faire progresser les contenus de films et les outils de distribution.

Festival de la mer Rouge

Le Festival international saoudien de la mer Rouge, lancé en 2021, a participé à la postproduction du film qui a fait l’ouverture de Cannes cette année, Jeanne du Barry, de la réalisatrice française d’origine algérienne Maïwenn, avec Johnny Depp dans le rôle du roi Louis XV. Ses responsables avaient déclaré que le soutien à Jeanne du Barry faisait partie de sa « mission continue de soutenir le cinéma distinctif et de défendre les talents féminins visionnaires », à la fois devant et derrière les caméras.


Les Meutes, de Kamal Lazraq.

Le festival saoudien a aussi cofinancé sept autres films de cette 76e édition de la Croisette : Les Filles d’Olfa, de la Tunisienne Kaouther Ben Hania (en compétition officielle, a remporté 4 prix, en dehors du palmarès, dont celui de la Citoyenneté et du Cinéma positif), Augure, du Belgo-Congolais Baloji (prix de la nouvelle voix Un certain regard), Banel et Adama, de la Franco-Sénégalaise Ramata-Toulaye SY, Goodbye Julia, du Soudanais Mohamed Kordofani, Inchallah un fils, du Jordanien Amjad Al-Rasheed, Kadib Abyad (la mère de tous les mensonges, documentaire), de la Marocaine Asmae El-Moudir (prix de la mise en scène Un certain regard), et Les Meutes, du Marocain Kamal Lazraq (prix du jury Un certain regard). « J’avais prévu cette présence privilégiée des films produits par notre fonds, notamment lorsque 4 oeuvres que nous avons soutenues ont été retenues au Festival de Berlin, en février dernier, mais que notre participation à Cannes passe à huit films au total, cela a dépassé mes expectatives. J’en suis très heureux et fier, également reconnaissant à l’égard de toute l’équipe qui a choisi les films à cofinancer en un temps record », a déclaré Emad Iskandar, directeur du fonds de la mer Rouge, qui a financé 168 films en deux ans. « Nous soutenons des films saoudiens, arabes et africains, mais nous espérons aussi s’étendre à des projets européens sur le long terme », a-t-il souligné. Le Festival de la mer Rouge a tenu sa deuxième édition du 30 novembre au 9 décembre derniers, avec la participation de 143 films de 66 pays, dont 7 nouveaux longs métrages et 16 courts métrages saoudiens.

Les producteurs à la recherche de capitaux pour leurs films savent désormais qu’ils disposent d’un nouveau guichet en Arabie saoudite. La monarchie pétrolière cherche à se positionner davantage dans l’industrie du film mondial, et demande chaque année à agrandir son pavillon à la Croisette, de quoi montrer ses ambitions.

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